Avec ses 124 000 abonnés sur Instagram, Alex Strohl a trouvé un gagne-pain en lien avec sa passion pour la photo.

Faire carrière avec Instagram

À peine plus de trois ans après son apparition, l'application de partage de photos Instagram est devenu l'un des réseaux sociaux les plus populaires au monde. Une popularité qui en fait un outil de marketing hyper convoité. Certains y trouvent des opportunités pour diffuser leur talent... et parfois être payés pour le faire! D'autres deviennent des véhicules pour mousser des marques. Le réseau social a changé la vie de deux de ses adeptes. Deux histoires fort différentes, mais qui montrent bien que sur Instagram, les frontières n'ont guère d'importance, et le nombre d'abonnés peut devenir un atout qui se monnaie.
Alex Strohl
Une photo dans Instagram représentant un paysage du Canada aurait pu demeurer tout à fait anonyme, n'eût été l'intérêt qu'a eu Microsoft pour cette image en 2012.
Le géant de l'informatique a remué ciel et terre pour retrouver l'auteur Alex Strohl et lui faire une proposition qu'il ne pouvait refuser, même s'il a pris le temps de négocier.
Est-ce que c'est payant? «Oui», dit-il sans vouloir dévoiler de chiffre.
Est-ce que ça défraie le coût de l'auto et le déménagement à Vancouver?
«Ah oui, et même de mettre pas mal de sous de côté», lance-t-il tout sourire.
Alex Strohl venait de s'assurer d'une sécurité financière avec l'usage des droits exclusifs de cette photo par Microsoft pour une campagne internationale. Sécurité qui lui permettrait d'aller au bout de son rêve et de sa passion pour la photo.
Utilisateur précoce du réseau social Instagram, Alex Strohl a plus de 124 000 abonnés sur sa page Instagram (http://instagram.com/alexstrohl), et sa copine Andrea Dabene, plus de 26 000 (http://instagram.com/andreadabene). Toute une audience qui peut valoir pas mal de dollars pour un couple d'influenceurs sur un réseau social qui compte plus de 100 millions de comptes sur la planète.
Ses débuts comme amateur dans Instagram se sont passés avec des photos de maisons et de points d'intérêt en architecture (#houseportrait), ou encore de vieilles autos (#soloparking), photos qu'il partageait avec d'autres membres d'Instragram ayant les mêmes intérêts. Aujourd'hui encore, son iPhone est à portée de main pour croquer toute image qui allume son instinct de chasseur d'images. Il fait partie des puristes qui utilisent l'iPhone et non un appareil réflex pour montrer sa vision du monde. Tout le monde, au départ, avait le même outil. C'est le talent et l'instinct, la capacité de faire vibrer qui distingue les uns des autres.
Au fur et à mesure, il est devenu une sorte d'ambassadeur dans le réseau social pour atteindre les 20 000 abonnés. Puis, Instagram l'a mis à l'avant-scène en le plaçant pendant quelque temps dans la liste des gens à suivre. La popularité a suivi à un rythme soutenu.
Parti pour Vancouver, il fait beaucoup de photos et commence des démarches auprès d'Explore Canada pour présenter des projets de mise en valeur du tourisme par la publication et le partage de photos sur Instagram. Il sait qu'il est possible de vendre ses photos, son expertise et vivre de son travail sur Instagram.
Une porte s'ouvre. Il organise alors le projet Yukon1X1, un voyage de photos avec d'autres membres d'Instagram. Ils seront payés pour leur travail (http://canadakeepexploring.tumblr.com/yukon-instagram-roadtrip). Ce sera le début d'une série de contrats qu'il négociera pour mettre à profit ses abonnés et son talent.
«C'est le Far West, lance-t-il. Il n'y a pas de règles, de barèmes de base pour le travail. Des gens font le travail gratuitement pour de grandes entreprises et des marques connues qui profitent de leurs capacités d'influenceurs et de leurs milliers d'abonnés.»
Pourtant, c'est un vrai boulot. Avec un ami, Maurice Li, il créera la troisième agence à naître dans le monde pour les photographes mobiles, la première au Canada. En étant cofondateur il y a six mois de l'entreprise Stay and Wander (http://stayandwander.com/services), ce n'est plus une personne qui vend ses services, mais deux entreprises qui négocient. Pour lui, c'est le début d'une nouvelle forme de marketing, le marketing numérique qui vend non seulement des images, de la notoriété à cause des abonnés, mais des abonnés qui sont fidèles à ceux qu'ils ont choisi de suivre sur Instagram.
