En dépit d'une entrée cahoteuse sur le marché canadien, Target envisage de poursuivre son expansion et d'ouvrir neuf autres magasins cette année.

Target a «mal compris» le marché canadien

Très attendu, le lancement de Target au Canada ne s'est pas déroulé comme les dirigeants de l'entreprise le souhaitaient. Aujourd'hui, le géant américain de la vente au détail tente tant bien que mal de redorer son blason.
«C'est un processus d'apprentissage», indique au Soleil Sébastien Bouchard, porte-parole chez Target Canada. «Ouvrir 124 magasins et embaucher plus de 20 000 employés en moins d'un an, ça n'avait jamais été fait auparavant, ajoute-t-il pour expliquer la situation. Pour l'heure, notre priorité est de nous assurer que la gestion des stocks soit optimale, ç'a été un gros problème pour nous en 2013. Nous devons nous retrousser les manches.»
En dépit de ce départ cahoteux, Target prévoit tout de même poursuivre son expansion et ouvrir neuf autres magasins au Canada cette année, aucun dans la région de Québec. «La priorité demeure cependant les consommateurs», assure M. Bouchard. «Parvenir à ce que l'expérience de magasinage aux États-Unis soit la même qu'au Canada.»
Au mois de juin, l'entreprise a diffusé sur son compte YouTube une vidéo avec ses employés présentant des excuses aux consommateurs canadiens, une situation plutôt rare dans l'industrie. Au cours de cette vidéo de quelques minutes, le numéro trois du commerce de détail en Amérique du Nord, derrière Walmart et Costco, reconnaît avoir connu des ratés depuis son arrivée et promet de modifier son tir. La vidéo est disponible en ligne en anglais avec sous-titres français au http://www.youtube.com/watch?v=IJlZdVYmgiI.
Une question de temps
Joints par Le Soleil, les propriétaires de centre commercial du Québec croient toujours en Target Canada, et ce, même si ce dernier a connu des hauts et de bas depuis l'ouverture de ses magasins au pays, il y a un peu plus d'un an.
«Tout le monde s'attendait à ce que Target canarde le marché. On voit que cela n'a pas été le cas», indique Emeka Mayes, directrice des acquisitions pour l'est du Canada pour First Capital Realty, propriétaire notamment de Place Portobello (Brossard). «Les ventes ne sont pas là. Ils ont encore beaucoup de choses à régler. Il y a encore un manque de produits dans leurs magasins et la qualité n'est pas encore là.»
Mais «c'est déjà mieux que Zellers», ajoute Michel Brouillard, vice-président du volet commercial d'Oxford Properties, propriétaire des Galeries de la Capitale. «C'est une grosse machine, mais ils ont mal compris le marché canadien. Ils vont devoir tenter de reconquérir leurs clients et de revoir leurs prix.»
Selon Nathalie Rousseau, vice-présidente, Investissements et gestion d'actifs, Québec, d'Ivanhoé Cambridge, propriétaire de Laurier Québec et Place Ste-Foy, «il est important de se rappeler que lorsque Walmart est arrivée au Canada, ce n'était pas parfait non plus. Il y a eu une période de rodage. C'est certain qu'ouvrir avec des tablettes vides, ça a fait mal. On dit souvent que la première impression ne se perd jamais. Pour le moment, ils ont besoin de temps. Ils ont besoin de se replacer.»
Pour le premier trimestre de 2014, Target a dévoilé un bénéfice en chute de 16 %. Après le départ au mois de mai de son président et pdg, Gregg Steinhafel, et le licenciement de son président de sa filiale canadienne, Tony Fisher, Target espère maintenant que Mark Schindele soit en mesure de relancer les magasins canadiens.
L'an dernier, Target a enregistré une perte nette d'un milliard de dollars liée à ses activités canadiennes. L'entreprise a dévoilé un profit de 418 millions $US ou 66 ¢US par action, comparativement à 498 millions $US ou 77 ¢US par action l'an dernier.
D'ici la fin de 2014, Target prévoit compter un total de 133 magasins au Canada. La compagnie compte environ 1800 magasins à travers le monde, qui emploient près de 380 000 travailleurs.