Peter Simons, qui milite depuis près d’un an en faveur d’une justice fiscale équitable, doute maintenant de l’avenir de sa compagnie si Ottawa et Québec ne réglementent pas rapidement «la nouvelle économie»

Simons à la croisée des chemins

Le détaillant Simons se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Toutes les options sont sur la table, dit le grand patron, pour assurer la pérennité de l’entreprise, même d’accueillir de nouveaux actionnaires.

Celui qui milite depuis près d’un an en faveur d’une justice fiscale équitable doute maintenant de l’avenir de sa compagnie si Ottawa et Québec ne réglementent pas rapidement «la nouvelle économie», avec les Amazon, Netflix, Airbnb, Uber et cie de ce monde. 

En entrevue éditoriale avec Le Soleil, on sent d’ailleurs que la pression s’accentue sur les épaules du pdg, Peter Simons. Son industrie traverse une période de turbulences. Il souhaite voir du côté des gouvernements «un capitaine» qui dirigera le bateau pour régler cette «injustice». 

Entre temps, afin de demeurer dans la joute, La Maison Simons mise sur la construction de son nouveau centre de distribution «de classe mondiale» de 125 millions $ à Québec. Sa porte de sortie pour répondre aux exigences croissantes du commerce électronique. Selon le plan stratégique du détaillant, la première pelletée de terre devrait avoir lieu quelque part durant le mois d’avril ou mai et l’ouverture est prévue pour le printemps 2020. Toutefois, le permis du ministère de l’Environnement se fait toujours attendre et le montage financier n’est pas encore complété.

Le grand patron planche actuellement sur différents scénarios pour amasser les sommes nécessaires. Il concède ne pas avoir l’argent dans ses coffres, mais il n’est pas question de se tourner vers les marchés boursiers. Il souhaite demeurer le patron. Un partenariat avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité de la FTQ, le Fondaction de la CSN ou un fonds privé figurent dans les possibilités à l’étude. Également, la vente de parts de la compagnie.

Rappelons que l’entreprise fondée dans la capitale en 1840 complétera prochainement une phase d’expansion de 200 millions $ à l’échelle du pays. Les investissements auront porté à 15 son nombre de magasins.

«Parce qu’on est une entreprise privée, nous avons des capacités financières limitées», indique M. Simons. «La prochaine étape pour nous, c’est de faire croître davantage le web. On fait actuellement face à un défi de distribution, d’habileté physique pour desservir notre commerce électronique. Présentement, je n’ai pas les moyens, mais je crois que nous avons besoin de faire des investissements importants dans la logistique et la distribution. Cela assurera la productivité de l’organisation. J’essaie actuellement de mettre ensemble un groupe d’acteurs pour trouver la technologie, les équipements et le financement nécessaires pour ce projet», poursuit-il, refusant de dévoiler l’endroit où s’installera son nouveau centre de distribution robotisé. La compagnie est déjà propriétaire d’un terrain pour réaliser ce déménagement.

Bien qu’il se montre optimiste, le grand patron de la bannière concède que les temps ne sont pas «faciles» pour son commerce et qu’une décision devrait être prise au cours des prochains mois pour continuer de faire fleurir son organisation. 

«Ma responsabilité en premier lieu est envers la pérennité de l’entreprise et des gens avec qui je travaille. Je vais faire ce que j’ai à faire. Je n’ai pas fermé aucune porte. Cela prend de l’argent pour créer un modèle d’affaires et il me faut de l’argent. Je viens de finir une période d’expansion importante. À un certain moment, il faut des partenaires qui peuvent nous suivre dans cette croissance», souligne-t-il. «L’entreprise, ce n’est pas moi, ce sont les 3000 personnes qui sont là. Il y a des options que j’aimerais enlever de la table, mais je ne peux pas. Nous sommes dans un moment important pour notre avenir. Il y a des combats importants et du développement à faire», poursuit-il, confirmant avoir eu des offres pour sa compagnie de vêtements. «Je suis en plein là-dedans [...], mais j’aime être privé. On regarde pour la relève à long terme».


« J’aime la compétition. Je suis prêt à aller sur le champ de bataille, mais il faut être à armes égales. »
Peter Simons

Sans la sortie de terre de son centre de distribution, M. Simons estime qu’il sera impossible - ou presque - de suivre la parade dans l’industrie, surtout pour une entreprise tiraillée entre «l’ancienne» et «la nouvelle économie». La «vieille économie» qui l’oblige entre autres à payer ses taxes et ses impôts. D’ailleurs, plusieurs joueurs de son milieu ont revu au cours des derniers mois leur modèle d’affaires. C’est le cas de Souris Mini. D’autres, par ailleurs, ont été contraints de jeter l’éponge, comme Sears Canada et la chaîne HMV. Comme quoi, les temps changent.

«On le voit, les plus faibles tombent. Au début, la maladie tue les vieux et les malades. À la fin, elle passe à travers des gens en santé», illustre l’homme d’affaires de 53 ans. «J’aime la compétition. Je suis prêt à aller sur le champ de bataille, mais il faut être à armes égales», conclut-il.

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PETER SIMONS SUR...

...un saut en politique

Malgré ses sorties dans les médias, Peter Simons n’envisage pas faire le saut dans l’arène politique. Accompagné de députés de Québec solidaire, en novembre, l’homme d’affaires s’était présenté à l’Assemblée nationale pour appuyer un projet de loi encadrant le commerce en ligne. Allez-vous êtes de la prochaine élection provinciale? «Non, ma responsabilité est dans mon entreprise. Je pense que j’ai un rôle à jouer qui peut toucher la vie de beaucoup de personnes. Nous avons des projets comme la robotisation de notre centre de distribution. Je pense que je peux toutefois m’exprimer comme citoyen». Jean-Michel Genois Gagnon

...une transparence des registres corporatifs

Plusieurs hommes d’affaires et politiciens dénoncent depuis des années l’utilisation des paradis fiscaux pour sauver de l’argent. Selon le patron, un registre transparent mondial des entreprises devrait être mis sur pied. «Aujourd’hui, on veut savoir à qui vont les profits. Ce n’est pas normal qu’on puisse ouvrir des holdings partout sur la planète et ne pas savoir qui fait quoi. C’est la première génération. La prochaine génération de mouvement de capitaux devrait tourner autour de la cryptomonnaie. [...] Si on ne fait pas face à la première vague, à la deuxième, cela va être terminé. La complexité va continuer d’augmenter. On devrait militer pour que les choses changent». Jean-Michel Genois Gagnon

... l’expansion aux États-Unis

Simons veut accroître sa présence aux États-Unis. L’entreprise a déjà commencé à proposer ses produits aux Américains, mais les ventes restent assez marginales pour l’instant, note l’homme d’affaires Peter Simons. La chaîne vise donc une expansion chez nos voisins du Sud, mais qui restera sur le web. Il n’est pas question d’implanter de magasins. Anne Drolet