Mark Zuckerberg, le patron du réseau social planétaire Facebook, a durci sa position face aux pressions pour une modération plus stricte des contenus.
Mark Zuckerberg, le patron du réseau social planétaire Facebook, a durci sa position face aux pressions pour une modération plus stricte des contenus.

Sous pression, Facebook durcit sa politique de modération des contenus

SAN FRANCISCO —  Les publicités incitant à la haine? Mieux régulées. Les messages problématiques? Mieux signalés. En apparence timides, ces nouvelles mesures signalent que Facebook n’avait plus d’autre choix que de céder face aux pressions pour une modération plus stricte des contenus.

Mark Zuckerberg, le patron du réseau social planétaire, défend depuis des mois son approche a priori plus laxiste que Twitter ou YouTube, notamment vis-à-vis des discours des personnalités politiques, au nom de la liberté d’expression.

Mais vendredi il a lui-même détaillé le durcissement de sa position.

La plateforme retirera désormais les publicités qui affirment que les personnes de certaines origines, ethnies, nationalités, genres ou orientations sexuelles représentent une menace pour la sécurité ou la santé des autres.

Cette décision intervient alors qu’Unilever, le géant de l’agroalimentaire et des cosmétiques, vient d’annoncer mettre un terme à ses publicités sur Facebook, Twitter et Instagram aux États-Unis, au moins jusqu’à la fin de l’année.

Ce nom de poids vient s’ajouter à d’autres annonceurs — Verizon (télécoms), Honda, Ben & Jerry’s (glacier appartenant à Unilever), Patagonia, North Face et REI (articles de sport) — qui participent à une campagne de boycottage de Facebook.

Elle a été lancée par des organisations de la société civile américaine, dont la Ligue anti-diffamation (ADL) et l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (NAACP), qui accusent la plateforme de tolérer des groupes qui incitent à la haine, au racisme ou à la violence.

Le comédien et humoriste Sacha Baron Cohen, très critique du réseau, a appelé vendredi les entreprises « qui dépensent de plus de dollars en pubs sur Facebook » à rejoindre le mouvement. Il cite notamment Procter & Gamble, Walmart, Microsoft, Amazon, le New York Times

Avertissements

La deuxième mesure prise par le patron acculé concerne directement l’incident qui a mis le feu aux poudres fin mai.

Contrairement à Twitter, Facebook avait refusé d’intervenir sur des messages polémiques de Donald Trump, un sur le vote par correspondance (qu’il assimilait à de la fraude électorale) et un autre sur les manifestations et émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc à Minneapolis.

Twitter, considérant qu’il y avait incitation à la haine, avait masqué ces derniers propos du président américain, et réduit leur circulation potentielle, tout en les laissant disponibles à la consultation.

Facebook sort désormais de sa politique binaire du retrait ou du laissez-faire, lourdement critiquée, y compris en interne.

La plateforme pourra bientôt ajouter des avertissements aux publications problématiques, mais laissées en ligne au nom de leur «intérêt à être connues du public».

«Les utilisateurs pourront partager ces contenus pour les condamner […] mais nous les avertirons que les publications en question enfreignent potentiellement nos règles», a précisé Mark Zuckerberg.

Une promesse trop vague, selon certains experts.

«Est-ce que Facebook va autoriser une vérification indépendante de quels contenus sont épinglés et les effets sur la diffusion ?», s’est ainsi interrogée Michelle Amazeen, professeure de communication politique à l’université de Boston.

2016, 2020

La pression pour une meilleure régulation des plateformes monte en puissance depuis 2018, l’année de la révélation des scandales de 2016, quand des scrutins majeurs ont été ciblés par de puissantes campagnes de manipulation de l’opinion publique via les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, c’est l’approche de la présidentielle américaine en novembre qui cristallise les tensions.

«Les marques ont le devoir d’aider à construire un écosystème numérique fiable et sûr […].  Il reste encore beaucoup à faire, en particulier en termes de division et de discours haineux pendant cette période électorale polarisée aux États-Unis», a expliqué Unilever (Dove, Knorr…) pour justifier sa décision.

L’élection «s’annonçait déjà bouillante, et c’était avant de faire face aux complexités additionnelles liées à la pandémie et aux manifestations pour la justice raciale dans tout le pays», a remarqué Mark Zuckerberg en préambule.

Le fondateur du groupe californien s’est engagé à ce que ses équipes soient mobilisées pour contrer toute tentative de manœuvres visant à dissuader certaines populations de voter.

Les contenus liés au scrutin pourront être assortis de liens vers les dernières informations venant des autorités, pour s’assurer que les électeurs soient correctement informés, notamment sur les mesures sanitaires en place.

«Et nous interdirons les publications affirmant à tort que la police de l’immigration (ICE) vérifie les documents d’identité dans les bureaux de vote», a précisé Mark Zuckerberg.

+

COCA-COLA REJOINT LE BOYCOTT DE LA PUBLICITÉ SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Coca-Cola, l'une des marques les plus connues du monde qui dépense des sommes énormes en publicité, a annoncé vendredi qu'elle suspendait pendant au moins 30 jours toute promotion sur tous les réseaux sociaux, parce qu'«il n'y a pas de place pour le racisme».

Coca-Cola suspend pendant au moins 30 jours toute promotion sur tous les réseaux sociaux.

«Il n'y a pas de place pour le racisme dans le monde et il n'y a pas de place pour le racisme sur les réseaux sociaux», a dit James Quincey, le PDG du géant mondial, dans un très bref communiqué.

Il a exigé des réseaux sociaux -que d'autres marques ont décidé de boycotter pour les forcer à faire davantage pour supprimer les contenus haineux- qu'ils fassent preuve de plus de «transparence et de responsabilité».

Coca-Cola va mettre à profit sa pause pour «faire le point sur (ses) stratégies publicitaires et voir si des révisions sont nécessaires», a expliqué M. Quincey. 

Le géant des boissons gazeuses a précisé à la chaîne CNBC, que cette «pause» ne signifiait pas qu'il rejoignait le mouvement lancé la semaine dernière par des associations de défense des Noirs américains et de la société civile.

Baptisée #StopHateForProfit (Non à la haine pour les profits), cette campagne de boycott des publicités sur Facebook en juillet est notamment soutenue par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), ColorOfChange, ADL (Anti-Defamation League, une organisation juive), FreePress et Sleeping Giants.

Elle vise à obtenir une meilleure régulation des groupes incitant à la haine, au racisme ou à la violence sur le réseau.

Vendredi c'est Unilever, un des leaders mondiaux de l'agroalimentaire et des cosmétiques, qui a annoncé qu'il mettait un terme à ses publicités sur Facebook, Twitter et Instagram aux États-Unis jusqu'à la fin de l'année, au moins, en raison d'une période électorale «polarisée». AFP