La seconde vie du verre

Le verre représente 18 % du contenu des bacs de recyclage au Québec. Jusqu'à maintenant le traitement ne permettait pas récupérer un produit parfait, le taux de contaminants résiduels était trop élevé, frisant les 20 %.
Or, le nouvel équipement inauguré au Centre de tri de Québec contient à peine 1 % d'impureté ce qui en fait un produit plus intéressant. Le recycleur peut vendre son produit plus cher puisqu'il est de meilleure qualité et les transformateurs sont assurés d'avoir un approvisionnement intéressant pour sa réutilisation ou la création de nouveau produit.
«Jusqu'à maintenant, le verre récupéré n'avait peu ou pas de valeur, rien de plus que le sable», soulignait jeudi Maryse Vermette, présidente-directrice générale d'Éco Entreprises Québec (ÉEQ) en exposant le nouveau plan Verre l'innovation ÉEQ. 
Sa valeur fluctuait avec les années et il était envoyé principalement vers les États-Unis pour faire de l'isolant, de la laine de verre. Il fallait même que les centres de tri payent pour que les récupérateurs prennent le verre. Cela ne devrait plus être le cas dans un proche avenir.
Le défi du recyclage du verre est un problème nord-américain important, mais la solution est québécoise, ajoutait Mme Vermette. Dans les 15 prochains mois, cinq des dix-huit centres de tri au Québec, incluant celui de la ville de Québec, utiliseront le même type d'appareil dans une phase d'expérimentation. Un sixième centre s'ajoutera dans les prochaines semaines de sorte que 25 % du verre envoyé à la récupération pourra être traité afin de lui donner une seconde vie.
Dans ce nouveau modèle d'affaires, ÉEQ investit 6,7 millions $, dont 5,5 millions $ pour les équipements et 1,2 million $ pour l'aide à la commercialisation. À Québec précisément, ÉEQ injecte 1,9 million $, la Société VIA qui opère le centre de tri met 300 000 $ dans le projet et la Ville de Québec ajoute 80 000 $.
Le verre récupéré pourrait valoir à court terme près de 100 $ la tonne. Dans les centres de tri de la phase de test, on estime que la récupération pourrait se situer aux alentours de 115 000 tonnes.
Pour Mme Vermette, il apparaît essentiel que ÉEQ s'engage comme facilitateur pour trouver des débouchés. Une entreprise de la Mauricie, le groupe Bellemare utilisera le verre recyclé dans divers produits, notamment dans le béton, la fabrication d'abrasif pour le nettoyage au jet.
Un des exemples de l'utilisation de la poudre verre dans le béton peut être vu au quai Paquet de Lévis. C'est ce qui lui donne sa couleur blanchâtre particulière.
Parmi les autres du verre sous diverse forme, il y a la filtration de l'eau des piscines ou des services d'aqueduc municipaux, la fabrication de dalles ou du mobilier urbain. On peut même fabriquer du paillis pour les platebandes et refaire des bouteilles.
Outre le soutien aux entreprises, l'apport d'ÉEQ sera aussi dans la certification des produits à basse de verre récupéré de sorte que les débouchés seront plus grands qu'avant.
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Une technologie de pointe rentable
Le nouvel équipement du centre de tri de Québec utilise une technologie de pointe et un assemblage de modules, dont un qui fait imploser le verre en petites particules aux arrêtes arrondies. Cela se fait sans détruire ou réduire les bouchons, les étiquettes de papier et les collets métalliques qui contamineraient la production.
Les différentes sections comprenant des souffleries, des tamis, des aimants permettent de séparer les contaminants en séparant les morceaux de verres en deux dimensions : ceux de moins de 12 millimètres vont dans un endroit, ceux de plus de 12 millimètres dirigés ailleurs et tout le reste des contaminants dans un autre compartiment.
Si la majorité du processus est automatisé, il y a un poste où un employé récupère manuellement les autres produits de recyclage qui se trouve par mégarde dans la chaine de traitement du verre.
Le métal et le papier retourneront dans une autre section du centre de tri alors que le verre pourra être ramassé par le récupérateur pour être réutilisé dans divers produits.
«Meilleure qualité»
«Le verre récupéré a une meilleure qualité et se transforme en valeur et en dollars», explique Jean-Sébastien Daigle, président-directeur général de Société VIA, l'organisme d'économie sociale qui exploite le centre de tri de Québec. «C'est ce qui nous permet d'être rentable, de garantir des emplois tout en réinvestissant dans nos équipements. Et comme nous avons un partage de revenu avec les municipalités partenaires, plus nous avons de revenus, plus nous redonnons de l'argent aux villes. Cela se traduit par un avantage pour le citoyen qui met ses contenants de verre dans le bac de recyclage sachant qu'il sera traité.»
«Pour un grand centre de tri comme celui de Québec, où environ 10 000 tonnes de verre sont traitées chaque année, les avantages de cette nouvelle technologie sont significatifs», continue M. Daigle. «La possibilité d'offrir du verre de très bonne qualité aux conditionneurs et recycleurs nous ouvrira les portes vers de nouveaux marchés d'écomatériaux issus du verre recyclé».