Le Queen Mary 2 prévoyait s'arrêter à Gaspé pour la seconde fois, après une première escale l'automne dernier.

Saison des croisières à l'eau en Gaspésie

L'annulation de 13 escales de croisières internationales à Gaspé mine des années d'efforts pour allonger vers l'automne la saison touristique, témoignent des restaurateurs, des transporteurs et des attraits alors qu'ils viennent de recevoir une nouvelle brique. Le Queen Mary 2 annule sa visite à cause de la réduction de vitesse dans le golfe pour protéger les baleines noires.
Escale Gaspésie s'attend à ce que 18 navires au total décommandent leur arrêt. Gaspé et Percé perdraient un potentiel de 26 500 passagers et membres d'équipage, ce qui entraînerait des pertes de 2,5 millions $.
Julien Cloutier, des Croisières du même nom à Percé, embarque des croisiéristes pour des excursions vers l'île Bonaventure. «On a prolongé la saison de nos employés et on se ramasse pas de bateau», dit-il. Les croisiéristes représentent au moins 15 % de sa clientèle l'automne, ajoute M. Cloutier, qui garde «deux bateaux en stand by» pour ces visiteurs. 
Pour les Autobus Couture et Cahill, «c'est une perte de revenus majeure cette année», dit le directeur des opérations Ken Cahill. «Ça fait un trou dans notre budget. Des chauffeurs vont travailler beaucoup moins. C'est une année à oublier.»
«Avant, on envoyait nos véhicules à Québec en septembre et en octobre», se souvient M. Cahill. Dorénavant, ce n'est plus nécessaire et la moitié de la flotte d'autocars dépend des croisières.
Les annulations ont «un impact financier énorme et ça termine mal notre saison, tant pour l'achalandage que pour l'assurabilité [à l'assurance-emploi] de nos gens», dit Mona Cahill, des Bateliers de Percé. «J'ai aussi un restaurant, le Café champêtre. J'allais jusqu'au 24 octobre, mais je vais peut-être revoir ma période d'ouverture.»
Au Café de l'Anse de L'Anse-au-Griffon, des croisiéristes arrêtent dîner pendant leur tournée de la péninsule de Forillon. Cette année, 18 groupes de 50 à 70 personnes ont planifié un arrêt, soit plus de 1000 repas. «Ça nous permet de rester ouvert plus longtemps pour la population, jusqu'au début octobre, parce que c'est dur de faire nos frais l'automne», dit Vincent Malouin, l'un des administrateurs.
À la Chambre de commerce et de tourisme de Gaspé, le directeur Olivier Nolleau se demande si l'industrie compte trop sur les croisières pour l'automne. «C'est comme une ville mono-industrielle. C'est dangereux. Il ne faut surtout pas lâcher les croisières, mais en parallèle, il faut travailler autrement sur l'automne. J'ai demandé une mission économique pour que Gaspé et Percé puissent aller voir ailleurs comment ça se passe.»
Québec, Ottawa et les municipalités ont investi près de 40 millions $ pour développer l'industrie des croisières, rappelle le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre. Cet argent a notamment servi à construire une gare intermodale, le site historique Berceau du Canada et à doter la péninsule d'un train touristique. 
«Jusqu'à ce que les croisières prennent leur envol, les commerces commençaient à fermer le 15 septembre, dit M. Lelièvre. On a ajouté quatre ou cinq semaines à la saison. C'est aussi un signal aux autres clientèles touristiques pour dire : venez, on est ouvert l'automne.»
Ces avancées sont compromises, estime le député. «Personne n'est contre l'objectif de protéger les baleines noires, mais [Ottawa] a agi beaucoup trop vite, avec improvisation, sans consulter le milieu et sans prévoir de mesures compensatoires.»
Les annulations fragilisent l'organisme Escale Gaspésie, qui perd 150 000 $ de revenus sur un budget de 600 000 $. 
Depuis la mi-août, Ottawa a réduit à 10 noeuds la vitesse permise dans l'ouest du golfe du Saint-Laurent. Certains navires n'ont plus le temps de s'arrêter à Gaspé.
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Les ports d'escale veulent avoir leur mot à dire pour 2018
Les grands navires de croisières pourraient annuler des escales aussi en 2018 si les mesures de protection des baleines noires restent les mêmes, estime l'Association des croisières du Saint-Laurent, qui veut avoir son mot à dire.
Les ports d'escale veulent eux aussi protéger la baleine noire, déclare d'emblée le directeur de l'Association des croisières, René Trépanier. «On a la dernière population de baleine noire [de l'Atlantique Nord] de la planète qui vient se nourrir dans le golfe. Il faut s'en réjouir et en tirer un avantage sur le plan touristique.»
Sauf que le choix des mesures de protection s'est faite de manière «un peu unilatérale et ça nous a vraiment fait mal», ajoute-t-il. Ottawa peut prendre d'autres moyens, estime M. Trépanier. «Ailleurs, il y a des détecteurs audio sous-marins. L'information est transmise aux capitaines de navires [...]. On pense qu'une route pourrait être balisée, où l'on intensifierait les moyens d'observation», suggère M. Trépanier. Cette «route» marine éviterait les secteurs où les baleines sont les plus présentes. 
Le directeur cite aussi l'Alaska, où les navires placent des observateurs à la proue. «En mettant à profit l'industrie maritime, on aura peut-être deux fois plus d'information sur la présence des baleines.»
«Les plus grosses compagnies décident leur itinéraire deux ans à l'avance. Si on n'a pas d'indication rapide de mesures pour 2018, il risque d'y avoir des annulations», avertit M. Trépanier. Il faut aussi travailler sur 2019 et 2020, puisque ces escales sont en train d'être planifiés.
Baie-Comeau aussi
Au total, 17 escales québécoises sont annulées jusqu'ici cet automne, dont 13 sur la pointe gaspésienne, trois à Baie-Comeau et une à Saguenay.
À Baie-Comeau, deux des quatre passages du Seabourn Quest sont annulés, en plus de l'arrêt du CTMA Vacancier il y a deux semaines. 
La présidente de Croisières Baie-Comeau estime que ce chambardement des croisières dans le Saint-Laurent sera temporaire. «On a appris [la réduction de vitesse des navires] autour du 18 août et la saison des croisières débutait deux ou trois semaines plus tard. C'est difficile de s'ajuster», a fait valoir Reina Savoie Jourdain. «Pour 2018, ça va se rétablir et on va trouver une solution à long terme.»
Dix baleines noires, une espèce en péril, ont été retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent depuis juin.  Avec Steeve Paradis
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Sept-Îles accueillera le Queen Mary 2
Si Gaspé écope largement des annulations d'escales de navires de croisière, dont celle du Queen Mary 2 à l'horaire pour le 2 octobre, Sept-Îles gagne au change, car le géant des mers fera son premier arrêt à Sept-Îles cette même journée. 
Même si elle a à peine deux semaines de préavis pour se préparer à recevoir le paquebot de 345 mètres, l'équipe de Destination Sept-Îles Nakauinanu est prête à relever le défi et souhaite profiter de l'occasion pour démontrer la flexibilité des installations portuaires et d'accueil. 
«On veut vraiment miser sur la qualité de l'accueil. On va solliciter toute la population pour créer une mobilisation monstre en deux semaines», a fait savoir la présidente de l'organisme, Manon Langlois.
La première escale du Queen Mary 2 à Sept-Îles était initialement prévue pour septembre 2018. Steeve Paradis (collaboration spéciale)