Le nouveau centre de distribution de La Maison Simons

Simons «s'en va en guerre»

Pour la première fois en 178 ans d’histoire, la famille Simons n’est plus le seul capitaine de son navire. Le détaillant de vêtements a rassemblé ses troupes pour tenir tête aux géants du web, comme Amazon, et pour poursuivre sa croissance.

Mardi, le pdg de l’entreprise, Peter Simons, a dévoilé l’identité de ses nouveaux partenaires financiers, soit la Caisse de dépôt et placement du Québec, Investissement Québec, le gouvernement du Québec et le Fonds Immobilier de solidarité FTQ. 

Ces derniers contribueront entre autres à la réalisation de son centre de distribution «à la fine pointe de la technologie» dans l’Espace d’innovation Chauveau. 

«Ce partenariat était essentiel pour assurer la pérennité de La Maison Simons. [...] Je suis très content de mes partenaires, mais nous avons sacrifié quelque chose. Maintenant, j’ai des comptes à rendre», indique l’homme d’affaires. «On s’en va en guerre! J’ai mon équipe et j’ai confiance. On va innover comme on le fait depuis 10 ans», poursuit celui qui fêtait mardi son 54e anniversaire.

Dans l’ensemble, la facture pour cette nouvelle phase d’expansion qui comprend la construction du centre de distribution devrait atteindre les 215 millions $ au cours des cinq prochaines années.

En point de presse, M. Simons, qui prévoit investir de ses poches 40 à 50 millions $ en 2018, n’a pas caché qu’il s’agissait d’un «all-in», comme on dit au poker, pour permettre à sa compagnie de continuer d’évoluer dans un marché très compétitif.

Depuis cinq ans, Simons a investi près de 200 millions $ à l’échelle du pays pour porter à 15 son nombre de magasins. En mars dernier, le détaillant fondé en 1840 a inauguré son premier magasin autosuffisant en énergie aux Galeries de la Capitale. Durant cette période, environ 1500 emplois ont été créés.

98 millions $ du gouvernement

Afin de soutenir sa nouvelle croisade, le gouvernement du Québec octroie un prêt sur sept ans de 81 millions $ à Simons, duquel 51 millions $ seront dédiés à l’achat des équipements automatisés. L’argent provient du programme ESSOR.

Son bras investisseur, Investissement Québec, injecte quant à lui 17 millions $ à même ses fonds propres et devient du coup coactionnaire. Tout comme la Caisse de dépôt et placement du Québec qui fera un chèque de 27 millions $. 

Il a été impossible de savoir le pourcentage des actions que détiendront ces nouveaux patrons.

Le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale et la Banque de Montréal seront aussi de l’aventure.

Quant au Fonds Immobilier de solidarité FTQ, l’organisation a dénoué les lacets de sa bourse pour investir 20 millions dans l’acquisition du terrain et la construction du bâtiment.

L’arrivée de ces nouveaux partenaires d’affaires a été une décision mûrement réfléchie, assure M. Simons, ne cachant pas avoir reçu d’autres offres, notamment pour ouvrir ses installations du côté de Toronto. C’est toutefois ses racines à Québec qui ont dicté sa décision. 

«Nous avons eu plusieurs options. Nous aurions pu attendre deux, trois ou quatre ans et ralentir notre croissance. Nous aurions pu trouver d’autres alternatives; les marchés publics ou des investisseurs plus agressifs. Mais la question revient à nos valeurs. Quelle sorte d’entreprise nous voulions?» avance M. Simons. 

«Nous avons trouvé des partenaires qui ont la volonté, la patience et la vision pour maintenir une entreprise de qualité à long terme. [...] Il n’y a aucune subvention. J’aurais probablement pu avoir cet argent pour moins cher, mais nous avons fait un choix comme famille nous permettant de poursuivre nos valeurs», poursuit celui qui est en affaires depuis plus de 30 ans. 

Avec son nouveau centre de distribution, le patron souhaite propulser son commerce en ligne. En février, il a acheté le terrain d’environ 200 000 mètres carrés pour 15,3 millions $ à la Ville de Québec.

L’ouverture en 2020 de ce centre multiservice automatisé de traitement des commandes permettra de consolider 450 emplois. La construction débutera au cours des prochaines semaines.

Accélérateur de commerce électronique

Pour l’ancien centre de distribution du détaillant, il deviendra un centre multi-usagers en commerce électronique. Des 81 millions $ en prêt du gouvernement, 30 millions $ serviront à transformer et conserver l’établissement de la rue Galilée.

Cet «accélérateur de commerce électronique» permettra aux entreprises visant un virage numérique «de bénéficier d’un ensemble de compétences et de services développés par Simons au fil du temps». 

«Cela va nous permettre de créer un écosystème pour le commerce électronique qui vivra en symbiose avec La Maison Simons», conclut M. Simons, qui n’écarte pas la possibilité d’ouvrir un nouveau magasin au cours des prochaines années.

Du côté du ministère de l’Économie, la ministre Dominique Anglade a indiqué être ouverte à écouter toutes les entreprises québécoises dans le commerce de détail à la recherche de financement. 

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Secteur du commerce de détail au Québec

  • 700 000 emplois
  • 35 000 établissements
  • 109 milliards $ par année de ventes

Source : ministère de l’Économie