Le NCSM Harry DeWolf en construction, en 2017, au chantier d’Irving à Halifax.

Stratégie nationale de construction navale: le Québec, l'enfant pauvre

En 2017, le Québec n’a reçu que 4% de la valeur des contrats accordés par le gouvernement fédéral dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN).

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité, Carla Qualtrough, vient de présenter le rapport annuel sur les progrès réalisés dans le cadre de la SNCN entre le 1er janvier et 31 décembre 2017.

Au cours de l’année dernière, 167 contrats ont été attribués pour une valeur totale de près de 1,3 milliard $.

Selon le rapport, le Québec a décroché 39 contrats atteignant 48,5 millions $ comparativement à 808 millions $ pour l’Ontario (19 contrats), 247 millions $ pour la Nouvelle-Écosse (41 contrats) et 145 millions $ pour la Colombie-Britannique (36 contrats).

Ces 167 contrats, selon la ministre Qualtrough, permettront de créer ou de maintenir près de 2374 emplois par année dans l’économie canadienne jusqu’en 2022.

Par ailleurs, le ministère a fait savoir au Soleil que depuis le lancement de la SNCN, les entreprises situées dans la Belle Province ont eu environ 17 % de tous les contrats, soit plus de 1,3 milliard $.  On fait également remarquer que Chantier Davie s'était vu attribuer, en août dernier, un contrat de 610 millions $ pour trois brise-glace pour la Garde côtière canadienne.


Le rapport fait état des mesures mises de l’avant par le gouvernement libéral pour apporter des ajustements à la SNCN qui avait été mise en place par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper pour renouveler les flottes de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière.


«Nous avons amélioré, dans un court délai, la capacité de construction navale du Canada, mais il faudra un certain temps pour que la SNCN soit en plein essor», indique la ministre Qualtrough.

«Nous avons dû revoir les calendriers et les budgets de projets établis plusieurs années auparavant et nous travaillons en étroite collaboration avec les chantiers navals partenaires dans le but de réduire au minimum les ralentissements de production.»

À mettre à jour

Le rapport du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement et de l’Accessibilité signale que «les budgets de projet, établis voilà plusieurs années avec l’information disponible à l’époque, doivent être mis à jour.»

«Les budgets originaux avaient été établis sans approche normalisée et ces données préliminaires n’ont jamais été mises à jour pour tenir compte de l’évolution des estimations de construction, des exigences et des plans, de l’inflation et des changements dans les taux de change, des salaires de base et le coût des matériaux, qui ont été considérables au cours de la dernière décennie», signale-t-on.

«Le gouvernement du Canada a reconnu que les budgets devraient être revus. Par exemple, en 2017, le gouvernement a publié un budget révisé pour les 15 navires de combat, estimé entre 56 et 60 milliards $.»

Rappelons qu’en octobre 2011, au moment du choix d’Irving Shipyards et de Seaspan pour la construction des grands navires, Ottawa évaluait à 33 millions $ la valeur totale des lots accordés à ces deux chantiers maritimes.

«Des travaux sont en cours afin d’améliorer l’établissement des coûts pour d’autres programmes de construction navale. Une approche révisée d’établissement des coûts, éclairée par la collaboration avec l’industrie, permettra d’établir des budgets normalisés et plus précis, ainsi que des estimations mises à jour de façon périodique», met en évidence le rapport.

«Les calendriers de projet représentent aussi des défis», soulève le ministère. «Tout comme les estimations des coûts, les calendriers ont été établis voilà plusieurs années en fonction de prévisions et d’une expérience récente limitée de la planification de projets de construction navale.»

«D’après les renseignements maintenant disponibles sur la progression réelle des travaux de construction, ces estimations initiales étaient trop optimistes. Comme il s’agit de la construction de classes de navires entièrement nouvelles dans de nouveaux chantiers navals avec de nouveaux effectifs, les premiers navires à avoir été conçus et construits ont accusé des retards. Le gouvernement du Canada travaille de façon continue avec Seaspan et Irving Shipyards pour surveiller les calendriers de projet et évaluer l’impact de tout ajustement éventuel sur les délais.»

Au point mort

Le rapport annuel sur les progrès réalisés dans le cadre de la SNCN souligne, par ailleurs, que les travaux au chantier Seaspan de Vancouver de construction du brise-glace polaire NGCC Diefenbaker sont au point mort. «Aucune activité n’est prévue tant que les travaux d’autres projets n’ont pas progressé», précise-t-on. Ce navire devait être livré en 2017. Ça ira plutôt en 2028 selon plusieurs sources.

Soulignons que Chantier Davie a présenté une solution de rechange au gouvernement fédéral en lui proposant de convertir un navire en brise-glace polaire. Ottawa a décliné l'offre, mais a tout accordé un contrat au chantier de Lévis pour la transformation de trois plus petits brise-glaces.

Malgré tout, «de nombreuses avancées ont été réalisées en ce qui concerne la construction de grands et de petits navires ainsi que la réparation, le radoub et l’entretien des navires existants», estime Carla Qualtrough.

«En 2017, le premier grand navire, un navire hauturier de science halieutique, le NGCC Sir John Franklin, a été inauguré au chantier naval de Seaspan. Le navire a ensuite été transféré à Victoria pour l’achèvement des travaux et le début des essais en prévision de l’acceptation.

Ce navire de recherche de 63 mètres sera utilisé afin de mieux comprendre la santé des stocks de poissons et l’environnement océanique. Par ailleurs, le lancement du premier navire de patrouille extracôtier et de l’Arctique, le NCSM Harry DeWolf, est prévu plus tard cette année à Irving Shipbuilding où se poursuit la construction des deuxième et troisième NPEA, les futurs NCSM Margaret Brooke et Max Bernays.»