Marc Boutet, président et cofondateur de De Marque

Les vitrines technologiques, une carte de visite

«Ouais. Ouais. Mais est-ce que ça marche, votre truc?»
Cette question assassine, Marc Boutet, président et cofondateur de De Marque, et Rida Benjelloun, pdg de Constellio, se la font mettre sous le nez immanquablement chaque fois qu'ils s'assoient devant un client potentiel.
«De façon générale, rares sont ceux qui veulent être les premiers utilisateurs de la version initiale de votre tout dernier produit», témoigne Rida Benjelloun qui est à la tête d'une entreprise qui développe des solutions en logiciel libre pour aider les organisations à optimiser la gestion et l'organisation de l'information et de la documentation numérique.
«Et si ça marche, votre truc, qui a été le premier à l'essayer? Je veux lui parler. Je veux valider ce que vous me dites», insiste le client potentiel.
Deuxième question assassine.
«Je lui refile alors les noms et les numéros de téléphone de deux ou trois fonctionnaires de la Ville de Québec», indique Marc Boutet dont l'entreprise, fondée en 1990, est un chef de file au Canada et en Europe dans la distribution de contenus culturels numériques.
«Moi, je vais l'être, votre premier client.»
Voilà le message que lançait la Ville de Québec, en 2012, aux entreprises locales innovantes lors du dévoilement de son programme des vitrines technologiques. L'un des piliers de la Stratégie de développement économique du maire Régis Labeaume.
Ce programme offre du financement aux entreprises. La contribution de la Ville de Québec peut atteindre un maximum de 75 % du coût total du projet mis de l'avant par une entreprise, et ce, jusqu'à concurrence de 300 000 $ par projet.
L'octroi de financement n'est que la pointe de l'iceberg du programme des vitrines technologiques. 
En effet, comme l'explique la conseillère municipale Natacha Jean, l'initiative propose aux entrepreneurs détenant un produit à fort potentiel de commercialisation à l'échelle nationale et internationale «de tester, d'ajuster, de peaufiner et de bonifier» leur trouvaille directement sur le terrain.
Comment?
En utilisant, pendant une durée de deux à trois ans, les activités ou les infrastructures municipales pour tester le produit prometteur et pour le mettre en valeur auprès de clients potentiels. 
«Tant que l'entreprise n'a pas mis à l'épreuve son nouveau produit dans des situations réelles, il lui manque quelque chose. Trouver des clients. Signer des ventes. C'est difficile», signale Natacha Jean. 
À titre de responsable de l'entrepreneuriat au sein du comité exécutif de la Ville de Québec, elle en a croisé des entrepreneurs qui peinent à traverser ce que l'on appelle la «vallée de la mort», ce long chemin de croix entre l'émergence d'une brillante idée et la réalisation des premières ventes.
«En proposant aux entreprises de venir tester leur nouvelle technologie, nous voulons soutenir le développement commercial des trouvailles les plus avant-gardistes. Par la crédibilité de la Ville de Québec, nous voulons donner une impulsion à nos compagnies les plus innovantes», mentionne Mme Jean en ajoutant que la municipalité tirait aussi des avantages «à s'imprégner d'une culture d'innovation et d'adaptation aux nouvelles technologies.» 
«C'est une façon de valoriser l'innovation au sein de nos équipes qui, je dois l'avouer, éprouvent beaucoup de fierté à participer à la réussite d'entreprise en démarrage d'ici.»
Il est important de préciser que le programme de vitrines technologiques n'est pas une voie privilégiée permettant à ses participants d'empocher des contrats municipaux. C'est toujours par l'entremise d'appels d'offres que ces contrats sont octroyés.
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De Marque: des clients attendent
À peine venait-il d'annoncer que son entreprise allait collaborer avec la Ville de Québec dans le développement d'une nouvelle application simplifiant le prêt de livres numériques dans les bibliothèques, que Marc Boutet recevait des coups de fil de Chicago et de Pittsburgh.
«Faciliter le processus d'emprunt de livres numériques, ça nous intéresse, nous aussi. Peut-on en discuter ?», lui propose-t-on.
