Musique

Envolée de la musique en continu en 2017

NEW YORK - Les ventes mondiales de musique ont enregistré une croissance record en 2017, avec une hausse de 8,1%, le numérique représentant pour la première fois la majorité des revenus grâce au boom des services en continu, selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI).

La musique enregistrée a rapporté quelque 17,3 milliards $US l’an dernier. Les ventes de musique numérique, jusqu’ici à peu près équivalente aux ventes physiques au niveau mondial ont représenté 54% de ce total, a indiqué l’IFPI dans son rapport annuel.

C’est la troisième année consécutive de croissance, et la progression la plus forte depuis que l’IFPI a commencé à publier des chiffres mondiaux en 1997.

L’industrie musicale n’a cependant pas encore retrouvé ses niveaux d’avant l’arrivée d’internet et du piratage de la musique qui a vu ses ventes s’éroder à partir des années 1990, a souligné Frances Moore, qui préside l’IFPI, lors d’une conférence de presse téléphonique.

La reprise actuelle est due presque entièrement à la progression des services de musique en continu incarnés par Spotify, récemment introduit en Bourse, Deezer ou Apple Music.

Quelque 176 millions de personnes dans le monde ont payé pour des abonnements à de tels services en 2017, dont 64 millions de nouveaux abonnés, avec encore une forte marge de progression au niveau mondial.

Les ventes physiques ont elles continué à baisser, avec pour exception notable les disques vinyle qui, même s’ils restent l’apanage d’une frange d’audiophiles, ont connu une croissance de 22,3%.

Affaires

Nintendo Labo: bricolez avant de jouer!

Nintendo a lancé vendredi une nouvelle manière de s’amuser à des jeux sur la console Nintendo Switch : bricoler avant de jouer!

C’est ce que propose le Nintendo Labo dont les objets à construire ont été présentés à Montréal vendredi matin avec un porte-parole amateur de jeu vidéo, l’animateur Stéphane Bellavance, qui a pu expérimenter dans les derniers jours les nouveautés avec ses deux fils de 10 et 8 ans.

Techno

Facebook dévoile de nouveaux réglages pour protéger la vie privée

LONDRES — Contraint de se conformer à de nouvelles règles européennes, Facebook déploiera cette semaine de nouveaux réglages qui rehausseront la protection de la vie privée de ses utilisateurs, notamment en leur permettant de consentir ou de refuser plus facilement à l’utilisation de leurs données.

Les nouveaux réglages seront tout d’abord introduits en Europe, mais éventuellement tous les utilisateurs du réseau social devront décider s’ils acceptent ou non l’utilisation de fonctionnalités comme la reconnaissance faciale et certaines formes de publicité ciblée, a indiqué la compagnie sur un blogue.

«Tous - peu importe où ils habitent - devront passer en revue des informations importantes concernant la façon dont Facebook utilise des données et prendre des décisions concernant leur vie privée sur Facebook, ajoute le géant. Nous commencerons à introduire ces choix cette semaine en Europe.»

Cette annonce survient au moment où Facebook peine à se relever d’un scandale qui a vu une firme privée exploiter les données de quelque 87 millions d’utilisateurs pour aider la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016.

L’Union européenne commencera dès la semaine prochaine à faire respecter le Règlement général sur la protection des données, qui cible explicitement toute compagnie qui utilise des données fournies par des résidants de l’Europe, peu importe où se trouve son siège social.

Il s’agit de la plus récente tentative de la part de l’UE pour encadrer des entreprises principalement américaines qui, selon elle, évitent de payer des impôts, étouffent la concurrence et contreviennent aux droits à la vie privée en ligne. L’UE affirme qu’il s’agit des changements les plus importants en 25 ans, alors qu’elle essaie de répondre aux progrès technologiques survenus depuis 1995, quand les dernières règles ont été adoptées.

Les nouvelles règles européennes exigent que les formulaires de consentement soient rédigés de manière claire, dans un langage simple que tous peuvent comprendre, afin de combattre les multiples pages de jargon que pratiquement personne ne lit avant de cliquer, «J’accepte». Le consentement devra également être aussi facile à retirer qu’à accorder.

Les utilisateurs de Facebook en Europe et au Canada pourront maintenant choisir d’utiliser la technologie de reconnaissance faciale que le réseau social offre au reste de la planète depuis six ans, a ajouté la compagnie.

