Ce n'est pas parce que leurs produits font déjà bonne figure à l'international que les acériculteurs québécois peuvent se reposer sur leurs lauriers.

Sirop d'érable: la gestion de l'offre bénéfique pour l'économie

Le système de gestion de l'offre du sirop d'érable est bénéfique à l'économie québécoise, croit un expert, après que la Cour suprême ait tranché jeudi en faveur de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) dans un litige l'opposant à une acéricultrice qui se battait pour ne plus se conformer à certaines règles imposées par la FPAQ sur la vente de son sirop d'érable.
«Des gens disent que ça va bien ce système-là et que les prix sont bons, mais ils aimeraient ça ne pas vivre les contraintes qui font que ces situations intéressantes existent», a fait valoir en entrevue au Soleil Maurice Doyon, professeur titulaire au Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval. Ces contraintes sont notamment l'imposition de quotas et des frais de mise en marché. 
Le débat sur la pertinence de la gestion de l'offre pour les producteurs laitiers a animé la course au leadership du Parti conservateur du Canada. Le candidat défait Maxime Bernier a appuyé la fin de ce système, tandis que son voisin de circonscription, le député de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis, Steven Blaney, a défendu son maintien.
Selon M. Doyon, les deux systèmes ne sont pas comparables. Dans l'industrie laitière, la gestion de l'offre est très «serrée» et déterminée par la consommation domestique, contrairement à celle du sirop d'érable qui cherche à ajuster la production à la consommation mondiale. La raison: le Québec est le plus grand exportateur mondial de l'or blond.
«Le Québec est dans une des rares situations où nous avons le contrôle, c'est-à-dire que nous sommes les faiseurs de prix», contrairement aux secteurs du porc ou du grain où la province est un joueur marginal. «C'est donc dire que pour les producteurs de sirop d'érable américains, leur prix est déterminé par le Québec. Normalement, leur prix est plus élevé que le prix du Québec», a-t-il poursuivi.
Conclusion «circonstancielle»
Appelé à réagir à une lettre rédigée par deux économistes opposés au système de gestion de l'offre qui a été publiée dans les pages du Soleil vendredi, Maurice Doyon rappelle que le contexte qui prévalait au moment où le rapport Gagné - sur lequel se basent les auteurs de la lettre - a été publié n'est plus le même aujourd'hui.
Ce rapport indique que le modèle québécois en serait venu à favoriser le développement de l'industrie acéricole partout sauf au Québec. Une conclusion «circonstancielle», défend M. Doyon, alors que le dollar canadien était quasiment paritaire au dollar américain. 
Durant cette période, les Américains auraient augmenté leur production d'or blond. Mais la rechute du dollar canadien à un niveau historique dans les deux dernières années a entraîné une baisse de l'ordre de 35 % des prix du sirop américain, tandis que ceux du Québec sont restés stables, précise M. Doyon. 
L'expert rejette les conclusions des auteurs de la lettre qui prétendent que le Québec aurait subi les conséquences négatives de son propre système de gestion de l'offre. «On ne vit pas de situation où on passe de très hauts prix à de très bas prix. [La gestion de l'offre] a permis de professionnaliser cette production-là. Ça amène un paquet d'avantages: une meilleure flexibilité, plus d'argent dans le système» pour le développement de nouvelles technologies.
«Des fois, au Québec, il faudrait se lancer des fleurs un peu. Alors que le dollar canadien était à parité, on a augmenté notre part de marché aux États-Unis», a lancé l'expert. «Pour une fois qu'on a le contrôle, pourquoi ne pas en profiter?» a-t-il poursuivi. 
En 2016, le Québec a produit 71,4 % de la production mondiale de sirop d'érable, dont 61,8 % de la production est exportée aux États-Unis.