Yugz, l'artiste, s'est fait remarquer il y a quelques années pour ses tableaux d'oiseaux colorés, abstraits, qui se vendaient d'ailleurs très bien.

Saint-Pierre-de-Wakefield: pour la «grosse paix»

Disons qu'Hugo Sabourin vit dans deux mondes parallèles. Le jour, il travaille en ville. Le soir et le week-end, il redevient Yugz, l'artiste, qui peint des tableaux torturés, joue du blues à la batterie et vit en ermite dans une maison perdue au fond des bois.
D'un point de vue pratico-pratique, Hugo Sabourin aurait toutes les raisons du monde d'habiter à Gatineau. C'est là qu'il travaille à temps plein comme producteur publicitaire à la station de radio 104,7. Là aussi qu'il partage avec deux copains une résidence d'artistes au centre-ville.
S'il vivait à Gatineau, Hugo Sabourin n'aurait pas à se taper, matin et soir, le trajet de 60 kilomètres entre son boulot et sa demeure perchée sur un chemin de terre escarpé de Saint-Pierre-de-Wakefield, au beau milieu d'une forêt d'épinettes.
Et pourtant, il ne renoncerait pour rien au monde à son refuge : une maison retirée, privée de câble et d'Internet. Une oasis où il peut se consacrer à son art sans craindre les distractions de la grande ville. «Ici, j'ai la grosse paix. Et c'était mon but en m'établissant ici. D'évacuer le maximum de distractions pour être plus productif et plus créatif. Je vis seul, et c'est très bien ainsi», dit-il.
Yugz, l'artiste, s'est fait remarquer il y a quelques années pour ses tableaux d'oiseaux colorés, abstraits, qui se vendaient d'ailleurs très bien. Il fait dans l'art brut, pour ne pas dire brutal. Ses toiles sont colorées, expressives. Et même si ses compositions s'inspirent de la nature, elles ont un côté très urbain, très street art.
Il a cessé de dessiner des oiseaux, une lubie qui lui avait pris après avoir lu une nouvelle voulant que 5000 oiseaux étaient morts de peur dans un bled perdu de l'Arkansas. Ces jours-ci, il peint avec des branches d'arbres. Il sentait, me dit-il, le besoin de revenir à un art plus primitif. Il peint parfois à l'extérieur de chez lui, de la neige jusqu'au genou.
La porte d'entrée s'ouvre sur une grande pièce presque vide avec un plafond et des murs décorés de motifs rouge vif. Il m'explique que c'est un de ses anciens colocs, Daniel Pagé, qui les a peints, en s'inspirant de l'oeuvre de l'artiste américain Keith Haring.
Le mobilier de la pièce se résume à un vieux frigo Westinghouse dans le coin droit et à une batterie de tambour dans le coin gauche. Il m'explique que c'est un des avantages de vivre en région : les voisins sont loin...
«Je peux jouer de la batterie quand je veux, à toute heure du jour ou de la nuit, sans déranger le voisinage», raconte Hugo qui joue du blues rock avec son frère Benoît et des amis.
Lui, il vit à l'étage, dans des pièces décorées de ses tableaux. Un gros ours noir prend presque tout un mur de la salle à manger. Un de ses fameux tableaux d'oiseau est perché au-dessus de la toilette. D'autres toiles plus récentes, avec des taches de gris et de brun, ornent le salon.
Les grands espaces
Originaire de Masson-Angers, Hugo Sabourin a passé les étés de son enfance dans les grands espaces du parc Papineau-Labelle. Il a ensuite goûté à la frénésie de la grande ville lors de ses études à Montréal. Son cheminement professionnel l'a graduellement ramené chez lui après un passage à Hearst, puis à Mont-Laurier où il a travaillé quatre ans à la radio locale.
D'ailleurs, quand il a récemment entendu les animateurs de l'émission montréalaise La soirée est (encore) jeune se moquer de Mont-Laurier, il a eu un pincement au coeur.
«J'ai un bon sens de l'humour, mais j'ai de la misère à rire quand on regarde les régions de haut, dit-il. Ce sont les gens des régions qui contribuent au budget de Radio-Canada et qui permettent de réaliser de grosses émissions... montréalaises.»
Au lieu de rire des régions, on devrait les vanter davantage, dit-il. Oui, il y a des inconvénients. Chez lui, l'eau est ferreuse, il y a les distances à parcourir... «Mais la qualité de vie est malade! C'est cliché de le dire, mais la beauté des paysages, la pureté de l'air, la tranquillité... C'est inspirant pour un artiste de vivre dans une nature d'une telle beauté.»
En bref...
Lieu de résidence : Saint-Pierre-de-Wakefield
Se situe où : à 60 kilomètres au nord de Gatineau
Depuis quand : depuis six ans
Comment le choix s'est fait : pour avoir la «grosse paix»
Un inconvénient : les distances à parcourir
Un attrait : le lac Saint-Pierre
Une idée pour améliorer le sort des régions : valoriser la vie en région au lieu de la ridiculiser