Verizon a maintenant tous les atouts en main pour faire une entrée remarquée dans le secteur de la téléphonie sans fil au Canada

Téléphonie sans fil: l'arrivée de Verizon pourrait provoquer une guerre de prix

L'arrivée du géant américain Verizon au Canada pourrait provoquer une guerre de prix dans le secteur de la téléphonie sans fil. Ce qui devrait sourire aux consommateurs canadiens, qui paient toujours très cher leurs forfaits cellulaires.
<p>Écart du revenu moyen par utilisateur de téléphone cellulaire par province</p>
Verizon (le deuxième plus gros opérateur sans fil aux États-Unis) a officiellement déposé une offre de 700 millions $ pour acquérir Wind Mobile, un petit fournisseur canadien de services sans fil.
Le chef de la direction financière de Verizon, Fran Shammo, n'avait d'ailleurs pas caché la semaine dernière à New York que le fournisseur lorgnait maintenant le marché canadien du sans-fil.
À la Bourse de Toronto, l'intérêt de Verizon pour le marché canadien du sans-fil a eu l'effet mercredi d'une douche froide sur les titres des trois gros fournisseurs de services canadiens.
L'action de Rogers (RCI.B : TOR) a encaissé le pire coup avec une glissade de 9 % pour terminer à 41,67 $, en chute de 4,22 $. Les titres de TELUS (T : TOR) et de Bell (BCE : TOR) ont aussi fermé respectivement en baisse de 8 % à 30,70 $ (- 2,67 $) et de 4 %, à 41,57 $ (- 1,8 $).
Verizon aurait également l'intention d'acquérir Mobilicity, un autre petit fournisseur de services sans fil au pays qui éprouve actuellement des problèmes financiers. TELUS avait déposé une offre d'achat de 300 millions $ pour Mobilicity le mois dernier avant que le fédéral n'annule cette transaction.
Plusieurs analystes sont d'avis que Verizon a maintenant tous les atouts en main pour faire une entrée remarquée dans le secteur de la téléphonie sans fil au Canada. Un marché de près de 20 milliards $ dominé essentiellement par trois gros joueurs bien établis, soit Bell, TELUS et Rogers.
Avec une capitalisation boursière de 144 milliards $US (deux fois celles de Bell, de TELUS et de Rogers réunies), Verizon a la voie libre depuis qu'Ottawa a assoupli l'an dernier les règles de propriété étrangère sur les fournisseurs de sans-fil qui possèdent moins de 10 % des parts de marché.
En bloquant la vente de Mobilicity à TELUS le mois dernier, le fédéral a surtout réitéré son intention d'augmenter la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile partout au Canada. 
Au Québec, l'arrivée il y a quelques années de Vidéotron dans le sans-fil a permis aux consommateurs québécois de magasiner leurs forfaits auprès de quatre concurrents différents et surtout solides financièrement. En 2011, la facture moyenne par utilisateur de téléphone cellulaire québécois s'élevait à 50 $ par mois, soit moins que la moyenne canadienne.
Achat de licences
En achetant Wind Mobile, Verizon pourrait également faire une avancée remarquée dans le paysage du sans-fil au Canada en acquérant de nouvelles licences de spectre de 700 mégahertz de services cellulaires qui seront mises aux enchères l'an prochain par Ottawa.
Chez Macquarie Capital Markets, l'analyste Greg MacDonald croit que la venue par Verizon au Canada ne passera pas inaperçue et pourrait faire perdre 1,5 million d'abonnés à Bell, à Rogers et à TELUS au cours des cinq prochaines années. 
D'après l'analyste Drew McReynolds de RBC Marchés des capitaux, l'apparition de Verizon aura un effet significatif sur l'industrie canadienne du sans-fil, notamment sur les marges bénéficiaires des trois gros joueurs actuels (Bell, TELUS et Rogers) qui détiennent présentement 90 % des parts de marché.
L'analyste Maher Yaghi chez Valeurs mobilières Desjardins estime pour sa part que Verizon pourrait s'accaparer jusqu'à 15 % des parts de marché du secteur du sans-fil en pratiquant notamment une politique compétitive de prix.
L'analyste de Desjardins estime que Bell est d'ailleurs le joueur le mieux positionné pour affronter Verizon au Canada.
La fourniture de services sans fil demeure encore très lucrative au Canada. En 2011, la marge de profit des fournisseurs s'est élevée à 43 % sur des revenus de 19,1 milliards $, révélait le Rapport de surveillance des communications publié l'an dernier par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).
Factures salées
Il faut dire que depuis plusieurs années, les consommateurs canadiens peinent à voir la facture totale de leurs forfaits cellulaires baisser, souligne l'analyste spécialisée en télécommunications à l'Union des consommateurs (UC), Sophie Lambert-Racine.
Selon le plus récent rapport du CRTC, un utilisateur moyen canadien d'un téléphone sans fil a généré en 2011 un revenu moyen mensuel de 58 $ à son fournisseur sans fil, soit plus que dans n'importe quel autre des 49 pays étudiés. 
L'analyste de l'Union des consommateurs croit que les consommateurs canadiens seraient en droit de s'attendre à des baisses de prix au cours des prochaines années, étant donné les énormes prises de profit des fournisseurs et la venue du géant américain Verizon dans le paysage. 
Or, Mme Lambert-Racine rappelle que le modèle développé par les fournisseurs américains s'apparente étrangement à celui mené par le trio Bell-TELUS-Rogers au Canada qui limite les accès illimités avec moins de données offerts aux clients et davantage de contraintes et de pénalités.
Une étude menée par la Bank of America à la fin de 2010 soulignait que le Canada demeurait le pays où la facture de téléphone cellulaire était la plus élevée parmi la liste de 28 pays développés. 
Les Canadiens dépensaient ainsi en moyenne 55 $ par mois pour leur facture cellulaire contre 49 $ aux États-Unis, 32 $ au Royaume-Uni et seulement 12 $ au Mexique.