Coffre-fort virtuel: Shoiry accuse Labeaume de «mentir»

L'opposition accuse Régis Labeaume de mentir à la population depuis des années en soutenant que le géant français des télécommunications Orange est derrière le projet controversé de coffre-fort virtuel.
<p>Pour les élus de Démocratie Québec, Yvon Bussières, Paul Shoiry et Anne Guérette, la lettre, signée par le directeur général adjoint et secrétaire général d'Orange, confirme que les propos du maire voulant que le groupe Orange était impliqué sont de la poudre aux yeux.</p>
Faux, réplique le cabinet du maire, qui assure que la compagnie Almerys, filiale d'Orange, est bel et bien impliquée dans ce projet cher au maire Labeaume et dans lequel la Ville injecte 2,4 millions $.
«Le maire nous a trompés», a tranché sans détour M. Shoiry.
Lettre du directeur général adjoint d'Orange à l'appui, le chef de l'opposition, Paul Shoiry, a tiré à boulets rouges mardi matin sur le «coffre-fort virtuel» annoncé en 2011 par Asentri. Cette entreprise franco-québécoise a comme actionnaire Global Services Santé, dont Almerys détient 36 % des actions.
Mais Asentri, qui emploie cinq personnes dans ses bureaux du boulevard Laurier, n'a rien à voir avec Orange, soutient le directeur général adjoint et secrétaire général d'Orange, Pierre Louette, dans sa lettre à Paul Shoiry.
«Notre filiale Almerys ne participe pas au projet de coffre-fort virtuel pour la Ville de Québec», peut-on lire dans la missive datée du 14 novembre.
Pour l'opposition, cette lettre confirme que les propos du maire voulant que le groupe Orange était impliqué sont de la poudre aux yeux.
«Quand vous êtes maire d'une ville et que vous vendez un projet de 2,4 millions $ sur la prémisse qu'un géant des télécommunications est derrière ce projet-là et que vous ne prenez pas la peine de vérifier si ce que vous dites est vrai, soit vous mentez, soit vous êtes incompétent», a dit M. Shoiry en conférence de presse pendant laquelle il a rendu la lettre publique.
Succès mitigé
Lancé en mai 2013, le coffre-fort virtuel permet l'échange sécurisé de documents entre la Ville de Québec, les citoyens et différents fournisseurs. Il fonctionne avec un lecteur de carte à puce branché à un ordinateur. Le Ville de Québec a investi 2,4 millions $ - dont 1,5 million $ provenant du Fonds de développement économique du gouvernement du Québec - dans cette «vitrine technologique» au succès plus que mitigé.
Depuis son lancement il y a 18 mois, le «coffre-fort virtuel» n'a attiré que 900 citoyens sur les 30 000 participants escomptés au projet-pilote.
Mais malgré les ratés, Régis Labeaume a toujours martelé que le système était de la «recherche et développement» pour Asentri. L'idée, a-t-il souvent répété, est avant tout d'attirer ici le géant français Orange.
«On est un cobaye avec l'argent du développement économique. On est un cobaye pour faire en sorte qu'Orange vienne s'installer à Québec. La ville est un laboratoire», disait M. Labeaume en mai 2013.
En fin de journée hier, l'attaché de presse de Régis Labeaume, Paul-Christian Nolin, a toutefois assuré que le maire n'a jamais dit faire affaire directement avec Orange. La Ville, dit-il, souhaite plutôt attirer le géant «à plus long terme».
«Jamais on n'a prétendu qu'on faisait affaire directement avec Orange, s'est défendu M. Nolin. Il a toujours été clair que c'était une filiale d'Orange, Almerys.»
M. Nolin a renvoyé la balle à l'auteur de la lettre à M. Shoiry. Pierre Louette, a-t-il avancé, ne connaît peut-être pas toutes les filiales dans lesquelles la multinationale dont il est directeur général adjoint et secrétaire général est impliquée.
«Peut-être que le secrétaire général ne connaît pas toutes les participations d'Orange dans les entreprises. Mais Almerys, c'est 64 % détenu par Orange», a martelé M. Nolin.
On apprend aussi dans la lettre de M. Louette à M. Shoiry qu'Orange n'a aucune intention de construire dans la capitale un centre de données sécurisé (bunker) au coût de 34,5 millions $, comme l'a annoncé Almerys en septembre 2013.
«Le Groupe Orange ne prévoit pas non plus de construire une infrastructure de bunker sécurisée dans la Ville de Québec, ni d'y établir son siège social pour l'Amérique du Nord», tranche M. Louette.
Le dg adjoint d'Orange poursuit en assurant à M. Shoiry qu'il informera les partenaires d'Almerys «afin qu'il veille à ce qu'aucune ambiguïté ne puisse naître de sa communication ou de celle de ses filiales quant à l'implication du groupe Orange dans des projets qui ne le concernent pas et à ce que la marque Orange ne soit pas associée à ces derniers».
Asentri sur le point d'acheter un terrain pour son bunker
La sortie des élus de Démocratie Québec sur le coffre-fort virtuel aura permis d'apprendre que l'entreprise Asentri a finalement trouvé son terrain pour bâtir son «bunker de données». Cet investissement de 34,5 millions $ avait été annoncé en septembre 2013 et prévu pour 2017. «On a reçu une offre d'achat écrite et signée pour l'acquisition d'un terrain dans le parc Colbert pour un montant de 1,5 million $», a révélé en fin de journée mardi le porte-parole du maire Régis Labeaume, Paul-Christian Nolin.
L'an dernier, le président d'Almerys, Laurent Carreda, a promis que le bunker sera construit d'ici 2017 et qu'il «entraînera la création d'une trentaine d'emplois de haut niveau». Asentri n'est toutefois pas seule dans le domaine des centres de données sécurisés, qui abritent les informations de diverses entreprises et de sociétés d'État. En juin, 4Degrés l'a devancé avec son bunker pouvant abriter jusqu'à 85 000 serveurs informatiques dans le Parc technologique du Québec métropolitain.
Ce qu'ils ont dit...