Plusieurs citoyens de Saint-Augustin-de-Desmaures sont allés consulter les devis présentés par TransCanada pour le projet d'Oléoduc Québec Est.

Saint-Augustin-de-desmaures: TransCanada ouvre son jeu

Le projet de faire traverser un pipeline sous le fleuve Saint-Laurent a été présenté aux citoyens de Saint-Augustin-de-Desmaures, lundi soir, à l'hôtel de ville par TransCanada. La construction pourrait être déclenchée dès 2016 et la mise en service, en 2018.
Selon le tracé actuel, le pipeline de 42 pouces de diamètre traverserait à partir de la Rive-Nord près de l'intersection du chemin du Roy et du chemin Girard, à la limite entre Saint-Augustin et Neuville.
La propriété privée sur laquelle l'oléoduc serait construit est en ce moment à vendre, et deux autres propriétés sont directement touchées par la trajectoire de l'oléoduc, celles de la famille Fréchette et d'André Bossinotte.
Émilie Lavallée est la représentante de la famille Fréchette qui exploite une érablière située le long du tracé de l'oléoduc. «Pour nous, c'est un patrimoine familial et on veut connaître l'impact sur l'érablière.» Vingt-trois mètres d'arbres devraient être coupés sur la terre voisine, une conséquence non négligeable selon elle.
Pour ce qui est de la valeur de son terrain, elle hésite à croire qu'il n'y aura aucune diminution de valeur. «Ils dédommageraient possiblement pour une conséquence non voulue, mais nous, on a surtout peur de perdre ce qu'on a.»
André Bossinotte détient une parcelle de terre qui sera longée par l'oléoduc. «Le pipeline passera à même pas 100 pieds de ma galerie. Tout ce que je demande, c'est de connaître l'impact réel. Je ne veux pas jouer au "pas dans ma cour", mais je veux savoir. Est-ce que ma propriété va perdre de la valeur, mon paysage sera-t-il gâché?»
Lors de la soirée d'information, environ une quinzaine d'experts sur l'Oléoduc Énergie Est répondaient aux questions des citoyens, qui circulaient de kiosque en kiosque.
«Avec la séance de ce soir, on veut permettre un dialogue le plus ouvert possible avec la population, car le premier tracé avait été problématique. Notre tracé a évolué et le final sera déterminé après le passage du projet à l'Office national de l'énergie», a expliqué Philippe Cannon, porte-parole de TransCanada. 
Questionné à propos des opposants aux projets, tels que la Fondation Suzuki qui a présenté une lettre ouverte dans Le Soleil de lundi, il a répondu qu'ils n'étaient pas si nombreux et que TransCanada avait discuté avec ses groupes auparavant. «Nous considérons les impacts sur l'environnement et nous allons chercher les permis nécessaires. Nous avons une excellente démarche.»
Avant le début des travaux à Saint-Augustin, TransCanada doit déposer le projet devant le BAPE, une étape volontaire annoncée le 4 mars, et ensuite à l'Office national de l'Énergie du Canada qui se chargera des consultations publiques requises. «Nous avons soumis volontairement notre projet au BAPE, ce qui n'était pas obligatoire. Nous voulons être transparents», a mentionné Philippe Cannon.
Le projet total, qui touche six provinces, est évalué à 12 milliards $ et créerait environ 8000 emplois directs.
Mouvement d'opposition
Le mouvement d'opposition à l'oléoduc s'est installé à l'entrée de la mairie et la coordonnatrice de Stop Oléoduc Saint-Augustin, Anne-Céline Guyon, était là pour accueillir la population.
«L'enjeu ici, c'est qu'ils veulent traverser le Saint-Laurent et les risques sont autant présents dans la phase de construction que lors de l'exploitation avec les déversements possibles.»
Elle ajoute que «le gouvernement n'est pas prêt à faire face à un problème de pétrole dans le Saint-Laurent». Elle met ainsi en garde sur le type de pétrole qui voyagera sous le fleuve et qui provient des sables bitumineux. «C'est une matière lourde plus difficile à éliminer et il y a du benzène dans ce pétrole, une substance très dommageable pour la santé des humains.»
Selon elle, les propriétaires n'auront presque aucun recours devant le projet. «Ils doivent se regrouper pour avoir du poids devant l'Office de l'énergie. Les négociations pour les redevances, par exemple, ne sont pas faites et l'alliance leur donnerait un réel avantage», assure-t-elle.
Pour le regroupement, «le seul vrai projet est de faire du Québec un état pétrolier, alors qu'il existe tant d'autres formes d'énergie renouvelable», termine Mme Guyon.
<p>Le maire de Saint-Augustin, Marcel Corriveau, s'est dit satisfait de la rencontre d'information organisée par TransCanada, lundi soir.</p>
Le maire Corriveau satisfait
Le maire de Saint-Augustin, Marcel Corriveau, s'est dit satisfait de la rencontre d'information organisée par TransCanada, lundi soir, dans les locaux de la ville. «On est content de la séance, car nous avions demandé qu'elle soit tenue entre nos murs», indique-t-il.
«Mais nous n'avions pas demandé le projet, alors la seule chose qu'on puisse faire maintenant, c'est de le rendre le plus sécuritaire possible sur notre territoire», s'est-il empressé d'ajouter.
«On ne veut pas d'un deuxième Lac-Mégantic, alors on s'est assuré qu'ils aient une sécurité financière de l'entreprise en cas de déversement et nous avons demandé une analyse du BAPE, qui sera faite, c'est très rassurant.»
Le conseiller municipal Guy Marcotte trouve également sécurisant que le projet soit étudié par le BAPE.
Plusieurs demandes de la Ville de Saint-Augustin ont été acceptées par TransCanada dont le déplacement du tracé original et une approche au fleuve plus sécuritaire. «Présentement, moins de résidences sont à risques et, en cas de fuite, on nous a rassurés qu'en 10 minutes, les valves seraient fermées», conclut le maire.