Le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce.

SNC-Lavalin prête pour une acquisition

Maintenant qu'elle a redressé sa situation financière et restauré la confiance de ses actionnaires, SNC-Lavalin (TSX:SNC) estime être en meilleure posture pour effectuer une acquisition, indique le président et chef de la direction de la firme d'ingénierie, Neil Bruce.
Il n'est toutefois pas question de précipiter les choses, a prévenu mercredi celui qui a été nommé aux commandes de la multinationale québécoise en septembre 2015, au cours d'un entretien avec La Presse canadienne, en marge du Forum économique de Davos.
«Nous n'allons pas acheter juste pour acheter, a affirmé M. Bruce. Une acquisition doit se traduire par un ajout de valeur pour nos quatre principaux secteurs (pétrole et gaz, infrastructure, énergie ainsi que mines et métallurgie).»
La dernière prise majeure de SNC-Lavalin remonte à 2014, lorsqu'elle avait mis la main sur la firme britannique Kentz, spécialisée dans les secteurs pétrolier et gazier, pour 2,1 milliards $. Son dirigeant était alors l'Américain Robert Card.
Mais puisque la réputation de la firme était entachée par des allégations de malversations lorsqu'il a pris la tête de l'entreprise, M. Bruce a voulu, d'abord et avant tout, redresser la barre de la société.
Ultimement, il souhaiterait qu'une transaction puisse accroître l'empreinte de la firme à l'échelle internationale.
«Nous sommes un joueur important au Canada, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient, a souligné M. Bruce. Nous devons grandir en Europe ainsi qu'en Asie afin de devenir un vrai joueur mondial.»
Le patron de SNC-Lavalin, qui n'a pas voulu dire combien il serait prêt à payer pour mettre la main sur une entreprise, s'est montré intéressé à acheter dans les secteurs des infrastructures ainsi que de l'énergie, notamment.
Infrastructures
Habitué du Forum économique de Davos, M. Bruce est de passage pour notamment prendre part à des ateliers sur les infrastructures, un sujet qui figure au coeur des discussions de certains ateliers.
Un rapport de la firme McKinsey publié en juin dernier soulignait que, depuis la crise financière de 2008, les investissements en infrastructures exprimés en pourcentage du produit intérieur brut avaient décliné dans 11 des pays membres du G20, comme aux États-Unis. Le Canada figure toutefois parmi les exceptions.
«Venir à Davos nous permet vraiment d'avoir une perspective sur les différentes régions du monde, a dit M. Bruce. C'est toujours intéressant.»
Trump
Même si les 11,9 milliards $ prévus dans l'enveloppe du gouvernement Trudeau pour investir dans les infrastructures sont dépensés plus lentement que prévu, SNC-Lavalin estime être en bonne position pour profiter de cette manne. Sans compter que le président désigné des États-Unis, Donald Trump, souhaite injecter 1000 milliards $ US dans les infrastructures.
M. Bruce ne s'est pas formalisé des intentions protectionnistes du milliardaire et vedette de téléréalité, puisque la firme d'ingénierie est déjà présente aux États-Unis.
«Par exemple, nous sommes très présents à Houston, alors je ne vois pas comment nous pouvons être affectés, a-t-il dit. Je crois que les mesures protectionnistes vont plutôt toucher le commerce transfrontalier des biens.»
Dans son rapport annuel de 2015, SNC-Lavalin affirme que les infrastructures ont généré 19 % de ses revenus. M. Bruce croit que ce secteur pourrait bientôt représenter le tiers des recettes de la société.
En 2017, le dirigeant de l'entreprise, qui est visée par des accusations criminelles déposées par la Gendarmerie royale du Canada, aimerait bien en arriver à une entente avec le gouvernement Trudeau afin de ne pas perdre le droit de soumissionner sur des contrats fédéraux.
«Malheureusement, nous ne pilotons pas le dossier, a-t-il dit. C'est incroyablement important pour nous.»
La multinationale a déjà incité Ottawa à s'inspirer des systèmes mis en place dans certains autres pays, comme aux États-Unis, qui permettent notamment aux entreprises de régler des cas de corruption et ainsi d'éviter d'être désavantagées lorsqu'elles se disputent des contrats avec des firmes rivales.
Selon M. Bruce, les mesures éthiques déployées par SNC-Lavalin au cours des dernières années pour redorer son blason ont porté leurs fruits.