«Nous donnons du travail à des gens qui ont la même passion que nous avec des tarifs de base qui nous permettent de vivre de notre passion. On s'entend sur le nombre de photos à publier. Nous avons notre audience, mais aussi un ratio fidélité. Avoir 700 000 abonnés, mais 10 000 "j'aime", ce n'est pas le même ratio de 80 000 et 12 000 "j'aime" et autant de commentaires. Tout cela a une valeur. À la base, ce sera dans les 1000 $ par jour par personne.»
Tourisme, marketing de produit, de marque, campagne de promotion, ça peut valoir son pesant d'or autant pour le photographe que la compagnie qui l'embauche.
Et lorsqu'il est parti en Norvège avec sa copine, il a investi pour l'avenir, car des projets de campagne touristique naîtront à plus ou moins court terme de ce voyage en images. Instagram, ça peut être payant pour en vivre à l'aise.
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<p>Sur cette image qu'elle a prise d'elle même, Olyvette porte des vêtements dont elle fait la promotion sur Instgram.</p>
Olyvete: «Je ne mise pas ma vie là-dessus»
Olyvette a beau compter plus de 95 000 abonnés sur Instagram, elle ne laissera pas tout de côté pour faire des photos d'elle et des vêtements qu'on lui offre.
«Je n'abandonnerai certainement pas mes études, affirme-t-elle avec fermeté. Instragam, c'est très populaire aujourd'hui. Mais on ne sait pas combien de temps ça va durer. Je ne mise pas ma vie sur Instagram.»
Malgré ses 94 000 abonnés dans sa page publique et 8000 autres dans sa page privée, ce qui est plus que le nombre de citoyens de son village de Sainte-Croix, Olivia Routhier-Lemay, de son vrai nom, n'a pas l'intention de sacrifier sa vie pour la popularité. «À moins qu'il y ait une opportunité qui me permettrait d'en faire un emploi pour le reste de ma vie», dit-elle avec sérieux.
Étudiante en langue au Cégep Garneau, elle a commencé sa vie publique sur Instagram il y a deux ans à peine. Elle avait 16 ans et aimait faire des photos d'elle-même avec ses nouveaux vêtements, commentant dans quelle boutique elle avait acheté telle veste et tel bijou. En peu de temps, elle a atteint les 20 000 abonnés.
Sa popularité a grandi, de sorte qu'en novembre 2012, la jeune compagnie de vêtements Claszie, de New York, lui a proposé de lui faire parvenir des vêtements pour qu'elle les porte et se prenne en photo, chez elle. La compagnie publie ses photos aussi sur son site Instagram. Succès pour les deux, de sorte qu'en peu de temps, le nombre d'abonnés a grimpé à une vitesse fulgurante.
«Lorsque tu as plus de 20 000 abonnés et que tu reçois 1000 "j'aime" et des commentaires sur tes photos en 20 minutes, Instagram place ta photo dans sa page d'accueil Explore où sont regroupés les membres les plus populaires.»
Les abonnés se sont multipliés et les offres de vêtements, de bijoux, d'extension de cheveux, de vernis à ongles, de maquillage et d'autres accessoires de mode également. Pourtant, sa popularité dans Instagram n'est pas une source de revenus, bien qu'elle ait une garde-robe bien garnie si l'on en juge par les photos de son site (http://instagram.com/olyvette#).
Au moment de l'entrevue, Olivia portait un vêtement de la compagnie québécoise Bookoo UPZ dont elle fait la promotion en images. Parfois, des gens lui demandent de publier une photo et un commentaire sur eux pour s'attirer de nouveaux abonnés. Elle l'a fait il y a quelques jours en échange d'une paire d'espadrilles «qui valent pas mal cher», souligne-t-elle.
Parfois, elle a l'occasion de parler à des célébrités et des gens de leur entourage comme le rappeur JBar, un proche de Soulja Boy. Même le fils d'un joueur de baseball célèbre communique avec elle assez souvent.
Elle ce n'est pas fait de nouveaux amis avec Instragram. Dans son entourage, certains la taquinent, lui demandant : «Olyvette, viens faire une photo avec moi». D'autres la reconnaissent dans les bars. Mais le plus étonnant s'est produit à Disney World. Une jeune fille croit la reconnaître. Trop timide pour aller lui parler, elle laisse un commentaire sur une photo qu'elle vient de mettre en ligne.
Olyvette n'a pas de page Facebook, pourtant on la voit sur de nombreux sites créés par des gens qui ont usurpé son identité et mis ses photos pour se rendre populaires. Ça ne lui plaît pas. «Même ma mère croit que c'est moi qui ai créé ces comptes-là, mais c'est faux.»
Elle continuera de faire des photos de vêtements, mais ses études sont prioritaires. Elle passera encore du temps sur Instagram, mais probablement pas tout son temps.