La mine d'or Éléonore du groupe GoldCorp, à la Baie-James, est l'une des plus automatisées au Québec, selon l'Institut national des mines du Québec.

Virage techno pour l'industrie minière

Les producteurs miniers du Québec n'auront d'autre choix que de s'ouvrir aux changements s'ils espèrent tirer leur épingle du jeu, à l'heure où les grands de ce monde cherchent à mettre le doigt sur le modèle de la mine du futur.
La révolution industrielle 4.0 est à nos portes, croit le président-directeur général de l'Institut national des mines du Québec (INMQ), Robert Marquis. «On ne parle pas d'une bébelle que veut [vous] vendre un fournisseur», illustre-t-il. «On parle d'un changement fondamental, qui va demander d'établir de nouvelles pratiques.»
Invité de la Chambre de commerce de Sept-Îles, le pdg a fait le topo des avancées technologiques qui bouleversent le monde minier traditionnel. Des mines autonomes, des centres de contrôle à distance, de la collecte de données en temps réel, des camions sans chauffeur; la «quatrième révolution» ne semble pas avoir de limite. 
«L'objectif est toujours d'accroître la productivité, de réduire les risques. Ce que sous-entend la mine du futur, c'est d'augmenter la profitabilité», indique-t-il. Et ce sont les Australiens qui sont les leaders dans le domaine, pour l'heure. En 2015, Rio Tinto avait déjà trois mines de fer complètement autonomes sur le continent australien, cite M. Marquis. 
«Tous leurs équipements mobiles autonomes, en opération 24 heures par jour, sept jours par semaine, sont opérés à partir d'un centre de contrôle, où il y avait, à ce moment-là, 400 employés, situé à 1000 kilomètres de la zone minière», poursuit-il. «Sur une même mine, il y avait sept foreuses complètement autonomes.» 
En profondeur
Rio Tinto opère 15 mines de fer en Australie pour produire quelque 250 millions de tonnes par année, ce qui n'est d'aucune commune mesure avec ses activités au Québec. C'est chez les producteurs aurifères que la province, qui compte entre 10 et 12 mines d'or, pour la plupart souterraines, pourrait se démarquer, selon M. Marquis. 
«[Les producteurs d'or] sont allumés dans le domaine parce que l'extraction est en profondeur. Il n'y a pas de mine au Canada plus profonde que trois kilomètres. Ce n'est pas parce qu'il n'y plus de minerai en dessous [...] Amener un travailleur à trois kilomètres de profondeur [...] ce n'est pas rentable», explique le pdg. 
Mais l'arrivée d'équipements autonomes pourrait permettre d'aller plus creux. Comme elle pourrait aussi permettre de refaire revivre d'anciens gisements miniers. «On le sait, qu'il y a des mines qui ont été fermées, pas parce qu'il ne restait plus de minerai, mais parce qu'on était allé au bout de nos techniques de l'époque», soulève M. Marquis. 
La société Falco Ressources cherche même à rouvrir la mine Horne, «la mine fondatrice de l'Abitibi», exploitée pendant 70 ans, d'ici 2020. «Je vous garantis que ça va être la mine la plus automatisée, ça [...] C'est demain, alors, oui, ça [la révolution] va venir au Québec, pas juste en Australie», affirme-t-il. 
Selon l'INMQ, de 30 à 50 % des emplois actuels de l'industrie «seraient automatisés» d'ici 10 à 20 ans. «On va avoir des emplois qui vont se mettre à changer, à évoluer. Des professions vont se transformer, d'autres vont disparaître, mais il va y en avoir des nouvelles aussi.» D'où l'importance pour le milieu de l'éducation de rester à l'affût, dit-il. 
Est-ce que la mine du futur sera synonyme de pertes d'emploi? «À une mine donnée, oui, estime M. Marquis. Mais si je prolonge la durée de vie d'une mine de 20 ans, est-ce que je ne viens pas de maintenir 500 ou 800 emplois? [...] Si on se met à ouvrir des mines à des endroits où on n'aurait pas pu avant, alors on parlera pas de pertes, mais de gains.» 
Chose certaine, le pdg est d'avis que le Québec doit se mettre en action, entre autres en formation, pour accueillir la révolution 4.0, parce que le défi, derrière la technologie, est humain, dit-il. «Vous aurez beau avoir des équipements performants, si vos employés ne veulent pas les utiliser, ça va rester une mine bien équipée, mais mal utilisée. C'est le nerf de la guerre.»