On demandera aux utilisateurs s’ils acceptent que Facebook utilise des données colligées par des applications ou des sites web pour cibler les annonces qui leur sont présentées, ou encore s’ils acceptent de partager les informations politiques, religieuses ou conjugales de leur profil.

«Nous ne voulons pas seulement respecter la loi, mais aussi dépasser nos obligations afin d’offrir à tous les utilisateurs de Facebook une expérience renouvelée et améliorée en ce qui concerne la protection de leur vie privée», a expliqué la compagnie.

Techno

Facebook collecte des données au-delà de ses utilisateurs

SAN FRANCISCO — Facebook, embourbé dans un scandale de détournement d’informations personnelles, a confirmé lundi qu’il collectait les données d’internautes y compris lorsqu’ils n’étaient pas sur le réseau social, une pratique dont, dit-il, il n’a pas l’apanage.

Interrogé à ce sujet plusieurs fois la semaine dernière au cours de ses auditions au Congrès, le pdg Mark Zuckerberg avait déjà expliqué que le groupe collectait bien d’autres données que celles que ses usagers partagent sur leur profil.

Dans un texte publié lundi sur le blogue de Facebook, David Baser, un responsable «produit» du groupe, détaille comment le réseau «récupère des données d’autres sites Internet ou applications» utilisant l’un des nombreux «outils» marketing Facebook, qui leur permettent de mesurer l’impact de leurs annonces sur le réseau, mais aussi en dehors du réseau social.

Par exemple, Facebook récupère des informations lorsqu’un utilisateur clique sur le bouton «J’aime» ou «Partager» sur un autre site (un article sur un site d’information par exemple) ou qu’il accède à un site ou une application via son «login» (ses identifiants) Facebook.

Mais les annonceurs qui passent des pubs sur Facebook peuvent aussi les diffuser en dehors du réseau social, sur un autre site ou application, c’est un autre outil marketing proposé par le groupe. Lorsqu’un internaute clique sur cette publicité d’un annonceur qui fait partie du réseau d’annonceurs de Facebook, ce dernier récupère aussi certaines infos.

Ainsi «lorsque vous visitez un site ou une application qui utilise nos services, nous recevons des informations même si vous êtes déconnecté ou si vous n’avez pas de compte Facebook. C’est parce que les autres applis ou sites ne savent pas qui utilise Facebook», écrit M. Baser, qui précise que beaucoup d’autres entreprises récoltent des données de ces différentes façons, comme notamment Twitter ou Google.

Parmi les informations récupérées, l’adresse IP, le navigateur (Chrome, Safari, Explorer...) ou encore le système d’exploitation de l’appareil (Android, Windows etc...).

«Nous exigeons des sites et applications qui utilisent nos outils de vous dire qu’ils collectent des informations et qu’ils les partagent avec nous et [exigeons] qu’ils vous en demandent l’autorisation», écrit encore David Baser.

C’est via une application tierce proposée sur Facebook que la firme britannique Cambridge Analytica a mis la main sur les données de dizaines de millions d’usagers Facebook, à leur insu.

Techno

Rogers testera le 5G aux Blue Jays

TORONTO — Rogers Communications effectuera divers essais de la nouvelle technologie 5G sur les réseaux sans fil de Toronto, Ottawa et d'autres villes au cours de la prochaine année.

Rogers Communications effectuera divers essais de la nouvelle technologie 5G sur les réseaux sans fil de Toronto, Ottawa et d’autres villes au cours de la prochaine année. 

L’entreprise torontoise a précisé lundi s’être associée au géant suédois des télécommunications Ericsson. 

Rogers utilisera le Rogers Centre, où sont joués les matchs de baseball des Blue Jays de Toronto, comme un laboratoire d’essais pour le 5G. Elle pourra ainsi étudier la façon dont les réseaux peuvent gérer des milliers d’appareils connectés et les périodes de pointes pour l’utilisation de données. 

L’enceinte de béton compact du stade représente en outre un défi particulier. 

Techno

Vérifié: pas de données vendues, mais des profits

NEW YORK — Mark Zuckerberg a soutenu de nouveau mardi que Facebook ne vendait pas les données privées des internautes, parlant d'une perception erronée envers le site de réseautage social. Voici un aperçu des propos du grand patron de Facebook devant les sénateurs américains.

ZUCKERBERG: «Nous ne vendons pas de données aux annonceurs», a dit le chef de la direction de Facebook, mardi, lors d'une audience au Sénat. «Ce que nous permettons est que les annonceurs nous disent (quels genres de personnes) ils veulent rejoindre. Et puis nous effectuons le placement publicitaire.»

