Les problèmes informatiques touchent à la centrale des données de Revenu Québec.

Crise informatique à Revenu Québec

Alors que le gouvernement Marois fait de la lutte contre l'évasion fiscale un important cheval de bataille, l'agence chargée de collecter les précieux deniers publics, Revenu Québec, éprouve d'importants problèmes informatiques. Pendant la période cruciale des impôts, une cellule de crise a même été créée. Au même moment, un appel d'offres lancé pour un logiciel visant à optimiser la technologie a été annulé.
C'est le coeur du système qui est touché, soit la centrale des données. Celle-ci duplique puis entrepose toutes les informations provenant de différentes sources, par exemple des déclarations de revenu des particuliers, pour ensuite générer des statistiques ou d'autres informations cruciales pour l'ensemble des institutions gouvernementales.
Le 10 avril, un courriel a été transmis aux utilisateurs pour énumérer les problèmes de chargement des bases de données dans la centrale. Dans une nouvelle missive envoyée deux jours plus tard, on expliquait cette fois que la centrale a reçu 12 millions de déclarations à traiter en mars qui correspondent à 260 millions d'enregistrements et que l'équipe travaille «à optimiser les traitements afin d'aller chercher des gains de productivité». Il est alors impossible d'évaluer le temps que cela prendra.
«Une cellule de crise a été créée. Elle est composée d'analystes, de programmeurs, d'administrateurs de bases de données et d'architectes. [...] Soyez assuré que nous mettons toutes les ressources nécessaires pour remédier à la situation et nous sommes conscients de l'urgence d'agir», peut-on lire dans ce message dont Le Soleil a obtenu copie.
Mais pour certains utilisateurs, le temps presse. Par exemple, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) est informée à la mi-avril qu'elle ne peut pas recevoir les statistiques sur la contribution au régime d'assurance médicament du Québec pour les années d'imposition 2011 et les suivantes en raison de «problèmes systémiques» concernant les données. Mécontents, les fonctionnaires de la RAMQ répliquent à Revenu Québec quelques jours plus tard qu'ils ont des obligations de reddition de compte auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux et du Vérificateur général du Québec. Ils soulignent également que c'est la deuxième fois en quelques mois que de tels problèmes surgissent.
Appel d'offres annulé
Parallèlement à ces soucis, le gouvernement a annulé le 23 avril dernier l'appel d'offres lancé en décembre pour l'acquisition d'une «plateforme technologique spécifique à la gestion des données d'un environnement informationnel», dont le devis a été concocté pendant plus d'un an.
Selon ce que Le Soleil a appris, cette plateforme réglerait les problèmes actuels en plus d'être cruciale pour l'implantation de nouveaux programmes de lutte contre l'évasion fiscale, notamment celui visant les grands chantiers de construction, puisqu'il permet de recouper et d'analyser des millions de données provenant de différentes bases en très peu de temps. Le contrat est évalué à environ 12 millions $.
Les offres de trois soumissionnaires ont été rejetées : Teradata, IBM, représentée par Informatique EBR inc., et Oracle, représentée par le Groupe Maplesoft. Des centaines de bases de données de Revenu Québec sont déjà opérées par Oracle. Ce sont ces dernières qui ont causé des maux de tête aux informaticiens le mois dernier et provoqué la mise sur pied d'une cellule de crise dans la centrale des données.
Revenu Québec affirme que la décision de relancer le processus n'a pas encore été prise et dit ne pas disposer de données sur les coûts que cela représenterait. Une source a cependant confié au Soleil que le gouvernement attend à l'automne et que les soumissionnaires seront fort probablement les mêmes puisqu'il y a très peu d'entreprises capables de produire de tels systèmes.
Dans l'intervalle, la direction de technologies de l'information de Revenu Québec «est comme un navire dans un océan qui navigue sans boussole ni GPS», dixit ce spécialiste en informatique qui préfère ne pas se nommer.
Un nom familier
Par ailleurs, un autre important projet informatique est dans les cartons de la direction des TI de l'agence visant à remplacer une technologie vieillissante de gestion de bases de données (IDMS). Le nom d'Oracle apparaît à nouveau dans ses documents de présentation alors que, selon notre source, plusieurs personnes dans le milieu se questionnent sur le penchant que semble avoir le gouvernement pour cette entreprise.
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Des changements «préventifs»
Malgré les courriels échangés entre fonctionnaires que Le Soleil a pu consulter, le porte-parole de Revenu Québec, Stéphane Dion, affirme qu'aucune cellule de crise n'a été créée en lien avec la base de données Oracle et ne fournit pas d'information sur les problèmes provoqués dans la centrale des données.
«Cependant, un changement a eu lieu à titre préventif sur la base de données - un ajout de mémoire. Comme pour la majorité des changements, des rencontres préparatoires ont lieu afin d'assurer que ce changement soit transparent pour les opérations de l'organisation. Le changement a eu lieu au cours d'une période d'entretien planifiée. À noter qu'entre 50 à 200 changements sont apportés mensuellement à notre infrastructure», précise M. Dion.