Annoncé en juin, le centre de 4Degrés entrera en activité fin mars dans le Parc technologique. La construction va bon train.

Centre de données: 4Degrés sème ses concurrents

Perçue comme une nouvelle manne pour la région de Québec, la construction de trois centres de données a été annoncée ces derniers mois. Mais pour l'instant, un seul est réellement sur les rails.
Annoncé en juin, le centre de 4Degrés, auquel est associé Martin Bouchard, connu comme concepteur du logiciel Copernic, entrera en activité fin mars dans le Parc technologique. La construction va bon train. 4Degrés a déjà signé des ententes avec d'importantes entreprises technologiques qui y abriteront leurs serveurs sécurisés en cette ère de l'infonuagique, où des firmes louent des espaces dans de tels centres au lieu de posséder leur propre salle de serveurs (voir ci-dessous).
La réalité est par contre tout autre pour le projet Interplex. Alors qu'elle devait être terminée ce mois-ci, la construction de ce «bunker» de 60 millions $ du promoteur Philippe Thériault et du groupe Bilodeau immobilier n'est pas encore commencée.
Éric Bilodeau, de Bilodeau immobilier, ne cache pas qu'il aurait souhaité voir le centre prévu sur le boulevard de l'Auvergne ouvrir comme prévu. Mais le groupe voulait avoir signé des contrats de location d'espaces de serveurs avec de «gros clients» avant la première pelletée de terre. Ce qui n'est pas encore fait. «On est toujours en discussions avec des gros joueurs.» Tout en assurant que le projet n'est pas abandonné, M. Bilodeau n'avance toutefois aucune nouvelle échéance. «Il n'y a rien de concret pour le moment», dit-il.
En quête d'un terrain
Le troisième centre de données, prévu pour 2017 et soutenu par le maire Régis Labeaume, est celui de la franco-québécoise Asentri. Cette firme derrière le coffre-fort virtuel n'a toutefois pas encore trouvé le terrain pour construire son centre annoncé, a appris Le Soleil.
Lors d'un voyage en France en novembre, M. Labeaume avait affirmé que l'entreprise avait déniché l'endroit où faire sortir de terre son futur bâtiment, évalué à 34,5 millions $.
«C'est vrai que le premier terrain proposé a été refusé», a indiqué mardi l'attaché de presse de M. Labeaume, Paul-Christian Nolin. «Cependant, d'autres terrains seront proposés et à l'étude. Une rencontre aura lieu très bientôt avec les gens d'Asentri», a indiqué M. Nolin en référence à cette entreprise, filiale de la française Almerys, elle-même filiale du groupe Orange, que M. Labeaume a souhaité attirer à Québec dès 2008 lors d'un voyage en France.
Le centre de données d'Asentri abritera notamment les données de ceux qui adhèrent à la technologie eBee, actuellement testée par le coffre-fort virtuel. Mais il ne lèvera pas de terre avant au moins trois ans.
«Servir les entreprises de Québec»
Mais si les choses pourraient prendre plus de temps pour Interplex et Asentri, ce n'est pas le cas de 4Degrés.
Ce centre, qui ne touche aucun fonds public, vise d'abord à héberger les serveurs d'entreprises d'ici. Même si Martin Bouchard ne dévoile pas les clients de 4Degrés, des firmes comme Taléo, Oracle et CGI étaient présentes à la conférence de presse de juin.
«On veut en premier lieu servir les entreprises de Québec qui présentement sont mal servies. Par contre, il y a aussi un très gros marché étranger. Il y a un paquet de villes dans le monde où ce n'est pas l'idéal de se faire un centre de données», dit-il en mentionnant les réalités climatiques. Un centre de données, ça chauffe et demande beaucoup de climatisation. Le climat nordique de la région et l'accès à l'hydroélectricité en font un lieu idéal, dit-il.
Ce discours est le même que celui du maire Régis Labeaume, qui a ces derniers temps vanté les mérites de la capitale comme terre d'accueil pour des centres de données.
«C'est une bonne nouvelle que le maire mentionne que le cloud était prometteur et que ça l'intéressait», se réjouit M. Bouchard.
Mais le maire a davantage parlé publiquement du projet d'Asentri, à qui la Ville de Québec a versé 2,4 millions $ pour devenir la vitrine technologique du coffre-fort virtuel.
«C'est sûr que notre projet n'a peut-être pas la visibilité qu'il devrait avoir, laisse tomber M. Bouchard. Quand on parle de ça, on devrait parler de l'ensemble et pas seulement d'un projet.»
<p>«Beaucoup d'entreprises veulent sortir leurs serveurs des États-Unis» - Martin Bouchard, de 4Degrés</p>
Terre promise loin de l'espionnage
Les révélations d'espionnage électronique aux États-Unis pourraient bien favoriser les centres de données de Québec.
En effet, la capitale n'a pas seulement un climat froid et une abondance d'hydroélectricité comme qualités pour la construction de «bunkers» abritant des serveurs de grandes entreprises. Elle a aussi, aux yeux des clients, l'avantage de ne pas être sous la juridiction de la National Security Agency (NSA). «Un phénomène qui arrive présentement est que beaucoup d'entreprises veulent sortir leurs serveurs des États-Unis. Avec toutes les lois d'espionnage qu'on a pu voir récemment...», explique Martin Bouchard, associé avec Benoît Raymond pour le centre de données 4Degrés.
«Elles veulent rester en Amérique, mais pas aux États-Unis. On va en fin de compte en bénéficier», avance M. Bouchard.
Et des compagnies moins recommandables pourraient-elles aussi vouloir sortir de l'oeil de l'oncle Sam? Martin Bouchard doute que des petites entreprises puissent être attirées par le service d'hébergement qu'il offrira. «On ne va pas chercher de petits clients ou de petits sites Web», explique M. Bouchard, qui envisage plutôt d'attirer «des grandes compagnies d'assurances, des gouvernements». «En termes de prix, les gens achètent une tranquillité d'esprit. On est vraiment haut de gamme, alors ça ne va pas non plus intéresser les petites entreprises un peu tout croches.»
>> En un mot: Infonuagique
L'infonuagique (cloudcomputing en anglais) désigne la prestation de services informatiques par Internet. Selon le Commissariat à la vie privée du Canada, «les services infonuagiques offrent également aux entreprises la possibilité de stocker leurs données à l'extérieur, tout en permettant d'y avoir accès par Internet à partir du bureau, de la maison ou de presque partout ailleurs.» Des exemples? Le stockage de fichiers en ligne (de type Dropbox), les réseaux sociaux, les courriels, etc. Toutes les entreprises qui offrent de tels services en ligne doivent héberger ces données. D'où la croissance du nombre de centres de données ou «bunkers». Ces bâtiments fortement sécurisés accueillent en location les serveurs de diverses entreprises qui n'ont ainsi pas à investir dans une salle de serveurs.