Neil Bruce insiste sur le fait que l’entreprise n’a jamais envisagé de quitter Montréal pour autant, bien qu’elle soit maintenant devenue un des plus gros joueurs sur la scène mondiale.

SNC-Lavalin rebâtit sa réputation et espère un accord de réparation

MONTRÉAL - SNC-Lavalin poursuit sans relâche ses efforts en vue de redorer sa réputation et de poursuivre son expansion dans tous les marchés.

Le président du conseil d’administration du géant de l’ingénierie, Kevin Lynch, a annoncé à ses actionnaires, réunis en assemblée annuelle, jeudi à Montréal, qu’il avait rempli l’ensemble de ses obligations dans le cadre du Programme de remboursement volontaire (PRV) du gouvernement du Québec «pour continuer à mettre le passé derrière nous».

«L’aboutissement de ce processus a été marqué l’an dernier par la conclusion d’un règlement définitif auprès de tous les organismes publics du Québec», a-t-il précisé.

En conférence de presse par la suite, M. Lynch et le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce, n’ont cependant pas voulu divulguer la somme totale des versements effectués par l’entreprise, invoquant la confidentialité imposée par le ministère de la Justice, qui administre le PRV.

En décembre dernier, SNC avait annoncé avoir conclu des ententes avec les villes de Montréal, Laval, Québec, Lévis, Longueuil, Deux-Montagnes et Saint-Cyprien, dans le Bas-Saint-Laurent, pour la période allant de 1996 à 2015 dans le cadre du PRV.

La démarche faisait suite aux travaux de la commission Charbonneau sur l’industrie de la construction, qui avait révélé que des firmes de génie, dont SNC-Lavalin, avaient versé des sommes à des partis provinciaux et municipaux en échange de contrats publics.

En attente d’un accord de réparation

Les deux hommes se sont par ailleurs dits rassurés par l’intention du gouvernement Trudeau, annoncée dans le dernier budget fédéral, d’instaurer un régime d’accord de réparation apparenté à ceux existant dans d’autres pays industrialisés comme le Royaume-Uni ou les États-Unis.

«Nous croyons sincèrement que c’est une bonne chose pour toutes les entreprises canadiennes, pas seulement nous, parce que nos compétiteurs globalement ont la possibilité, si l’on découvre quelque chose (d’illégal), de se présenter et de se dénoncer eux-mêmes pour que les individus concernés puissent être poursuivis tel que prévu par la loi et que la compagnie puisse mettre des mesures en place pour s’assurer que ça ne se reproduise pas», a fait savoir M. Bruce lors de sa rencontre avec les médias.

Selon lui, l’absence d’un tel régime au Canada, alors qu’il existe ailleurs, est «une forme de désavantage compétitif».

SNC-Lavalin est toujours aux prises avec la justice au niveau fédéral, ayant plaidé non coupable à des accusations de fraude et de corruption déposées par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en lien avec des gestes qui auraient été posés par certains de ses ex-employés en Libye.

«Nous n’avons pas été reconnus coupables de rien jusqu’ici et nous ne croyons pas que nous allons l’être, mais c’est davantage une affaire de réputation et ultimement, nous voulons mettre cela derrière nous», a répété M. Bruce qui a tenu à faire la distinction entre l’entreprise et ses ex-représentants dont certains ont bel et bien été reconnus coupables de divers délits.

REM: ingénierie 100% québécoise

Par ailleurs, SNC-Lavalin affirme que ce sont des ingénieurs québécois qui assureront la totalité des travaux d’ingénierie du Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La firme montréalaise, qui dirige avec Alstom le consortium qui a décroché le contrat du REM, s’est faite rassurante à cet effet: «Notre plan, c’est d’utiliser nos ressources ici, à 100%, pour toutes les activités de notre côté par rapport au REM», a affirmé avec force Kevin Lynch.

Bien que le contrat ne l’y oblige pas, M. Lynch a dit croire que «c’est la bonne façon de faire le travail» en raison de l’expertise locale d’un «groupe d’employés exceptionnels».

Neil Bruce a précisé que SNC-Lavalin a déjà 200 personnes au travail sur le projet et prévoit y affecter jusqu’à 2000 personnes au fil de sa réalisation.

À Montréal pour y rester

Après les années difficiles liées aux scandales de corruption l’impliquant, SNC-Lavalin a présenté ses résultats jeudi, insistant sur l’impulsion fournie par son acquisition de la firme britannique WS Atkins pour 3,6 milliards $ CAN en juillet dernier.

SNC-Lavalin, qui compte maintenant quelque 50 000 employés, se dit sûre de réaliser des économies de 120 millions $ en «synergies de coûts» d’ici la fin de 2018, mais Neil Bruce a tenu à préciser que ces économies seront obtenues sans mises à pied ou réduction de personnel par attrition, exception faite d’une poignée d’administrateurs puisqu’un seul conseil d’administration est requis. Certaines de ces économies, par exemple, ont été réalisées du côté immobilier en regroupant les employés dans les localités où les deux entreprises avaient des bureaux.

Mais Neil Bruce insiste sur le fait que l’entreprise n’a jamais envisagé de quitter Montréal pour autant, bien qu’elle soit maintenant devenue un des plus gros joueurs sur la scène mondiale.

Montréal «est notre maison spirituelle», lance-t-il avec son fort accent écossais. Il fait valoir que le gouvernement du Québec, tout en critiquant la firme durant ses années troubles, l’a aussi soutenue en tandem avec la Caisse de dépôt.

«La CDPQ nous soutenu de manière incroyable en préparant un montage financier qui nous a permis de faire l’acquisition d’Atkins que possiblement aucune banque n’aurait pu faire», souligne-t-il.

Quant à l’argument souvent invoqué par les gens d’affaires que la fiscalité québécoise est désavantageuse, il le balaie du revers de la main, arguant au contraire qu’il s’agit là d’une vision unidimensionnelle.

«Quand on y regarde comme il faut, en termes de stabilité et d’autres facteurs [le coût d’exploitation] est moins élevé, et la qualité de vie est meilleure!» lance-t-il, en concluant que Montréal, «quand on tient compte de tout, c’est le meilleur endroit pour un siège social».

Le résultat net attribuable aux actionnaires du Groupe SNC-Lavalin a reculé à 78,1 millions $ ou 44 cents par action au premier trimestre, comparativement à 89,7 millions $ ou 60 cents par action l’an dernier.

Le cours de l’action à la Bourse de Toronto a clôturé en baisse de 2,37 $ ou 4,15%, à 54,72 $.