Selon Paul Raymond, président et chef de la direction d'Alithya, il y a 12 000 postes à pourvoir dans les technologies de l'information et de la communication présentement au Québec.

L'informaticien n'est pas un geek

«Dans les émissions de télévision, la vedette est généralement un avocat ou un médecin. L'informaticien, lui, c'est le geek du bureau. Celui qui s'habille bizarre. Celui qui est caché dans son coin. Celui qui ne parle à personne.»
Paul Raymond l'avoue : l'industrie des technologies de l'information et de la communication (TIC) n'attire pas la jeune génération.  
Une situation qui, selon lui, perdure depuis des années et doit être corrigée au plus tôt, notamment par l'adoption d'un «plan numérique» musclé s'inspirant des modèles mis de l'avant par le gouvernement du Québec, ces dernières années, pour épauler l'industrie minière et le secteur maritime.
«Nous avons un problème de perception auprès du grand public», rend compte le président et chef de la direction d'Alithya qui prononçait une allocution, mardi, devant les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec.
L'une des plus importantes sociétés privées en conseils stratégiques et en TIC au Canada, Alithya compte sur une brigade de 1300 consultants. Et dire qu'ils étaient à peine 220 au moment de l'arrivée en poste de Paul Raymond, en 2011!
«Nous embauchons présentement à un rythme de 50 personnes par mois, informe-t-il. Malgré tout, nous avons actuellement environ 150 postes à pourvoir. Attirer les talents, c'est de loin notre plan grand défi. Pour y arriver, nous déployons un arsenal de moyens, dont le recrutement international et le recours à un programme d'actionnariat pour nos employés.»
Il n'y a pas qu'Alithya et ses semblables qui se démènent pour recruter des spécialistes des TIC. 
L'Industrielle Alliance le fait aussi. Bombardier le fait. EXFO le fait. Meubles South Shore le fait.
«Nous vivons un grand bouleversement. Aujourd'hui, il y a plus d'emplois en TIC dans les entreprises non liées directement aux TIC que dans les sociétés comme Alithya», fait remarquer Paul Raymond. «C'est bien simple, personne ne peut penser survivre aujourd'hui sans l'apport des technologies de l'information et de la communication.»
Pénurie de 9000 emplois
Dans la Belle Province, selon le dirigeant de la firme fondée il y a 25 ans par des employés de Desjardins dans le sous-sol d'une résidence à Lévis, il y a 12 000 postes à pourvoir dans les TIC. 
Et ce nombre n'ira pas en s'amenuisant, assure le natif d'Asbestos et diplômé en génie informatique du Collège militaire royal du Canada.
Le grand malheur est qu'il n'y a que 3000 diplômés qui sortent des centres de formation professionnelle, des cégeps et des universités pour pourvoir ces 12 000 postes.
«Trois mille diplômés, ça fait 15 ans que ce chiffre ne bouge pas. Il y a zéro croissance», commente Paul Raymond en soulignant que le taux de diplomation en informatique dans les universités n'est que de 57 %. «Ou bien les cours sont trop difficiles, ou bien la formation est mal adaptée et n'intéresse pas les étudiants.»
L'informatique constitue le 11e secteur le plus important de l'économie du Québec.
Un secteur qui a le vent dans les voiles et qui progresse deux fois plus vite que l'économie de la Belle Province.
De bons salaires
Un secteur pour lequel il y a de l'argent. En effet, les entreprises du secteur des TIC ont été, en 2016, les principales bénéficiaires (34,5 %) des investissements en capital de risque au Québec.
Un secteur qui, en plus, paie bien son monde. Dans les TIC, le salaire annuel moyen payé aux travailleurs est de 68 000 $. Il est de 44 000 $ dans les autres secteurs.
On compte, au Québec, près de 200 000 professionnels et TIC.
Centres de données
S'il y a un créneau que le Québec doit occuper dans le monde des TIC, c'est celui des centres des données.
«Nous bénéficions d'un avantage compétitif incroyable. Qu'il suffise de penser à l'accès à l'eau et à nos hivers longs et froids, à notre proximité des États-Unis, à notre réseau électrique fiable et abordable et au fait que nous sommes à l'abri des catastrophes naturelles», énumère celui qui a permis à Alithya d'enregistrer une croissance de 400 % de ses activités au cours des cinq dernières années.
Il rappelle que TELUS a implanté, il y a quelques années, un centre de données à Rimouski dans lequel s'activent 1400 personnes. L'hébergeur français de sites Web OVH a fait de même en 2015 dans la capitale. Pas moins de 150 emplois seront créés.   
Pour Paul Raymond, le temps presse. 
Si le Québec ne veut pas se faire damer le pion, il doit se doter d'un «plan numérique» qui prévoit des investissements dans la formation, dans les infrastructures et dans la création de nouvelles entreprises et la bonification des programmes d'immigration.
La préparation par le Québec d'une Stratégie numérique, qui sera présentée à l'automne 2017, pourrait être un pas dans la bonne direction.