Techno

Données compromises: les abonnés de Facebook avisés

Facebook a commencé à informer certains de ses abonnés que leurs données ont été touchées par le scandale Cambridge Analytica.

Certains utilisateurs ont reçu un message les informant qu’«un de vos amis» a utilisé une application dorénavant interdite appelée «This is Your Digital Life». Le message explique que l’application a partagé les données colligées - notamment le profil public, les pages «aimées», la date de naissance et le lieu actuel de résidence - avec la firme Cambridge Analytica, qui les a exploitées à des fins politiques.

Quelque 87 millions d’utilisateurs de Facebook dont les données pourraient avoir été compromises ont commencé à recevoir ce message depuis lundi. Facebook indique que plus de 70 millions des utilisateurs concernés se trouvent aux États-Unis; on en compte quelque 622 000 au Canada, un million au Royaume-Uni, et le même nombre aux Philippines et en Indonésie.

Ces messages ont commencé à apparaître quelques heures seulement avant le début du témoignage du grand patron de Facebook, Mark Zuckerberg, devant le Congrès des États-Unis. Il s’est exprimé devant le Sénat mardi, puis le fera devant la Chambre des représentants mercredi.

L’homme qui a dénoncé les pratiques de Cambridge Analytica, Christopher Wylie, avait précédemment indiqué qu’au moins 50 millions de personnes étaient concernées. Mais dans une entrevue diffusée dimanche par le réseau NBC, il prévient que le nombre réel de victimes dépasse probablement les 87 millions d’utilisateurs évoqués par Facebook.

L’application mise en cause a été conçue en 2014 par le chercheur Aleksander Kogan, qui a payé environ 270 000 personnes pour l’utiliser. L’application récoltait non seulement les données personnelles de ceux qui l’utilisaient, mais aussi - grâce aux règles permissives de Facebook - les données de leurs amis, y compris des détails qu’ils ne comptaient pas partager publiquement.

Facebook a ensuite circonscrit les données auxquelles les applications peuvent avoir accès, mais dans ce cas-ci, il était trop tard.

M. Zuckerberg a expliqué que Facebook en était arrivé au chiffre de 87 millions en calculant le nombre maximal d’amis que les utilisateurs pouvaient avoir pendant que l’application de M. Kogan faisait le plein de données. Les registres de l’entreprise ne remontent pas aussi loin dans le temps, a-t-il dit, et il est donc impossible de savoir combien de gens ont été touchés.

Les utilisateurs de Facebook qui n’ont pas reçu de messages peuvent consulter la section «Aide» pour vérifier s’ils sont touchés.

Techno

Que font-ils de vos données?

NEW YORK — L’affaire Facebook a fait plus pressantes les questions des internautes sur l’utilisation des données recueillies par les réseaux sociaux et les moteurs de recherche. Panorama des pratiques, alors que Mark Zuckerberg est auditionné mardi par le Congrès américain.

Les réseaux sociaux:

- Ce qu’ils recueillent: tout ce qu’un utilisateur écrit, sur sa page Facebook par exemple, ou ailleurs sur le réseau social, toutes les photos ou vidéos qu’il poste, tous les «J’aime» sur lesquels il clique, tout ce qu’il partage, tout ce qu’il consulte, l’identité des utilisateurs avec lesquels il interagit, ou sa géolocalisation. Il en va de même avec Instagram et WhatsApp, filiales de Facebook, Snapchat ou Twitter, même si la palette est moindre sur ces plateformes. Si l’utilisateur l’y autorise, Facebook peut aussi aller chercher des informations sur les sites internet qu’il consulte tout en étant connecté au réseau social.

- Ce qu’ils vendent: Facebook assure ne pas vendre à ses clients annonceurs de données personnelles identifiables ou même des données agrégées. Ce qu’il facture, c’est la possibilité pour un annonceur de toucher uniquement, parmi les utilisateurs de Facebook, la population qu’il vise, ce qui démultiplie l’efficacité d’une campagne. «Facebook n’est pas dans la vente de données, il est dans la vente de pixels», résume Ryan Matzner, co-fondateur de Fueled, qui crée des applications pour des clients.

Twitter, lui, vend des tweets, ou plutôt l’accès à un moteur de recherche interne pour balayer tous les messages postés sur une période donnée.

- Ce qu’ils partagent: l’immense majorité des réseaux sociaux ouvrent leurs portes aux développeurs externes, qui créent des applications nourries, pour tout ou partie, de l’exploitation des données des utilisateurs de ces réseaux.

