Le Cendrillon de la Maison Alexis

Ruée sur le Cendrillon, le «meilleur fromage au monde»

Ceux qui doutaient de l'utilité des concours peuvent se raviser. Tout juste sacré meilleur fromage au monde, le Cendrillon, de la Maison Alexis de Portneuf, est pratiquement introuvable dans les supermarchés du Québec où il est distribué habituellement. Curieux, fiers, ou un peu des deux, les gourmands ont tout raflé.
C'est vendredi que Saputo, propriétaire de la Maison Alexis de Portneuf, a fait savoir que son fromage de chèvre recouvert de cendre avait remporté les grands honneurs des World Cheese Awards 2009. L'événement - d'origine britannique, mais tenu cette année aux Îles Canaries - est qualifié de plus gros concours de fromages au monde.
Le Cendrillon a coiffé au poteau 2440 autres créations provenant des quatre coins de la planète, mais plus particulièrement d'Europe et d'Amérique du Nord. Plus de 150 juges ont d'abord désigné 140 fromages «sans défaut». Un jury restreint a ensuite déterminé le grand vainqueur grâce à un système de pointage. Le Cendrillon a été apprécié pour sa texture onctueuse et son «goût plutôt fort et acidulé, qui devient plus prononcé à mesure que le fromage vieillit».
C'est la toute première fois que le trophée du meilleur fromage sort de l'Europe depuis la création des World Cheese Awards, il y a 21 ans. L'imposante pièce traversera l'Atlantique dans les prochaines semaines pour aboutir à Saint-Raymond de Portneuf.
Louis Aird, directeur des importations pour la Maison Alexis de Portneuf et ambassadeur nord-américain de la Guilde des fromagers, était aux Îles Canaries pour recevoir le prix tant convoité. Il sera aussi à Saint-Raymond pour le remettre à l'équipe de recherche et développement qui a revu la recette du Cendrillon, il y a tout juste six mois. «On regoûte toujours nos fromages périodiquement, on fait des modifications et si on juge que c'est une amélioration, on les garde», a-t-il expliqué lundi à partir de l'Espagne.
M. Aird avoue avoir été le premier surpris de battre de grandes pointures de l'industrie fromagère, d'autant que le Cendrillon n'avait jamais remporté de prix auparavant. Le spécialiste n'a toutefois pas mis de temps à évaluer les retombées de cet honneur, qu'il compare à «une médaille d'or olympique». «Des gens de partout veulent notre fromage. [...] Ça prouve où nous sommes rendus dans le monde», dit-il en parlant du savoir-faire des maîtres fromagers québécois.
Une dépêche s'étonnant de cette victoire canadienne, rédigée par l'Agence France-Presse, a d'ailleurs été reprise dans les sites Internet des grands quotidiens européens. Au Québec, la nouvelle a fait encore plus de bruit. Samedi matin, déjà, les consommateurs réclamaient le fromage de chèvre en forme de lingot de Saputo.
L'ampleur de la demande
Nathalie Filion, propriétaire de la boutique de fromages Caseus et cie, située à Limoilou, a été surprise par l'ampleur de la demande : «Je n'ai jamais eu autant de téléphones pour savoir si je gardais un fromage.» Le Cendrillon étant principalement distribué dans les supermarchés, elle n'en tenait pas en magasin, lui préférant des produits artisanaux plus typés. «C'est un bon rapport qualité-prix quand les autres ne sont pas disponibles», résume-t-elle, déçue que les vedettes locales primées au con­cours québécois Caseus ne trouvent pas autant de retentissement dans les médias.
Dans les supermarchés, les inventaires n'ont pas été à la hauteur de cette soudaine popularité, admet Karine Vachon, porte-parole de Saputo. Le groupe, qui fabrique tous ses fromages fins à partir des installations de l'ancienne fromagerie Cayer, à Saint-Raymond de Portneuf, augmentera la production si la demande pour le Cendrillon demeure. Mais il faut compter plusieurs semaines avant qu'un tel fromage ne soit à point. «Impossible de se retourner de bord en 24 heures», résume-t-elle.
Ian Picard, propriétaire de la fromagerie Hamel, qui exploite cinq boutiques à Montréal, ne tenait pas le Cendrillon non plus, mais il en a profité pour refiler d'autres bons fromages québécois aux intéressés. «Toutes les fois qu'on parle de fromages, de gagnants, ça ne peut être que positif pour toute l'industrie. Ça fait augmenter la popularité et la crédibilité de la production locale», constate-t-il.