Raymond Gagné, acériculteur dans la Beauce, nous avait raconté, l'automne dernier, comment il s'était appliqué à entailler ses 8500 érables dès le mois d'octobre dans le but d'en récolter immédiatement la sève et de la transformer en sirop.

Sirop d'érable d'automne: pas la panacée

La nature se moque bien des dollars. Les producteurs de sirop d'érable qui ont bouilli la sève de leurs érables à l'automne plutôt qu'au printemps ont certes dégagé un petit profit, mais ils ont aussi travaillé davantage et fait vieillir leurs arbres prématurément. Rien pour les inciter à récidiver.
Raymond Gagné, acériculteur à Saint-Pierre-de-Broughton, dans la Beauce, nous avait raconté, l'automne dernier, comment il s'était appliqué à entailler ses 8500 érables dès le mois d'octobre dans le but d'en récolter immédiatement la sève et de la transformer en sirop. La pénurie causée par la mauvaise récolte 2008, qui a temporairement dopé les prix du sirop, laissait présager de bons profits. Le Soleil a repris contact avec l'agriculteur pour dresser un bilan de l'opération.
M. Gagné a finalement sorti une quinzaine de barils du produit fini, comparativement aux 50 qu'il rapporte habituellement au printemps. Il a toutefois dû bouillir deux fois plus d'eau d'érable qu'à l'habitude, puisqu'elle était moitié moins sucrée. Le précieux liquide, fortement primé, a été vendu 4,50 $ la livre, au lieu des 2,75 $ obtenus ces dernières semaines. Une bonne affaire, donc, mais qui cache énormément d'heures de travail.
Car l'homme et son fils ont dû réentailler leurs érables deux fois ce printemps. Les petits trous qu'ils avaient percés en octobre coulaient à peine. Même en les creusant un peu plus profondément, ce qu'ils avaient prévu dès le début, la sève ne s'est pas pointée en quantité. Chez les voisins, pourtant, c'était la manne.
«Même rafraîchie, l'entaille d'automne n'est pas bonne pour le printemps», a été forcé de constater M. Gagné. Craignant de manquer le bateau, il a refait le tour de l'érablière et repositionné tous les chalumeaux. Il n'avait pas terminé que l'eau d'érable coulait abondamment, à son grand soulagement.
Le paternel ne croit pas avoir perdu d'eau, sauf peut-être pendant la période de flottement entre les deux opérations d'entaillage du printemps. Des recherches antérieures menées par le centre ACER, spécialisé en acériculture, laissaient supposer que l'eau d'érable recueillie à l'automne devait tout simplement être soustraite du bilan printanier.
Érables abîmés
M. Gagné est allé aux nouvelles auprès d'acériculteurs qui, comme lui, ont produit du sirop à l'automne. Ceux qui n'ont pas réentaillé ont été très déçus. Les autres ont travaillé très fort, tout comme leurs arbres d'ailleurs.
Chaque fois qu'un érable est entaillé, il subit un choc. Autour du trou, le bois meurt tranquillement. À long terme, cela réduit la surface où l'arbre peut être entaillé de nouveau car il faut éviter les endroits nécrosés.
«Il n'y a personne qui a eu la piqûre. Au prix de la convention [de mise en marché collective], personne ne pense à ça pour l'automne prochain», résume M. Gagné, soucieux de ne pas abîmer inutilement ses érables, qu'il chouchoute depuis plus de 50 ans.
Il est impossible de savoir quelle quantité de sirop d'automne a été produite au Québec en 2008 puisque toute vente est interdite entre la fin de septembre et le début de mars, explique Simon Trépanier, directeur général adjoint de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. Les données sur les premières quantités mises en circulation en mars ne permettent pas de faire la différence entre le sirop d'automne, le sirop fraîchement bouilli dans les régions plus chaudes et le sirop retourné sur le marché après une période d'entreposage.