Dans le cas de Facebook, la partie publique, c’est-à-dire toute la page pour certains, uniquement le nom, prénom et la photo, pour d’autres, ne nécessite pas d’autorisation de l’utilisateur, explique Ryan Matzner. En revanche, l’utilisation du reste requiert, elle, le consentement de l’intéressé.

Seules les données bancaires ou de paiement, que détient Facebook, sont hors limites. Néanmoins, tempère, Ryan Matzner, «beaucoup de choses qui étaient possibles il y a 5, 6 ou 7 ans ne le sont plus car Facebook était plus ouvert à l’époque».

Mais une fois que les données sont recueillies par ces applications, elles échappent à Facebook ou aux autres réseaux sociaux.

Tenter de remettre la main sur ces informations, «pour Facebook, c’est essayer de s’en prendre à quelque chose sur lequel ils n’ont pas autorité. Et il n’y a même pas d’outils pour ça, quoi qu’ils en disent», explique Chirag Shah, professeur à l’université Rutgers et spécialiste des données sur les réseaux sociaux.

«Une fois que quelqu’un a eu accès à ces données, Facebook n’a aucun moyen d’être certain de ce qu’ils en ont fait», renchérit Ryan Matzner. «Ils ne peuvent que les croire sur parole. C’est comme envoyer un courrier électronique et se demander ce que votre destinataire en a fait. Vous n’en savez rien.»

Les moteurs de recherche:

- Ce qu’ils recueillent: toutes les données concernant les recherches, la géolocalisation ou les sites consultés. À l’instar de Google, Yahoo! (groupe Oath) ou Bing (Microsoft), les principaux moteurs de recherche sont intégrés au sein de géants d’internet qui proposent de nombreux autres services aux internautes. À travers eux, les groupes recueillent des données supplémentaires, qui croisées avec celles tirées du moteur de recherche, dressent un profil encore plus précis de l’internaute. «Vous n’avez pas besoin de dire à Google votre âge ou votre sexe», explique Chirag Shah. «Ils peuvent le déterminer grâce à une multitude d’autres facteurs.»

- Ce qu’ils vendent: tout comme les réseaux sociaux, leurs revenus proviennent en grande partie de la publicité. Ils ne vendent pas de données, mais l’accès à un consommateur aux caractéristiques très précises, fruit du croisement des données du moteur de recherche, mais aussi, dans le cas de Google, toutes les recherches et les contenus visionnés sur YouTube, sa filiale. Google a même longtemps exploité le contenu des messages électroniques pour les internautes ayant un compte Gmail, avant de renoncer publiquement, en juin dernier.

- Ce qu’ils partagent: ils ouvrent leurs portes aux développeurs et aux applications, comme les réseaux sociaux.

Y a-t-il des limites?

Aux États-Unis, il n’existe quasiment aucune loi protégeant l’utilisation des données provenant des réseaux sociaux ou des moteurs de recherche. L’autorité de régulation, la Federal Trade Commission (FTC), veille cependant et a déjà sanctionné Facebook dès 2011 pour sa gestion des données personnelles. Elle a également conclu un accord avec Google en 2013 pour des pratiques anti-concurrentielles.

Au Canada et en Europe, il existe des limites sur l’utilisation des données, notamment pour tout ce qui concerne les informations ayant trait à la santé, explique Ryan Berger, associé au sein de la branche canadienne du cabinet Norton Rose Fulbright, qui souligne néanmoins que la jurisprudence est encore quasiment inexistante sur ces sujets.

En Europe, Facebook a été sanctionné en 2017 à hauteur de 110 millions d’euros par la Commission européenne pour le partage de données personnelles avec WhatsApp.

En France, la Commission nationale de l’informatique et libertés (CNIL) a infligé en mai 2017, une amende de 150.000 euros à Facebook pour des «manquements» dans sa gestion des données des utilisateurs.

Le nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD), texte européen qui entrera en vigueur le 25 mai, va définir des lignes plus claires dans le recueil des données.

Techno

Le secteur technologique américain pourrait faire les frais d’une guerre commerciale

WASHINGTON — À mesure qu’enflent les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine à coups de taxes douanières, le secteur technologique américain s’inquiète aussi d’en faire les frais.

Jamais la guerre commerciale entre les deux pays n’a semblé si proche, Pékin se montrant inflexible vendredi face à la dernière offensive du président américain Donald Trump, qui menace de tripler les taxes sur les importations chinoises, l’accusant notamment de vol de propriété intellectuelle.

