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La professeure titulaire de l’Université de Montréal, Tania Saba
La professeure titulaire de l’Université de Montréal, Tania Saba

Télétravail, nouvelle tendance post-pandémie?  

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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L’intérêt pour la poursuite du télétravail après la pandémie ne dérougit pas. Selon les conclusions finales d’une étude de l’Université de Montréal, un travailleur sur deux espère continuer le boulot à distance dans un monde sans COVID-19.

La professeure titulaire Tania Saba de l’École de relations industrielles de l’UdeM avait déjà parlé des premières observations de cette étude internationale dans un article de La Tribune, en juin 2020. Déjà, elle se disait étonnée de voir autant d’intérêt pour la poursuite du télétravail. 

«Le pourcentage concernant la volonté de poursuivre le télétravail après la pandémie a monté jusqu’à 52 %. Compte tenu du nombre de travailleurs qui ont été obligés de s’y plier, ce n’est pas mal», indique-t-elle.

«C’est vraiment un résultat surprenant, on se serait attendus a une certaine fatigue, mais on a l’impression que les personnes ont accumulé un bon bagage d’expérience et ils s’adaptent.»

L’objectif général de cette étude était de jeter un nouveau regard sur le télétravail et d’en dégager des apprentissages pour l’après-crise.

Au total, 6750 personnes ont été sondées (3239 au Québec). À ces données s’ajoutent aussi celles d’autres pays (notamment 2103 en France), qui permettent d’observer une tendance. 

La collecte des données s’est achevée vers la fin du mois de septembre 2020. Les répondants étaient sollicités à partir du 4 avril.


« On se serait attendus a une certaine fatigue, mais on a l’impression que les personnes ont accumulé un bon bagage d’expérience et ils s’adaptent »
Tania Saba, professeure titulaire de l’Université de Montréal

Isolement, principal inconvénient

«Il demeure qu’il existe un grand pourcentage de travailleurs indécis ou qui sont moins enclins à poursuivre le télétravail», note la professeure. 

L’enquête a permis d’analyser les différents facteurs qui font en sorte que le télétravail est plus productif ou agréable.

«Les aspects qui font la différence sont les conditions de travail à la maison. Dans quelle mesure on a eu du soutien de l’organisation, qu’on est bien installés ou qu’on a accès aux outils informatiques», explique Mme Saba. 

Le plus grand inconvénient demeure l’isolement. «Plus les gens se sont sentis isolés et loin, à la fois de leurs collègues ou des centres de décisions de l’organisation, plus c’était difficile de penser à continuer.»

Parmi les répondants, 16 % disent avoir ressenti un isolement vis-à-vis de l’organisation, alors que 57 % ont ressenti un isolement vis-à-vis de leurs collègues.

Le télétravail s’est installé dans une situation d’isolement maximal, précise la professeure. On peut penser que si les entreprises se concentrent maintenant à améliorer les conditions et mieux aménager les espaces, l’idée de continuer dans cette voie apparaît bien. 

«L’isolement, ce n’est pas juste que je ne peux pas voir mes collègues pour boire un café, c’est aussi la communication, le flux d’informations, tout ce qui touche à l’organisation. Il faut faire plusieurs efforts, mettre en place des mécanismes pour encourager les réseaux formels et informels. Ce n’est pas parce que la pandémie va arrêter que l’isolement va arrêter», prévient Mme Saba. 

Selon les données recueillies, il semblerait que les grandes entreprises tirent mieux leur épingle du jeu que les petites, dans cet univers de travail à distance.

«Les PME sont moins d’accord pour poursuivre le télétravail, il y a notamment plus de difficultés dans l’interdépendance des tâches. Les employés dépendent beaucoup les uns des autres», note Mme Saba.

Faire le saut

Tania Saba tient à rappeler que cette pandémie a forcé les employeurs à installer les travailleurs à distance. Ils ont été mis devant une obligation de s’adapter, et vite.

Pas moins de 53 % des répondants n’avaient jamais, ou presque jamais, expérimenté le télétravail avant la crise.

«En 2018, 13 % avaient accès à un télétravail régulier. Ça se faisait, mais on était loin de ce qu’on peut faire maintenant», indique la professeure. 

Au début, dès le mois de mars 2020, plusieurs entreprises ont fait du «copier-coller», on essayait de reproduire le travail de bureau à la maison. Puis, avec le temps, les stratégies se sont peaufinées. 

«Si on n’avait pas eu à le faire, on n’aurait jamais pu évaluer les retombées positives ou les difficultés. Il faut apprendre des situations de crise, ça n’enlève en rien toute la misère et les pertes humaines que la situation a créées. Il reste que c’est une crise énorme et si on peut apprendre certaines choses, tant mieux. Le télétravail en fait partie.»