Le secteur de la création multimédia, qui regroupe principalement des entreprises dans les domaines des arts numériques, du jeu vidéo et de la conception d'applications Web, crée 3700 emplois dans la région de Québec. Sa contribution au PIB du Québec est de 226,3 M$ et elle génère 26,1 M$ en revenus gouvernementaux, selon des données fournies par Québec International.

Crédits d'impôt: le milieu des TI craint les choix de la CAQ

«Plusieurs entreprises du Québec sont inquiètes», indique Nicole Martel, pdg de l'Association québécoise des technologies, à la suite de l'annonce de François Legault sur la diminution des crédits d'impôt offerts aux entreprises du multimédia et des technologies de l'information.
«Il y a une incompréhension du tissu économique de l'industrie», martèle la pdg, qui souhaite voir à ce stade-ci des mesures d'adoption en technologie plutôt que de l'investissement dans les universités.
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a souligné lundi qu'il financerait en partie son Projet Saint-Laurent en sabrant le crédit d'impôt pour la production de multimédia de plus de 50 %, ce qui dégagerait une somme de 70 millions $. Celui pour le développement des affaires électroniques, de 60 %, une économie de 170 millions $.
L'annonce de M. Legault a coupé le souffle à plusieurs PME québécoises en technologies de l'information - il y en a près de 2000 au Québec - selon les dires de Mme Martel. Elle estime qu'une telle diminution des crédits d'impôt pourrait avoir de lourdes conséquences.
Le secteur des affaires électroniques [logiciel, service informatique, commerce électronique, application mobile...] représente environ 160 000 travailleurs dans la province et 32 000 à Québec. «Le biotech et l'aérospatiale ensemble sont trois fois moins importantes que l'industrie des technologies de l'information», analyse Mme Martel, qui a reçu plusieurs téléphones lundi pour dénoncer la situation.
Ce ne sont pas tous les emplois qui sont subventionnés, mais «certains pourraient être en danger».
Pour le secteur de la création multimédia, qui regroupe principalement des entreprises dans les domaines des arts numériques, du jeu vidéo et de la conception d'applications Web, on dénombre dans la région métropolitaine de Québec 126 entreprises et 12 centres. Cette filière génère 3700 emplois dans la région de Québec (16 000 au Canada). Sa contribution au PIB du Québec est de 226,3 M$ et elle génère 26,1 M$ en revenus gouvernementaux, selon des données fournies par Québec International.
«Ça fait vingt ans qu'on bâtit une industrie, on commence à être reconnus comme une référence sur la scène mondiale en matière de jeu», commente Mme Martel, visiblement inquiète par l'impact d'une telle décision. «L'industrie des services technologies et logiciels est elle aussi très bien réputée. La compétition du marché est forte. La menace, si on va de l'avant avec de telles abolitions, c'est que les autres marchés viennent courtiser nos entreprises. Et aussi que nos entreprises ne puissent plus faire face à leur concurrence mondiale, qui elle a accès à de telles mesures». Soixante-seize pour cent des entreprises en technologique de l'information vendent leur produit hors Québec.
Le Québec pas choyé
De base, le Québec n'est pas l'endroit qui offre les crédits les plus généreux. «Au Manitoba, à l'Île-du-Prince-Édouard, ils veulent vraiment prendre leur place. Même l'Ontario offre un meilleur crédit que le nôtre», soutient la pdg, qui a tenté de joindre la CAQ mardi pour avoir plus d'information.
Au Québec, le CDAE offre 30 % de crédit sur les salaires admissibles, jusqu'à concurrence de 75 000 par an. En Ontario, le OIDMTC couvre jusqu'à 40 % des frais de la main-d'oeuvre. «Au Manitoba et à l'Île-du-Prince-Édouard, c'est autour de 5 % de plus que notre offre», soutient Mme Martel.
Pour l'instant, le Québec est toujours dans la course. Mais pour combien de temps encore? «On demeure compétitif notamment parce qu'on a un écosystème qui a été créé et des ressources de qualité. Mais si nos entreprises se font courtiser [...], cela me préoccupe», conclut Mme Martel. Joints par Le Soleil mardi, Ubisoft et Beenox ont refusé de commenter l'annonce de la CAQ.
Labeaume en désaccord
De son côté, le maire de Québec déplore la position de la Coalition avenir Québec. «Moi je répète ce que je dis : couper, ce n'est pas un projet de société. Gérer de façon conservatrice comme nous autres on fait pour exécuter une vision et des ambitions, ça marche. Mais couper, c'est pas un choix de société.» Il reviendra aux électeurs de juger, dit-il. «Ils feront leurs choix, le monde va décider.»
Pas une très bonne nouvelle
L'annonce du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, concernant la diminution des crédits d'impôt offerts aux entreprises du multimédia et des technologies de l'information «n'est pas une très bonne nouvelle», estime Pierre-Luc Lachance, directeur général de La Voix des Entrepreneurs en T.I. de Québec (VETIQ). Par contre, le VETIQ concède qu'il y a certaines dispositions qui doivent être prises concernant les crédits d'impôt. «Ils sont parfois difficiles à aller chercher, même impossibles pour des entreprises. L'accessibilité doit être revue et une autre problématique est que ceux qui en bénéficient le plus [CGI, Québecor Media...] sont souvent ceux qui en ont le moins besoin. Par défaut, l'enveloppe va diminuer d'elle-même si on décide de cibler les PME versus les grandes entreprises.»
Avec la collaboration de Stéphanie Martin