La compagnie AquaBounty a «élaboré» un saumon transgénique qui grossit deux fois plus vite, et représente donc un enjeu économique majeur pour l'industrie.

Saumon GM: des écologistes veulent renverser l'approbation d'Ottawa

Des groupes écologistes canadiens s'adressent au tribunal pour savoir si le gouvernement fédéral a violé sa propre loi sur l'environnement en autorisant la production de saumon génétiquement modifié (GM) au Canada.
Ottawa a autorisé à la fin novembre la compagnie AquaBounty Canada Inc. à produire des oeufs de saumon GM à l'Île-du-Prince-Édouard. L'entreprise est une filiale de Aquabounty Technologies, basée au Massachusetts; celle-ci prévoit expédier les oeufs au Panama pour qu'ils y soient élevés dans une ferme d'aquaculture jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille de commercialisation.
Selon les groupes Ecology Action Centre, de Halifax, et Living Oceans Society, de Vancouver, l'approbation donnée par la ministre de l'Environnement Leona Aglukkaq et la ministre de la Santé Rona Ambrose «permettrait également la production et le grossissement du saumon génétiquement modifié ailleurs au Canada, sous certaines conditions».
Ce poisson, qui est le premier animal GM destiné à l'alimentation humaine au monde, est un saumon atlantique auquel on a inséré des gènes de saumon quinnat et de loquette d'Amérique. Baptisé AquAdvantage, il grossit deux fois plus rapidement que le saumon atlantique naturel.
Demande de révision
William Amos est avocat et professeur à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa. Il est aussi conseiller juridique pour Ecojustice, un organisme sans but lucratif formé d'avocats qui représentent gratuitement des organisations écologistes dans des causes environnementales. «On n'est pas des activistes, on est des avocats», précise M. Amos.
La demande de révision judiciaire a été déposée à la Cour fédérale le 23 décembre. Elle s'appuie sur les termes de la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, expliquait l'avocat mardi lors d'un entretien téléphonique.
Cette loi stipule que les nouvelles substances issues de la biotechnologie doivent faire l'objet d'une analyse d'impact d'une potentielle échappée dans la nature. Or, selon M. Amos, le gouvernement n'aurait pas fait cette analyse.
«L'approbation est contraire à la loi parce qu'elle n'a pas évalué si le saumon génétiquement modifié pourrait devenir une espèce envahissante, mettant potentiellement à risque des écosystèmes ainsi que des espèces comme le saumon sauvage», disent les groupes écologistes.
Même si la compagnie dit qu'il n'y a aucun danger parce que les oeufs seront produits dans un lieu fermé, le gouvernement a l'obligation de faire cette analyse, soutient l'avocat.
À cela s'ajoute le fait que le processus s'est déroulé sans participation du public, alors même que la Loi canadienne sur l'environnement en fait mention.
William Amos précise que ce n'est pas l'aspect lié à la consommation du poisson (impact sur la santé) qui est en cause ici, mais bien l'enjeu environnemental. Ce poisson pourrait un jour être élevé partout dans le monde et une contamination génétique de l'espèce sauvage serait irréversible. Par leur demande, les deux groupes demandent au tribunal «d'écarter l'évaluation de risque effectuée par le gouvernement et d'exiger que ce dernier se conforme à la loi avant de permettre la production de ces organismes génétiquement modifiés».