Pas moins de 150 entreprises de Sept-Îles ont fermé boutique, vendredi, pour permettre à leurs employés d'aller manifester en faveur de la Mine Arnaud.

Sept-Îles: 2000 manifestants pour la Mine Arnaud

Plus de 2000 Septiliens ont dit «GO à Mine Arnaud» en descendant dans la rue vendredi après-midi. Pas moins de 150 entreprises avaient même fermé boutique pour la tenue de la manifestation. Le message est clair : les citoyens veulent que le promoteur, qui lorgne l'exploitation d'une mine d'apatite non loin de secteurs habités, bonifie son projet, qualifié de  «pas acceptable dans sa forme actuelle» par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) il y a un mois.
Cette conclusion défavorable n'a vraisemblablement pas découragé les marcheurs, qui refusent de baisser les bras en écartant un projet minier porteur de 300 emplois. «Il n'est pas vrai qu'on va rejeter du revers de la main un projet qui frise le milliard, qui va ajouter
25 à 30 millions dans les coffres de la Ville [...] sans avoir examiné toutes les avenues qui s'offrent à nous», a martelé le porte-parole du comité citoyen à l'origine de la mobilisation, Claude Harvey, avant de donner le départ.
Gens d'affaires, syndiqués, petites familles et retraités ont marché sous le bruit des trompettes et des klaxons pendant plus d'une heure. «On a besoin de ce projet pour les générations futures, il ne se passe pu rien à Sept-Îles», a lancé un travailleur. «J'ai 10 % de mes gars qui travaillent ces temps-ci, ce n'est pas juste pour la mine que je suis ici, c'est pour montrer aux investisseurs qu'ils sont les bienvenus et refaire notre réputation», a ajouté un entrepreneur en construction.
D'autres ont montré leur appui en faisant défiler un convoi d'une vingtaine de machineries lourdes. L'agent d'affaires de la FTQ-Construction Bernard «Rambo» Gauthier était du mouvement, en solidarité avec ses travailleurs qui peinent à trouver de l'emploi. Toutes les entreprises sondées par
Le Soleil ont confirmé qu'elles avaient laissé libre choix à leurs employés de participer à la marche. «Chez nous, il y en a qui sont restés à l'ouvrage, c'est correct comme ça», a confié un employeur.
Les conseillers municipaux et des candidats aux élections provinciales dans Duplessis étaient aussi du nombre. Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, qui refuse d'appuyer le projet à ce stade-ci, brillait par son absence. Des marcheurs lui ont d'ailleurs demandé de se rallier derrière eux, et de les supporter.
L'économie de Sept-Îles a été fragilisée par les aléas du marché du fer, qui a récemment entraîné 220 mises à pied chez Cliffs Mine Wabush. «La vague se ressent dans les PME, mais le ressac viendra dans six ou huit mois, quand nos travailleurs seront au bout de leurs prestations», a lancé le représentant des syndiqués, Robert Roy. «Je salue les élus qui sont là, et au diable les absents», a-t-il ajouté avec vigueur.
Le maire Porlier neutre
Joint au téléphone en fin de journée, le maire Porlier s'est dit d'emblée heureux que la marche se soit déroulée dans le respect. «Depuis deux ans, tout le monde se laisse croire que la solution à tous nos problèmes est Mine Arnaud», a-t-il expliqué. «Ce n'est pas une attitude responsable en tant que maire, de m'afficher en faveur d'un projet qui inquiète une partie de ma population. Je n'irai pas plus marcher contre.»
Le projet d'exploitation d'une mine d'apatite à Sept-Îles soulève les passions dans la municipalité de quelque 26 000 habitants. Les tensions sont palpables entre différents groupes de citoyens, surtout depuis la publication très attendue du rapport du BAPE. Les trois principaux regroupements en défaveur ont jugé «prématurée» la marche d'appui au projet minier.
En septembre 2013, quelque 400 citoyens avaient répondu à l'invitation d'un groupe de jeunes qui s'opposaient au projet de mine, en marchant dans les rues de Sept-Îles.