Les temps changent, mais pas assez rapidement pour les partisans du logiciel libre. Pour eux, il faut passer à l'action pour suivre le mouvement lancé en Europe.

Logiciel libre: passer du débat à la pratique

Alors que l'Europe, notamment la France, met en place des solutions avec les logiciels libres à tous les niveaux de l'administration publique, le Québec tourne autour de la question dans de multiples débats.
Dans cette ligne de pensée, le Salon du logiciel libre du Québec, qui se tiendra en septembre à l'Espace Dalhousie de Québec, souhaite relancer ces débats auprès des décideurs et des gestionnaires en technologies de l'information des administrations gouvernementales et municipales avec des conférenciers vedettes comme le colonel Xavier Guimard, de la Gendarmerie française, et Gunnar Hellekson, de Red Hat, devrait brasser les concepts et défaire des préjugés. 
«M. Guimard a piloté la migration des 90 000 postes de travail de la Gendarmerie française vers le logiciel libre, alors que M. Hellekson agit pour sa part à titre de stratège en chef pour le secteur public», indique l'organisation du salon.
Les temps changent, mais pas assez rapidement pour les partisans du logiciel libre. Pour eux, il faut passer à l'action pour suivre le mouvement lancé en Europe. Et ce, même si le gouvernement du Québec a adopté une loi en 2011 pour permettre d'évaluer le logiciel libre à égalité avec les solutions propriétaires que sont les systèmes Oracle ou Microsoft.
En 2013, ce fut la création du Centre d'expertise en logiciel libre pour documenter ce qui existe comme offre dans le monde du logiciel libre et pour fournir des outils pour étudier plus sérieusement les possibilités avec le logiciel libre.
Le logiciel libre, disent ses défenseurs, ce n'est pas la solution à tous les maux. Ce qu'il faut de prime abord, c'est une réflexion sur l'organisation de technologies, sur les modèles de gestion, affirme Patrice Caron, qui croit au logiciel libre depuis des années et qui est conseiller en architecture d'intégration chez Linagora Canada. «On ne gère pas les technologies de l'information comme si l'on construisait un pont, poursuit-il. Ce n'est pas le même modèle de gestion.»
À son avis, on fait l'erreur d'acheter une technologie pour gérer un ensemble de besoins en misant sur des objets pour organiser le plan d'affaires au lieu de se concentrer sur le coeur de l'organisation, sur la mission, pas sur le mobilier.
L'un des exemples frappants vient d'arriver. Microsoft abandonne le support de son système d'exploitation Windows XP. Plusieurs organisations ont dû faire la migration à un autre système du géant américain pas toujours compatible avec les outils en place.
Dans une organisation typique, le personnel administratif pourrait utiliser un système d'exploitation du monde du logiciel libre sans difficulté pour les opérations courantes. Les spécialistes auront besoin d'autre chose. «Le logiciel, c'est la commodité, non une fin en soi, ajoute M. Caron. Il faudra de la formation, comme dans n'importe quelle migration. La formation aura un coût, mais le logiciel libre n'entraînera pas les mêmes dépenses que l'achat de logiciel propriétaire qu'on ne peut modifier selon ses besoins avec du personnel sur place.»
Pas une mode
Dans un monde où les appareils mobiles commencent un cycle de domination, il faut penser à l'inter-opérabilité des systèmes. Donc, ne pas s'enfermer dans un modèle unique. Le logiciel libre fait partie des moyens, et ce n'est pas une mode, surtout qu'une grande majorité des logiciels créés par les communautés d'usagers ont atteint une grande maturité, se plaît-il à répéter.
Ce qui a de la valeur dans une organisation ou une entreprise, ce ne sont pas les logiciels ou les ordinateurs, mais les informations qui sont traitées. Pour lui, en pensant hors de la boîte (out of the box), les solutions apparaissent. «On va plus loin que l'open source [logiciel libre], soutient-il, c'est l'open innovation, ou l'innovation distribuée, comme le fait l'inventeur des autos électriques Tesla. On gère la complexité avec l'innovation, comme Facebook avec sa base de données Cassandra, qui peut gérer plusieurs dizaines de téraoctets de données à l'heure sans flancher. La stratégie numérique, ça va plus loin qu'un système d'exploitation ou un logiciel fermé.»
M. Caron donne l'exemple de la ville d'Arles (50 000 habitants), en France, qui a revu ses plans pour développer une architecture orientée sur le Web. Les économies ont été de 788 000 euros (1 144 500 $) dans les dépenses et une diminution de 55 000 euros (79 900 $) dans les frais de maintenance.
Il parle aussi du projet français de l'ADULLACT (Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales), qui a fait de la mutualisation des projets le fer de lance pour diminuer la dépendance des organisations municipales aux logiciels propriétaires avec des solutions provenant du monde du logiciel libre.
En France, les débats sont finis depuis longtemps, ce sont les solutions qui sont mises en place. Le colloque de septembre en fera état alors que les débats continuent de ce côté de l'Atlantique.