Pour l’instant, la «tech» n’est pas directement visée par les nouvelles taxes, mais certains responsables du secteur craignent d’en être des victimes collatérales, la Chine et les États-Unis étant les deux acteurs principaux du secteur.

Les guerres commerciales «ne sont pas contrôlables ni prévisibles» et «il y a toujours des dommages collatéraux», s’alarme Ed Black, à la tête de l’Association du secteur informatique et communications, qui représente de grands groupes technologiques, comme Amazon, Facebook, Google ou Netflix.

Même si selon lui le gouvernement américain «a identifié avec justesse certains des problèmes» concernant les échanges commerciaux avec la Chine, il a «oublié tous les problèmes rencontrés par les entreprises Internet quand elles travaillent avec la Chine», estime-t-il aussi.

L’offensive de Washington pourrait en effet «affaiblir tout le commerce international», s’inquiète encore M. Black.

Relations compliquées

Les relations entre les entreprises technologiques et la Chine sont depuis longtemps très compliquées, avec en toile de fond des inquiétudes autour de la censure, des droits de l’Homme, du droit du travail et d’accusation de vols de secrets commerciaux.

Google a fermé la version pour la Chine de son moteur de recherche en 2010 après avoir découvert que des comptes de militants chinois des droits de l’Homme avaient été piratés, et certaines plateformes Internet basées aux États-Unis comme Facebook sont interdites dans ce pays.

Le dilemme pour les entreprises du numérique est souvent de devoir choisir entre se soumettre aux contraintes imposées par le gouvernement chinois, qui surveille étroitement les contenus diffusés sur l’Internet local, ou de renoncer à cet énorme marché.

Apple a récemment accepté de localiser en Chine ses serveurs de stockage en ligne (cloud) qui contiennent les informations de ses usagers chinois. La plateforme de locations touristiques Airbnb a quant à elle indiqué qu’elle partagerait les données de ses clients avec le gouvernement chinois.

Contre-productif

Susan Aaronson, spécialiste de commerce numérique international à l’Université George Washington, explique que le nerf de la guerre, ce sont les «données», ce nouvel or noir au centre du modèle économique des géants technologiques.

Les entreprises américaines se battent en particulier pour s’assurer la suprématie dans le domaine de l’intelligence artificielle, explique l’enseignante, et pour cela, elles ont besoin d’accumuler les données, y compris de Chine, qui compte 1,4 milliard d’habitants.

L’intelligence artificielle suppose que les ordinateurs apprennent tous seuls à effectuer de nouvelles tâches en analysant des montagnes d’informations.

Mais s’il est justifié de pointer certaines pratiques commerciales de Pékin, certains experts estiment néanmoins que les taxes américaines sur les importations chinoises pourraient se révéler contre-productives.

L’administration Trump «a raison de contester» les pratiques commerciales de la Chine mais pour bien des raisons, les taxes douanières «ne sont pas la bonne façon d’aborder» la question, estime Stephen Ezell, vice-président du think tank Information Technology and Innovation Foundation.

Avec des taxes à l’importation, «les consommateurs et les entreprises vont payer plus cher sur le long terme. Nous avons raison de mettre la Chine à l’index mais pas à notre propre détriment», poursuit M. Ezell.

Pour l’analyste spécialisé Patrick Moorhead, du cabinet Moor Insights & Strategy, beaucoup dans la Silicon Valley néanmoins «applaudissent secrètement» la volonté américaine de s’attaquer au sujet, après des années de frustrations.

«Les Américains ne peuvent détenir des entreprises en Chine, ils doivent créer une coentreprise, qui suppose parfois de devoir partager la propriété intellectuelle», relève-t-il.

«Si vous vendez des logiciels, le gouvernement chinois doit approuver le code source. Pour le matériel, il faut fournir des schémas ultra détaillés», dit-il encore.

Mais là encore, la taxation réciproque des importations pourrait se révéler douloureuse pour tout le monde si, comme le craint M. Moorhead, elles venaient à s’appliquer aux appareils électroniques, souvent conçus aux États-Unis mais fabriqués... en Chine, avec des composants venus du monde entier.

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Techno

Zuckerberg sommé de rendre des comptes

SAN FRANCISCO — Le pdg de Facebook Mark Zuckerberg répondra mardi et mercredi pour la première fois aux questions des parlementaires américains, très remontés contre le réseau social, sur fond de pressions grandissantes en faveur d’une plus grande régulation du secteur.

