Guy Cormier, le président du Mouvement Desjardins, se présente lundi devant les élus de la commission parlementaire sur l’accès aux services financiers de proximité en région.

Services financiers en région: Cormier à la défense de Desjardins

EXCLUSIF / Le Mouvement Desjardins refuse de porter seul la responsabilité d’assurer la vitalité économique des régions. Son président, Guy Cormier, estime que la coopérative québécoise en fait déjà beaucoup plus que ses concurrents, mais essuie malgré tout «le gros de la critique».

M. Cormier se présentera devant les élus de la commission parlementaire sur l’accès aux services financiers de proximité en région, ce lundi à 14h, à l’Assemblée nationale. 

En entrevue au Soleil vendredi, le grand patron de Desjardins a dévoilé avec aplomb ce qu’il entend livrer comme message. «Il n’est pas vrai que l’on peut mettre, seulement sur le dos du Mouvement Desjardins, la responsabilité de la vitalité économique de nos milieux et de nos régions au Québec. On fait largement notre part», a-t-il décoché. 

Le Mouvement Desjardins est selon lui l’institution la plus imbriquée dans le tissu régional. «Dans la vraie vie là, il n’y a aucune autre institution financière et il n’y a aucune autre entreprise [qui en fait autant]. Le bureau de poste quand il ferme, le restaurant quand il ferme, l’école quand elle ferme, le centre d’achat quand il ferme; il n’y a [personne] qui fait autant de projets-pilotes et de projets pour faciliter l’accessibilité [des services]», a-t-il vigoureusement plaidé. 

Il cite en exemple «une dizaine de projets» de transition, comme le service de navette, les deux caisses mobiles, le partage de locaux et d’employés avec certaines mairies, ainsi qu’un récent projet-pilote avec la Fédération québécoise des municipalités.

Pluie de critiques 

L’institution est malgré tout critiquée dans plusieurs régions (Bas-Saint-Laurent, Outaouais, Saguenay–Lac-Saint-Jean) après le retrait de guichets automatiques ou de comptoirs de service. «Des fois, j’ai l’impression que, parce que Desjardins est le dernier [à partir] dans un milieu, c’est nous qui recevons le gros de la critique alors qu’on a tout fait pour rester jusqu’à la fin.»

Chiffres à l’appui, Guy Cormier soutient que, malgré une baisse de 20 % du nombre de guichets et de points de service Desjardins depuis 2012, la coopérative demeure la plus présente en zones rurales. Selon ses données, Desjardins y opère 75 % des points de service physiques, contre 25 % pour tous ses concurrents. 

Autre donnée soulignée dans la présentation de M. Cormier : 30 % des points de service Desjardins desservent 4 % de la population. Et il y a 612 guichets de la coopérative dans les zones rurales. 

Où sont les banques? 

L’abandon progressif des guichets automatiques va avec la demande, poursuit M. Cormier. Selon les données de Desjardins, les transactions aux guichets ont chuté de 30 % depuis 2012, et de 33 % au comptoir pour la même période. 

Pour le pdg, Desjardins s’adapte aux besoins de ses membres, qui transigent à 91 % par d’autres moyens — en ville comme en région, a-t-il souligné —, mais ne les abandonne pas. 

«On ne laisse pas tomber les régions. […] On va prendre le temps de bien l’expliquer», a-t-il dit. Et «on va poser la question : comment se fait-il que les banques ne sont pas dans les régions rurales, alors que Desjardins a pris la décision, encore en 2018, d’y rester?»

M. Cormier s’interroge d’ailleurs à savoir pourquoi aucun patron de banque n'a été invité aux travaux de la commission, lundi. «J’ai été le premier surpris.» Seul un représentant de l’Association des banquiers canadiens y sera. «Ce n’est pas la même chose que d’inviter le président d’une institution financière.»

Guy Cormier livrera finalement un message directement aux élus. «Comment se fait-il qu’en 2018, Internet haute vitesse n’est pas disponible dans toutes les régions du Québec? Comment se fait-il que les entrepreneurs me parlent de pénurie de main-d’œuvre? Qu’en est-il des infrastructures pour rendre un accès encore plus facile à toutes les régions du Québec?»

«Le guichet automatique est un enjeu. Mais je pense qu’il y a d’autres enjeux pour la vitalité économique de nos régions [...] qui sont le ressort de d’autres entités que le Mouvement Desjardins.»

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CE QUE GUY CORMIER A DIT

«Ce n’est pas vrai que la vitalité économique d’une région est liée à son guichet automatique.»

«Cette relation intime de proximité qu’on a bâtie depuis des décennies, j’en suis très fier. L’envers de la médaille, c’est que peut-être, parfois, et pas seulement nos membres, mais dans l’image populaire, les gens en sont venus à penser, peut-être, que Desjardins est un service public, que c’est un organisme sans but lucratif, qu’on a une responsabilité d’État de servir partout. Mais ce n’est pas ça notre mission.»

«Les gens réagissent [au retrait des guichets et des comptoirs]. Je comprends très bien. Je comprends que les gens réagissent, il faut que je les écoute [...] Je cherche des solutions mais j’ai aussi le mandat de bâtir le Desjardins des 40 à 50 prochaines années.»

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PRÊTS AUX ENTREPRISES ET ARGENT COMPTANT

Outre une perte d’accessibilité à l’argent comptant dans les régions où les services financiers se font rares, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) craint une perte de vitesse du développement économique.

Jacques Demers, président de la FQM, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog, se rendra lui aussi à l’Assemblée nationale, lundi. Il partagera notamment des inquiétudes quant au financement des entreprises.

Selon «une étude de l’Université de Californie», chaque fois qu’il y a fermeture d’une succursale bancaire, «il y a une baisse de 13 % des émissions de prêts aux petites entreprises», a dit M. Demers en entrevue au Soleil. Il craint qu’un phénomène semblable ne se produise au Québec.

Sur la perte de services comme tel, M. Demers s’est gardé de blâmer directement le Mouvement Desjardins. «À voir les sommes qu’ils investissent [dans les projets en région], on peut difficilement les ramasser», a-t-il affirmé, soulignant que c’est l’ensemble des institutions bancaires qui délaissent les zones moins urbanisées.

M. Demers était en mesure de confirmer vendredi que les municipalités de Saint-Roch-des-Aulnaies et de Ripon seront deux des cinq sélectionnées pour un projet-pilote avec le Mouvement Desjardins. Des guichets automatiques, un par municipalité, y seront installés pour les retraits uniquement.