Lors d'une première rencontre avec son médecin, le patient conçoit son démon, qui deviendra l'avatar. Ensuite, lors des autres séances, l'interaction entre le psychiatre et le patient se fait à travers cet avatar.

Confronter ses démons en réalité virtuelle

Grâce à la réalité virtuelle et augmentée, il est désormais possible de confronter ses démons. L'entreprise de Québec OVA a créé un avatar qui permet d'aider les patients atteints de schizophrénie.
Cette technologie sera utilisée dans la deuxième phase, qui débutera vers la fin du mois d'août, d'un projet pilote à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal. Une cinquantaine de personnes devraient participer à cette recherche.
Le concept est assez simple, lors d'une première rencontre avec son médecin, le patient conçoit son démon, par exemple, un homme avec la peau rouge et des cornes. Le personnage peut également être une femme ou une personne âgée. Ensuite, lors des autres séances, l'interaction entre le psychiatre et le patient se fait à travers le démon. Et même la voix est modifiée afin de rendre l'échange le plus réaliste possible. 
Pour la première série de tests, une vingtaine de personnes aux prises avec des hallucinations ont participé. Les résultats se sont avérés très positifs, avance au Soleil le psychiatre et chercheur responsable, Alexandre Dumais, qui s'inspire d'une étude britannique pour réaliser ses recherches. 
«La thérapie s'est déroulée sur six séances. Beaucoup de patients ont vu une diminution de leurs hallucinations et de leur détresse liée à ces voix. Ils ont maintenant une meilleure qualité de vie. On pense que le contrôle de soi est une variable clé», affirme-t-il, espérant un jour voir cette méthode développée à travers le pays.
L'avatar permettant d'aider les patients atteints de schizophrénie, dont le contrat a été signé avec le Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, est l'un des produits dérivés de la plateforme de réalité virtuelle et augmentée StellarX développée par OVA. Cette technologie offre une solution complète pour la création en un tournemain d'environnements virtuels et immersifs. 
À titre d'exemple, la Ville de Québec a utilisé au cours des dernières années le savoir-faire de la jeune pousse pour former des intervenants de première ligne dans le cadre de son programme de vitrine technologique. Des pompiers, des ambulanciers, des policiers et des membres de la sécurité publique ont entre autres dû réagir lors de la simulation avec la plateforme d'une fuite de gaz au Centre sportif Marc-Simoneau.
Former les marins
Dans un avenir assez rapproché, la technologie d'OVA servira également pour la formation de la Marine royale canadienne. Un contrat de quatre ans serait également sur le point d'être signé avec un important constructeur d'automobiles allemand. Et des discussions sont en cours avec l'une des entreprises américaines figurant dans le top 3 du magazine Forbes en 2016 pour son chiffre d'affaires, soit Walmart, Exxon ou Apple.
Bien qu'il aimerait en dire plus et ce n'est pas l'envie qui manque, le fondateur et président d'OVA, Harold Dumur, se doit de demeurer avare de commentaires sur certains contrats. Des ententes de confidentialité ont été signées.
«On vient de remporter, il y a environ un mois, le contrat du Programme d'innovation Construire au Canada [PICC]. C'est une enveloppe fédérale qui peut atteindre 1 million $», souligne l'homme d'affaires. «Notre technologie va aider les gens de la marine à mieux se former. Nous écrivons en ce moment le scénario avec le client. Ce que j'ai en tête, c'est un entraînement de préparation à une guerre. C'est un gros projet», poursuit-il. 
OVA compte aussi parmi ses clients des entreprises et des organisations comme Hydro-Québec et le Festival international de Jazz de Montréal. «Désolé, mais je ne peux pas en dire davantage», confie-t-il, au sujet du Festival.
Au cours des prochaines semaines, le président s'envolera vers San Francisco au Demo Day pour discuter affaires avec des géants comme HTC Vive, qui finance déjà sa compagnie, Microsoft, Google et Oculus. 
La jeune entreprise fondée en 2014 dans la capitale a dernièrement ouvert son premier bureau à l'extérieur de la province, à Beijing, en Chine. Elle compte aujourd'hui 12 employés et M. Dumur espère atteindre les 50 travailleurs d'ici deux ans. Son plan d'affaires vise également les 60 millions $ de revenus d'ici 2023.
«Les efforts que nous avons faits commencent à rapporter. On souhaite terminer l'année financière en août avec un chiffre d'affaires de 1,4 million $. Si les contrats débouchent à l'international, j'aimerais faire grandir l'équipe en Chine et avoir des bureaux à Londres», conclut le diplômé en génie industriel de l'Université Laval de 31 ans. En septembre 2016, OVA avait récolté les honneurs comme meilleure jeune pousse du G20 à Pékin.