Jean-Philippe Jobin, vice-président Recherche et développement, et Samuel Bouchard, président-directeur général de Robotiq

Samuel Bouchard et Jean-Philippe Jobin (Robotiq)

À leur sortie de l'université, diplôme de génie mécanique en poche, Samuel Bouchard et Jean-Philippe Jobin désiraient s'établir dans la région et travailler dans leur domaine d'études. Sauf que les entreprises n'étaient pas légion. «À l'époque, il n'y avait à peu près rien. Il fallait soit s'exiler, soit faire de la recherche universitaire», explique Samuel.
La nécessité étant mère de l'invention, le duo, aidé à l'époque par Vincent Duchaine (devenu depuis leur conseiller scientifique), décide de fonder sa propre entreprise, Robotiq, et de s'installer sur la Rive-Sud.
Depuis, le succès ne se dément pas. Forts de l'engouement pour leur invention phare - une main industrielle à deux doigts capable de prendre une grande variété d'objets -, les partenaires réalisent des ventes qui grimpent de façon exponentielle. Le chiffre d'affaires double pratiquement chaque année. Leur objet fétiche est exporté à 95 % à l'international, dont 40 % aux États-Unis. La trentaine de drapeaux qui flottent au plafond du hall d'entrée de l'entreprise témoigne de ce fait d'armes. «Au Québec et au Canada, nous sommes très en retard en matière d'automatisation. Toutes proportions gardées, le Mexique compte plus de robots», déplorent-ils.
À notre époque de pénurie de main-d'oeuvre, leur main se retrouve dans de plus en plus d'usines, pour leur plus grand bonheur, ce qui permet de libérer les ouvriers des tâches répétitives sur les chaînes de montage. Exit le Charlie Chaplin des Temps modernes.
«Du simple point de vue démographique, constate Samuel, c'est aussi la seule façon de s'en sortir. Il n'y a pas si longtemps, il y avait trois travailleurs pour un retraité; dans cinq ans, ce sera deux pour un, avec des coûts du système de santé qui grimpent comme ça. C'est une façon d'éliminer des emplois pour devenir plus efficaces et productifs.» 
La fiche 
Samuel Bouchard (président-directeur général, 35 ans) et Jean-Philippe Jobin (38 ans, vice-président, recherche et développement)
Tous deux ont étudié à l'Université Laval. Samuel possède un doctorat en génie mécanique; Jean-Philippe une maîtrise dans le même domaine.
L'entreprise 
Robotiq est une entreprise qui conçoit et fabrique des pinces robotiques à la force de préhension ajustable, permettant de manipuler plusieurs objets sans utiliser un changeur d'outils. Robotiq a été fondée en 2008. Installée à Lévis, elle compte 27 employés.  
Questions et réponses
Q Votre plus importante réalisation à ce jour?
«Visiter une usine qui utilise notre robot pour la première fois. Ça permet de libérer des employés qui peuvent ainsi mettre leur expertise au service de l'entreprise, répond Samuel. Voir des gens faire des tâches plates et fastidieuses toute la journée, ça me fait mal au coeur.»
La reconnaissance la plus satisfaisante obtenue?
«On ne carbure vraiment pas aux honneurs. Nous avons été classés dans le Top 50 des entreprises les plus influentes au monde dans le domaine de la robotique par le magazine Robotics Magazine Review. Nous avons aussi reçu un prix de l'Ordre des ingénieurs du Québec (prix Génie Innovation, en 2014).
Où vous voyez-vous dans cinq ans?
«On sera toujours à Québec, mais le nombre d'employés aura triplé. Les revenus seront 10 fois plus gros.»
L'échec, ça vous fait peur?
«Je le vois comme un motivateur. Le plan de match initial n'a pas marché comme on le voulait. Mais c'est dans l'échec qu'on devient meilleur.»
Vos modèles?
«Je suis peut-être de la vieille génération, mais ce sont des gens de mon entourage, des oncles, qui ont géré leur entreprise comme une famille», explique Jean-Philippe.
Vos plus grands plaisirs dans la vie, à l'exception du travail?
Aller jouer dehors avec la famille (Samuel a quatre enfants; Jean-Philippe est en attente d'un second).
Le meilleur conseil reçu?
Écouter les clients. Vivre leur réalité et comprendre leur problème. «La meilleure façon d'aider quelqu'un, c'est de l'écouter, ne pas arriver avec des solutions toutes faites», mentionne Samuel. 
Le meilleur conseil à un jeune entrepreneur?
Vivre sa passion et y croire. «Ça nécessite beaucoup de travail, ajoute Jean-Philippe, mais en même temps, c'est tellement satisfaisant.»
Faire de l'argent, pourquoi?
«C'est un moyen, pas une fin en soi, explique Samuel. Sans argent, tu ne peux pas développer de nouveaux produits.»
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