«On a des journalistes qui travaillent toujours à distance, comme ceux qui ont leur bureau au Parlement ou au palais de justice. On était équipé en connexion VPN et habitué de, par exemple, prendre en charge un ordinateur à distance», précise Mario Goulet, directeur informatique au <em>Soleil</em>.
«On a des journalistes qui travaillent toujours à distance, comme ceux qui ont leur bureau au Parlement ou au palais de justice. On était équipé en connexion VPN et habitué de, par exemple, prendre en charge un ordinateur à distance», précise Mario Goulet, directeur informatique au <em>Soleil</em>.

Télétravail: des ordinateurs, des logiciels...et des risques

La révélation de l’année : le télétravail. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, ce changement radical, imposé aux entreprises par la pandémie, n’aurait pas pu avoir lieu sans les techniciens en informatique. Ceux-ci travaillent sans relâche depuis les dernières semaines pour effectuer la transition… avec les risques sanitaires qui viennent avec la crise.

Quand on lui a demandé de porter un masque, des lunettes et un équipement de protection, Simon* a senti l’inquiétude le gagner. Technicien en informatique pour le CIUSSS de la Capitale-Nationale, Simon fréquentait déjà les CHSLD ou les centres de réadaptation avant la mise en place des «zones rouges» et des protocoles sanitaires. 

«C’est plus difficile qu’avant. Le pire, c’est de ne pas savoir, de rentrer [à la maison] et de ne pas savoir si on est infecté, si on va infecter notre famille», raconte Simon qui souligne toutefois avoir reçu un résultat négatif à son dernier test la semaine dernière.

«Ça a pris du temps avant qu’ils nous fournissent des équipements de protection. Mais maintenant, ça va. On s’habitue», précise-t-il. Selon lui, le CIUSSS n’envoie ses techniciens sur le terrain que s’il y a une urgence majeure. Les techniciens doivent toujours visiter la «zone rouge» en dernier afin de ne pas être des vecteurs de contamination. 

Bien simplement, Simon explique qu’il se rend au travail chaque jour dans l’espoir d’aider, à sa manière, le corps médical : «Je ne pourrais pas vous décrire exactement ce que les infirmières et les médecins font, mais une grande partie de leur travail est informatisé. Si on veut qu’ils continuent leur travail essentiel dans les meilleures conditions, je dois continuer à travailler».

L’humain derrière l’écran

Pour Yves Côté, directeur général de MS Solutions, une entreprise qui offre du soutien en informatique, la pandémie a mis en lumière l’aspect humain de son travail. «On a vraiment pris le temps, entre autres, d’expliquer aux gens comment utiliser le fond flou avec leur caméra pour les sensibiliser à la protection de leur vie privée. Ce n’est pas parce que tu travailles de la maison que tu dois forcément la partager avec tes collègues. Certaines personnes ont dû réapprendre complètement à travailler de la maison», indique-t-il. 

Anthony a choisi l’informatique pour aider les gens. Employé de Desjardins, à Lévis, le jeune homme préfère d’ailleurs, pandémie ou non, travailler sur le terrain. Si les employés de Desjardins utilisent davantage le téléphone pour du soutien informatique, Anthony les accueille au bureau pour régler les grosses urgences. «On le voit vraiment depuis le début de la pandémie, il y a beaucoup plus de reconnaissance pour notre métier. Je ne vous cacherai pas que ça fait une petite fleur», dit-il en riant. 

Depuis la mi-mars, Anthony et ses collègues ont permis à 38 000 employés d’être en télétravail sur un total de 47 000. Selon Chantal Corbeil, porte-parole pour Desjardins, en deux semaines, l’entreprise est passée de 6500 employés en télétravail à plus de 30 000.

Une course folle

La transition vers le télétravail a mis une grande pression sur les équipes informatiques qui ont dû se déployer rapidement afin de répondre à tous. À l’Université Laval, 9600 employés ont migré vers le télétravail. Léandre Bisson, agent de soutien informatique pour la direction des technologies de l’information, était en première ligne pour aider les employés éprouvant des difficultés techniques.

«On s’est vite rendu compte que les gens n’étaient pas toujours bien équipés», raconte-t-il. Depuis le 13 mars, Léandre et ses collègues ont plus de 18 000 accès VPN afin que les employés puissent se connecter de la maison au réseau du travail. 

Chez Beenox, en une semaine, l’équipe de Jean-François Nadeau, directeur senior TI, a aidé les 300 employés de l’entreprise à travailler de la maison. «C’était la folie. On est devenu le point de contact dans l’entreprise. Il y avait une affluence de gens à notre bureau et on avait beaucoup de craintes parce qu’on s’inquiétait d’être très exposé au virus», explique-t-il. 

En plus d’installer certains logiciels dans les ordinateurs du personnel, les techniciens devaient encrypter les données pour être certains de protéger les projets confidentiels en cours.

Prêt, pas prêt, j’y vais!

Même les équipes de techniciens rompus aux rouages du télétravail ont été frappées de plein fouet. C’est le cas de notre équipe au Soleil qui connaissait pourtant les rouages du travail à distance. «On a des journalistes qui travaillent toujours à distance, comme ceux qui ont leur bureau au Parlement ou au palais de justice. On était équipé en connexion VPN et habitué de, par exemple, prendre en charge un ordinateur à distance», précise Mario Goulet, directeur informatique au Soleil. C’est la logistique sanitaire et la livraison des postes informatiques pour les employés qui ont été plus complexes selon les départements. 

À l’instar de ses collègues techniciens, Mario pose le même regard sur son quotidien des dernières semaines : «La transition s’est vraiment passée rapidement mais, au fond, le système n’a pas changé. Notre travail reste le même. Ce sont seulement les gens qu’on doit aider qui ont changé de place!», conclut-il.

*Le nom a été modifié afin de préserver l’anonymat