Actuellement, deux compagnies américaines fournissent jusqu'à 80 % des établissements de santé de la province.

Services alimentaires: les distributeurs québécois pénalisés pour des «peanuts»

Les distributeurs alimentaires québécois en ont marre de se faire damer le pion par deux compagnies américaines qui fournissent jusqu'à 80% des établissements de santé de la province. Ils demandent au gouvernement de revoir ses grilles d'évaluation pour l'attribution de ses contrats s'il veut être conséquent avec sa politique de souveraineté alimentaire.
Pour faire front commun et porter leur message dans les différents ministères, les distributeurs viennent de former le Regroupement des distributeurs québécois en service alimentaire qui rassemble une trentaine d'entreprises représentant au-delà de 90% de cette industrie.
Les deux compagnies en question, ce sont Sysco du Texas et Gordon Food Services (GFS) du Michigan, qui ont toutes deux des entrepôts au Québec mais dont les profits s'en vont aux États-Unis, dénonce Marc Fortin, un consultant embauché par le nouveau regroupement.
Tout récemment, le distributeur Dubé Loiselle de Granby a perdu le contrat d'approvisionnement du CHU de Sherbrooke pour une différence de 48 000$ sur 20 millions$ en cinq ans. Des «peanuts», dénonce M. Fortin, qui ne compenseront pas les pertes d'emplois et d'impôt. Et c'est sans compter, dit-il, que ces grandes compagnies américaines achètent selon lui très peu de produits québécois.
L'année dernière, la même situation s'est produite en Mauricie où Marcotte Alimentation a perdu un contrat de 30 millions$ sur cinq ans au profit de GFS pour l'alimentation des hôpitaux et les centres d'hébergement de la région.
Selon M. Fortin, les fonctionnaires des ministères qui font d'importants achats institutionnels, santé et éducation, notamment, ont une bien mauvaise compréhension du système alimentaire québécois. «On essaie de rencontrer les ministres Marceau (Finances), Malavoy (Éducation) et Hébert (Santé) mais on n'y arrive pas», déplore-t-il.
Impacts économiques et environnementaux
Le regroupement demande au gouvernement de revoir les grilles d'attribution des contrats pour ne pas considérer uniquement les prix, mais également l'impact plus large sur l'économie locale ainsi que, pourquoi pas, l'impact environnemental. «Quand un camion part de Montréal pour aller à La Tuque et retourne vide à Montréal, ce n'est pas très bon pour l'empreinte carbone», illustre-t-il.
En décembre dernier, le ministre de l'Agriculture François Gendron lançait sa politique d'achat institutionnel par laquelle il disait vouloir augmenter la présence d'aliments du Québec dans les institutions.
Pour ce faire, il signait des ententes avec des distributeurs pour qu'ils identifient les produits québécois dans leurs bases de données et facilitent ainsi les choix des grands acheteurs. Les trois premiers signataires de l'entente étaient Colabor (un regroupement de distributeurs québécois) et l'Association québécoise de fruits et légumes, ainsi que... Gordon Food Services.