Les employés devront s'y faire : les réorganisations sont de plus en plus fréquentes et sont là pour rester.

Survivre à une réorganisation au travail

Votre patron vous convoque. Graphiques à l’appui, il explique la situation difficile, les profits qui ne sont pas au rendez-vous, les dépenses qui devront être réduites. Il faudra faire plus, avec moins... d’employés. Le stress commence à monter. Qu’est-ce que vous allez faire si vous perdez votre emploi? Et qu’est-ce qui vous arrivera si êtes parmi les «survivants», qui verront leurs tâches changer et s’alourdir?

Les réorganisations et restructurations d’entreprises font maintenant de plus en plus partie du paysage du monde du travail, constate Nicole Labbé. La gestionnaire a publié au début du mois le livre Comment survivre à une réorganisation au travail? pour aider employés et gestionnaires à «réduire les effets néfastes» de ces restructurations.

Elle a elle-même survécu à sept réorganisations différentes échelonnées sur une période de 15 ans.

La place grandissante de la technologie explique en partie le recours de plus en plus fréquent aux réorganisations. Les impératifs financiers comptent aussi pour beaucoup. «On vise souvent le court terme, donc une façon rapide de retrouver un équilibre financier, on coupe des postes et on coupe les dépenses», explique la gestionnaire en entrevue.

L’auteure s’attarde entre autres au syndrome du survivant, ceux qui restent au sein de l’entreprise après les coupes. «Les dirigeants ont tendance à sous-estimer les effets d’une réorganisation sur l’attitude des survivants», observe-t-elle dans le livre. S’ils sont considérés comme privilégiés et qu’ils sont soulagés au départ, ces employés voient souvent leur environnement de travail chamboulé : nouveau patron, nouvelles tâches. Et comme les réorganisations sont rarement planifiées dans les moindres détails, l’employé devra gérer son lot d’incertitude.

Anxiété, frustration, cynisme, sensation de perte de contrôle, peur de faire des erreurs, insécurité, manque de motivation, absence de reconnaissance... La liste de conséquences est longue. Et le syndrome du survivant n’est pas un caprice ou un signe de faiblesse, note-t-elle. Tous les employés en vivront une ou des manifestations. Il ne doit pas être ignoré puisqu’il peut mener à l’épuisement professionnel.

Transparence des patrons

Pour les patrons, la transparence et l’authenticité dans toutes les communications sont primordiales, note Mme Labbé. «Dans un contexte de réorganisation, les gens vont avoir tendance à perdre un peu de leur estime personnelle», fait-elle valoir. Les tapes dans le dos pour souligner les bons coups seront d’autant plus nécessaires. Et les supérieurs devront être alertes pour aider les employés qui seraient plus affectés, tout en gardant en tête qu’eux aussi ne sont pas à l’abri.

Parce que le danger qui guette les entreprises est le désengagement des employés, la démotivation. «Si l’environnement de travail n’est pas sain, le niveau de désengagement est énorme. Les gens vont arriver, vont travailler, ils vont tout simplement faire du présentéisme au travail. Et ça, ça a des conséquences énormes, oui sur la performance des entreprises, mais sur l’environnement, l’atmosphère au travail.»

Mais il n’y a pas que des mises à pied qui peuvent entraîner des réorganisations. Annie Cloutier, associée principale chez Harieka Groupe Conseil, qui se spécialise en développement organisationnel stratégique, confirme que les entreprises actuelles sont de plus en plus en changement continu. Elles doivent être agiles pour s’adapter aux demandes de leurs clients, qui sont en constante évolution.

Pour les employés, cette nouvelle réalité implique de naviguer dans l’ambiguïté, dit la conseillère en ressources humaines agrée. D’accepter de ne pas toujours connaître tous les détails. Ce qui était exigé hier n’est plus nécessairement ce qui est requis aujourd’hui. Il faut donc avoir un certain lâcher-prise, indique Mme Cloutier.

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DEVENIR EMPLOYÉ-ENTREPRENEUR 

«La sécurité d’emploi est chose du passé. De nos jours, chaque employé ou gestionnaire est responsable de son développement personnel et de son cheminement de carrière.»

La gestionnaire Nicole Labbé l’écrit dans son livre et le répète en entrevue. Le travailleur ne doit plus se fier à son patron pour faire avancer sa carrière et doit se prendre en main. «Chaque employé, peu importe son poste, devrait adopter une attitude d’entrepreneur envers son employeur; un entrepreneur qui gère sa propre carrière et qui prend l’initiative de son développement pour améliorer ses compétences et sa valeur marchande.»

Le livre de Nicole Labbé cherche à aider employés et gestionnaires à limiter les effets des réorganisations au travail.

Mme Labbé parle aussi de l’importance de s’asseoir avec son supérieur pour clarifier ce qu’il attend de nous et exposer nos propres attentes. Expliciter ce qui reste souvent dans le non-dit. Il faut aussi essayer de trouver notre petit bonheur au bureau, en proposant un projet qui nous intéresse par exemple.

Après une réorganisation, les employés peuvent avoir un sentiment de perte de contrôle en raison de l’incertitude, ou encore d’incompétence, par exemple si leurs tâches changent. Il faut toutefois parfois relativiser, souligne Annie Cloutier, associée principale chez Harieka Groupe Conseil. Souvent, les gens vont mettre l’accent sur le changement, remarque-t-elle, alors que 80 % de leurs tâches sont les mêmes qu’avant.

Il est normal d’être un peu nostalgique, mais il ne faut pas tomber dans l’apitoiement, prévient Mme Cloutier. Ceux qui s’en sortent le mieux, ce sont ceux qui vont passer à l’action, a-t-elle pu constater. Si on se sent incompétent, il faut chercher à se mettre à niveau. Faire des lectures, demander une formation à son employeur. Ce dernier doit de son côté donner le droit à l’erreur, être plus tolérant.

Évidemment, si on se rend compte que la situation ne nous convient plus, passer à l’action peut aussi vouloir dire quitter son emploi pour aller travailler ailleurs, fait-elle valoir.

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LA BOÎTE À OUTILS DU SURVIVANT

Voici quelques conseils tirés de la boîte à outil du survivant, publiés dans le livre Comment survivre à une réorganisation au travail? Ces pistes de réflexion sont nées de témoignages lors de la rédaction de l’ouvrage.

  • Je me considère comme un entrepreneur qui gère sa propre carrière même si je suis un employé salarié dans une entreprise. Je développe mon réseau professionnel.
  • Je travaille pour ma satisfaction personnelle.
  • Je discute avec mon patron de nos attentes respectives dans le cadre de notre contrat psychologique.
  • Je suis réaliste dans mes attentes envers mon employeur. Si l’environnement d’affaires est en décroissance ou en profonde mutation, je ne me berce pas d’illusions.
  • J’évite de me stresser pour des choses sur lesquelles je n’ai aucun contrôle. Je choisis mes batailles.
  • Je me tiens loin des collègues ayant une attitude négative.
  • Je n’ai pas peur de régler les situations inacceptables avec tact et diplomatie.
  • Je suis à l’écoute des signes annonciateurs d’une réorganisation à venir afin de me préparer psychologiquement.
  • Je prends le temps de sourire, de rire, de rigoler. Un rire à l'heure!
  • Je me fixe des objectifs réalistes et atteignables à court terme. Je célèbre chaque accomplissement. Je me crée mes petits bonheurs.