Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a rappelé que c’est la sécurité nationale qui déterminera quelle entreprise le Canada choisira pour construire son nouveau réseau 5G.

Huawei n’est pas seule sur les rangs, préviennent des ministres

OTTAWA — Deux ministres fédéraux ont prévenu lundi que le géant chinois des télécommunications Huawei n’était pas la seule entreprise à pouvoir bâtir les réseaux sans fil de nouvelle génération au Canada, alors que Pékin faisait un pas de côté sur sa menace de «répercussions».

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, et le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, répliquaient lundi à l’ambassadeur de Chine au Canada. Lu Shaye a prévenu la semaine dernière, devant la presse à Ottawa, que le gouvernement canadien s’exposerait à des «répercussions» s’il devait interdire à Huawei de fournir du matériel pour ces nouveaux systèmes de communication plus rapides et plus résilients destinés à la téléphonie mobile.

Lundi, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a tenté de minimiser les propos de l’ambassadeur. «D’après ce que j’ai compris, il ne voulait pas dire que la Chine avait l’intention de s’immiscer dans la prise de décision du gouvernement canadien», a déclaré la porte-parole Hua Chunying lors d’un point de presse à Pékin, selon la transcription publiée sur le site du ministère. «Nous savons tous que Huawei est un leader dans la technologie 5G, alors des pertes sont inévitables si Huawei n’est pas choisi comme partenaire.»

Les ministres Goodale et Bains ont déclaré lundi matin que ce ne serait pas nécessairement le cas. Interrogé sur la participation éventuelle de Huawei dans un secteur où la sécurité nationale est cruciale, le ministre Goodale a déclaré que d’autres fournisseurs que les Chinois pouvaient mettre en place ces réseaux 5G au Canada. «Il y a d’autres fournisseurs, oui, en effet», a-t-il soutenu. Le ministre Bains en a même cité un : le suédois Ericsson.

Ottawa et les agences gouvernementales examinent toujours les enjeux de sécurité nationale et les problèmes techniques liés à la possible implication de Huawei ou d’autres sociétés dans ces nouveaux réseaux 5G pour téléphones intelligents et appareils de communication sans fil, qui seront implantés au Canada.

Or, cette décision d’affaires est devenue de plus en plus politique depuis l’arrestation, à la demande des États-Unis, de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, le 1er décembre à l’aéroport de Vancouver. L’arrestation de Mme Meng a provoqué la colère de Pékin, qui a ensuite fait arrêter en Chine deux ressortissants canadiens, ce qui a sérieusement envenimé les relations diplomatiques entre les deux pays.

«Sécurités nationales»

Michael Kovrig, un diplomate en congé, et Michael Spavor, un entrepreneur, ont été arrêtés pour de vagues allégations de «risques à la sécurité nationale de Chine». Un troisième Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, a été condamné à mort la semaine dernière pour une précédente affaire de trafic de drogue, une peine beaucoup plus lourde que les 15 ans d’emprisonnement imposés en première instance.

La porte-parole Hua a indiqué lundi que les étrangers en visite en Chine, de façon générale, ne risquent rien «tant qu’ils respectent les lois et les règlements chinois».

M. Goodale a rappelé quant à lui que c’est la sécurité nationale qui déterminera quelle entreprise le Canada choisira pour construire son nouveau réseau 5G, même si «certains» ont lié cette décision au problème des détenus. «Nous prendrons la meilleure décision pour le Canada et nous ne compromettrons pas sa sécurité», a précisé M. Goodale. «C’est un exercice continu et extrêmement complexe : il s’agit d’une technologie inédite dans le monde.»