Face au tollé, le fondateur du groupe empêtré dans les scandales, a bien dû se résoudre à aller en personne à Washington pour une série d’auditions très attendues. Déjà dans le collimateur de plusieurs commissions parlementaires depuis des mois, M. Zuckerberg, auquel certains ont un temps attribué des ambitions présidentielles, avait fin 2017 envoyé son directeur juridique pour s’expliquer.

Après avoir enchaîné excuses et promesses, le jeune milliardaire a encore annoncé des mesures vendredi pour lutter contre la manipulation politique, énième tentative pour limiter les dégâts après des mois de critiques, relancées avec fracas mi-mars avec le scandale international Cambridge Analytica.

«Nous sommes déterminés à faire tout cela à temps pour les mois cruciaux précédent les élections de 2018», en particulier les législatives en novembre aux États-Unis, a ajouté le jeune dirigeant de 33 ans.

Sénateurs et représentants lui demanderont notamment comment les données de dizaines de millions —jusqu’à 87 millions selon le réseau social— d’utilisateurs ont pu se retrouver à leur insu entre les mains de la société britannique Cambridge Analytica (CA).

Dimanche, Facebook a indiqué avoir suspendu une autre entreprise d’analyse de données, CubeYou. Selon la chaîne CNBC, cette société américaine a utilisé à des fins commerciales les données d’usagers de Facebook, qu’elle avait, comme CA, récupérées via des applications de tests psychologiques présentés comme étant à visée purement scientifique.

«Ce sont des affirmations graves et nous avons suspendu CubeYou de Facebook le temps d’enquêter», a indiqué dans un mail à l’AFP Ime Archibong, responsable des partenariats produits.

Seul 

M. Zuckerberg devra aussi s’expliquer sur ses moyens de lutter contre les tentatives de manipulation politique, et en particulier la vaste opération de déstabilisation de la campagne présidentielle américaine de 2016, que la justice américaine attribue à la Russie dans le but d’aider à l’élection de Donald Trump.

Ces auditions seront aussi très écoutées en Europe, où Facebook fait comme aux États-Unis l’objet de plusieurs enquêtes et plaintes.

Mark Zuckerberg, qui peine à se défaire de l’image de jeune homme arrogant et peu communicatif qui lui colle à la peau, aura fort à faire pour apaiser le courroux des élus, démocrates comme républicains. Un exercice d’autant plus périlleux qu’il sera seul, alors que certains parlementaires avaient aussi convié Twitter et Google, eux aussi sur la sellette.

Des parlementaires américains souhaitent légiférer pour mieux encadrer des géants technologiques devenus incontournables, mais semblant dépassés par la masse d’informations qu’ils ont accumulées.

«L’heure de rendre des comptes approche, pour les sites internet comme @facebook. Nous avons besoin d’une loi sur la (protection) de la vie privée sur laquelle les Américains peuvent compter», a tweeté le sénateur démocrate Ed Markey.

«L’autorégulation ne marchera pas. Le Congrès doit agir pour l’intérêt général pour protéger consommateurs et citoyens», a aussi tweeté son collègue à la Chambre, Ro Khanna.

Parmi les armes législatives possibles : amendes pour les pertes de données, encadrement plus strict des publicités politiques, ou encore rendre les groupes internet légalement responsables des contenus diffusés sur leurs plateformes...

«Sortir en un seul morceau» 

Mark Zuckerberg lui-même a ouvert la porte à une réglementation des groupes technologiques. «La question est plus : “quelle est la bonne réglementation?” plutôt que “oui ou non, devrions-nous être encadrés?”» a-t-il dit récemment.

Mais il n’a guère évoqué que l’encadrement de la publicité politique en ligne, qui fait déjà l’objet d’un projet de loi.

Pour certains experts, sa prestation devrait surtout relever de l’exercice de relations publiques.

«La danse de Zuckerberg devant le Congrès sera un exercice délicat, et je parie que même un cerveau surpuissant comme lui va suer à grosses gouttes», lance l’analyste Roger Kay. (Endpoint Technologies Associates).

«Mais au final, il se dira d’accord pour quelques ajustements sans importance (...) juste pour sortir de là en un seul morceau», dit-il encore.

Le groupe paie cher ces scandales en termes d’image, mais pas seulement : il a perdu environ 80 milliards de dollars de valeur en Bourse depuis mi-mars.