Dans le cadre du programme des vitrines technologiques de la Ville de Québec, le leader de l'édition numérique qui fait travailler une trentaine de personnes, bénéficie d'une aide de 300 000 $ pour réaliser son projet.
«La possibilité de tester la nouvelle technologie dans des situations réelles est aussi importante, sinon plus, que le financement de 300 000 $», affirme le président de De Marque.
En affaires depuis un peu plus d'un quart de siècle, ce dernier connaît toute la signification de pouvoir dénicher le «fameux» premier client. Celui grâce auquel la commercialisation d'un nouveau produit pourra enfin démarrer. 
Pas moins de 400 bibliothèques au Québec utilisent déjà le système d'emprunt de livres numériques mis au point par De Marque. Un système pour lequel des améliorations s'imposent.
Emprunter un livre numérique ressemble à un «parcours du combattant», décrit Marc Boutet, tellement les opérations sont fastidieuses. «Nous croyons qu'il est possible de le faire en minimisant le nombre de clics.»
Le défi de De Marque est de permettre à l'usager d'accéder au système d'emprunt directement avec son appareil mobile. Il pourra se connecter rapidement à son compte de la bibliothèque en inscrivant simplement son numéro de carte de membre et son numéro d'identification personnelle.
Le projet doit être livré d'ici le 31 décembre 2019. Il sera ensuite accessible aux usagers des 25 bibliothèques réparties sur le territoire de Québec.
Marc Boutet veut faire en sorte que l'expérimentation de la nouvelle technologie se fasse aussi rapidement que possible.
Ça se comprend.
À Chicago et à Pittsburgh, des clients attendent!
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Constellio: de Québec à Oman
Rida Benjelloun consulte la liste de ses employés. «Depuis l'annonce de notre projet de vitrine technologique avec la Ville de Québec, en 2014, il doit y en avoir 13 ou 14 de plus.»
Rien de bien surprenant à tout ça.
Constellio a réalisé, ces dernières années, une percée dans la fonction publique québécoise, dans le réseau de l'éducation, à New York auprès d'une quarantaine d'agences municipales et même dans le sultanat d'Oman au Moyen-Orient.
«Là-bas, le gouvernement nous a identifiés parmi les cinq meilleures plateformes technologiques. Le processus d'appels d'offres est en cours. Nous nous croisons les doigts.»
Le projet à Oman serait de l'ordre de 12 millions $.
Le point de départ de l'expansion de Constellio - jadis DocuLibre - est la réalisation du projet de vitrine technologique portant sur le repérage et la préservation du patrimoine numérique.
À l'origine, la jeune entreprise misait sur deux produits destinés au marché québécois. Elle avait toutefois des visées internationales et un financement obtenu en 2014 avec la BDC lui donnait les moyens de réaliser ses ambitions.
Constellio a conçu un outil novateur permettant aux organisations de se conformer à leurs obligations légales en matière de gestion documentaire.
«Le projet de vitrine technologique nous a permis de franchir l'étape cruciale de la validation de l'outil. Est-ce qu'il répond aux besoins que nous avions ciblés ? La rétroaction des fonctionnaires était déterminante à cet égard», explique M. Benjelloun.
«Et puisque la Ville de Québec est une grande organisation, elle constitue une référence crédible lorsque nous cognons à la porte de clients potentiels.»
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Rida Benjelloun, pdg de Constellio
Le plus récent bilan
Jusqu'à maintenant, 24 projets ont été approuvés par la Ville de Québec dans le cadre du programme de vitrines technologiques de sa Stratégie de développement économique. D'un coût total de 6,3 millions $, ces initiatives ont été soutenues par la ville à la hauteur de 4,4 millions $.
Ça va de la décontamination des sols à l'analyse de la qualité de l'eau en passant par la récupération simplifiée des déchets organiques, par le contrôle et la gestion de l'éclairage public et par l'utilisation de «dermosquelettes» pour les policiers et les pompiers.
«Plusieurs autres projets sont en analyse», indique la conseillère municipale et responsable de l'entrepreneuriat, Natacha Jean. «Si la tendance se maintient, une dizaine d'autres projets de vitrines technologiques pourraient être approuvés au cours des prochains mois.»