Tempête au magazine Newsweek: scandale et départs en série

NEW YORK - Le prestigieux magazine américain Newsweek est en pleine crise et vient de débarquer ses deux principaux responsables éditoriaux, accusés de s’intéresser d’un peu trop près aux problèmes de la maison-mère, objet d’une enquête du procureur de Manhattan sur des soupçons de blanchiment d’argent.

Le site d’information Huffington Post a publié ce qu’il présente comme un communiqué interne à Newsweek Media Group, groupe propriétaire de l’hebdomadaire, annonçant le départ du rédacteur en chef Bob Roe et du chef de la rédaction Ken Li.

Contacté par l’AFP, le groupe a refusé «tous commentaires relatifs à des questions personnelles».

Lundi, la journaliste de Newsweek Celeste Katz avait annoncé sur Twitter qu’elle avait été licenciée. Elle rappelait qu’elle avait enquêté sur les problèmes de la maison-mère et laissait entendre qu’il pouvait y avoir un lien avec son licenciement.

D’autres journalistes ont également annoncé leur départ volontaire, notamment mardi le reporter d’investigation David Sirota, qui avait indiqué, dans des messages postés sur Twitter ces deux dernières semaines, que Newsweek traversait une période de fortes turbulences.

Titre historique de la presse américaine, fondé en 1933, Newsweek a connu, à l’instar du secteur dans son ensemble, de sérieuses difficultés au tournant des années 2010.

Il a été vendu plusieurs fois, son édition papier a été arrêtée fin novembre 2012, avant le rachat, en août 2013, par le groupe américain IBT Media, qui a relancé une version imprimée en 2014. Le titre revendique aujourd’hui quelque 200 000 lecteurs, dont la moitié aux États-Unis.

Le groupe IBT Media, renommé Newsweek Media Group en 2017, est dans le collimateur du procureur de Manhattan Cyrus Vance, qui enquête sur plusieurs prêts d’origine suspecte reçue par la société, selon la presse américaine.

L’éditeur de presse entretiendrait notamment des liens avec un groupe religieux sud-coréen dirigé par le pasteur David Jang et pourrait avoir servi au blanchiment de fonds.

Sollicités par l’AFP, les services du procureur Vance se sont refusés à tout commentaire.

Mi-janvier, des journalistes de Newsweek avaient fait état, dans un article publié sur le site du magazine, d’une perquisition effectuée par le procureur dans les locaux de l’hebdomadaire.

Toujours selon le magazine lui-même, le co-actionnaire majoritaire de Newsweek Media Group, le Français Etienne Uzac, aurait renoncé, la semaine dernière, à son mandat de président du groupe, tandis que sa femme, la directrice financière Marion Kim, aurait démissionné.