Sprint-T-Mobile: le nouveau géant dans la bataille du 5G

WASHINGTON — La méga-fusion à 26 milliards de dollars entre les opérateurs de téléphonie Sprint et T-Mobile, qui promet une large couverture du territoire en technologie 5G, a reçu vendredi l’approbation des autorités américaines, mais sous conditions.

L’opération doit permettre de créer un numéro 3 capable de rivaliser avec les deux leaders du secteur, Verizon et AT & T, alors que s’amorce la bataille mondiale pour le développement de la 5G, la nouvelle génération ultrarapide de l’Internet mobile.

La fusion, annoncée en avril 2018, «permettra de créer un acteur plus grand et plus audacieux que jamais auparavant», s’est félicité John Legere, pdg de T-Mobile, qui doit rester à la tête de la nouvelle entité.

Celle-ci «apportera au pays le réseau de 5G le plus innovant, des prix plus bas, une qualité inégalée et des milliers d’emplois, tout en débloquant 43 milliards de dollars grâce aux synergies», assure-t-il.

Le ministère américain de la Justice a cependant formulé plusieurs conditions de désinvestissement pour répondre aux critiques sur le risque de concentration du secteur.

Le nouveau groupe, qui marie le second et le troisième opérateur du secteur, va ainsi devoir vendre les activités de téléphonie mobile prépayées à Dish Network, un opérateur de télévision par satellite, et lui donner accès à au moins 20 000 antennes-relais et à des centaines de points de vente.

«Avec cette fusion et le désinvestissement associé, nous étendons la couverture de manière significative car [...] de larges bandes du spectre, actuellement pas ou peu utilisées, deviennent disponibles pour les consommateurs américains sous forme de réseaux 5G de haute qualité», a déclaré Makan Delrahim, de la division anti-monopole du ministère de la Justice.

Consommateurs

T-Mobile, détenu par l’allemand Deutsche Telkom, et Sprint, contrôlé par le japonais SoftBank, avaient annoncé leur projet de mariage il y a plus d’un an. Mais celui-ci a connu de nombreux retards en raison des inquiétudes sur une concentration trop grande des acteurs. Les deux entreprises avaient déjà essuyé un premier échec de leur projet de fusion il y a quelques années.

En début d’année, 14 États américains ont intenté une action en justice pour bloquer l’opération. D’après le ministère de la Justice, cinq d’entre eux se sont finalement ralliés à l’accord annoncé vendredi, qui doit encore recevoir l’aval définitif d’un juge.

Mais plusieurs associations et syndicats ont condamné cette décision.

«Cette fusion est un désastre pour les consommateurs. Les prix vont augmenter, le service va se dégrader, et c’est de la pure spéculation d’affirmer que c’est bien pour la 5G», s’est ainsi indigné Alex Harman de l’ONG Public Citizen.

«Cela va conduire à la suppression de 30 000 emplois sur le sol américain, avec l’élimination des boutiques et fonctions administratives en double», avait calculé en mai Debbie Goldman, de CWA, l’un des principaux syndicats des télécommunications.

Le procureur de l’État de New York, Letitia James, estime de son côté que les promesses formulées par les parties concernées «ne peuvent voir le jour que dans des conditions de vraie concurrence».

99 %

Malgré les critiques, les deux groupes espèrent officialiser leur union au deuxième semestre. Ils compteront environ 127 millions d’abonnés à leurs différents services aux États-Unis, dont quelque 100 millions dans la seule téléphonie mobile.

Le projet de mariage et ses perspectives sur la 5G s’inscrivent dans un contexte de compétition mondiale féroce, notamment face à la Chine, pour le développement de cette technologie, qui permettra de faire fonctionner et relier entre eux la plupart des appareils connectés à l’avenir.

«Deux des priorités principales de la FCC sont de refermer la fracture numérique dans l’Amérique profonde et de faire progresser l’avance américaine en matière de 5G, la prochaine génération de connectivité sans fil», avait noté en mai le régulateur américain des télécoms (FCC) dans un communiqué de soutien à l’opération.

T-Mobile (43 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018) et Sprint (32 milliards) se sont engagés à couvrir le territoire américain en 5G à 97 % dans les trois ans après leur fusion et à 99 % dans les six ans.