Alain Gagnon, président du SNEAA section locale 1937 Unifor, Gervais Jacques, directeur exécutif, Opérations – Atlantique, Dominique Anglade, vice-première ministre, et le député de Dubuc, Serge Simard, étaient présents sur la scène pour l’annonce de la nouvelle entente.

Rio Tinto et Québec renouvellent leur entente

L’imposition de nouvelles barrières tarifaires et la surproduction mondiale d’aluminium incitent Rio Tinto (RT) à adopter une position défensive en signant, avec le gouvernement du Québec, une nouvelle mouture de l’entente opérationnelle de 2006, ce qui devrait permettre le prolongement des opérations des salles de cuves précuites d’Arvida jusqu’en 2025 et la préparation de certains investissements pour l’usine pilote AP60 et l’Aluminerie Alma.

Mardi, le directeur du Complexe Jonquière, Jean-François Nadeau, a reçu à l’ancien département électrique décoré en salle de spectacles la vice-première ministre et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, et Gervais Jacques, directeur exécutif, Opérations – Atlantique (RT), en compagnie d’Alain Gagnon, du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA) section locale 1937 Unifor, pour annoncer la ratification d’une nouvelle entente intervenue la semaine dernière avec Québec, en présence de plusieurs dizaines d’employés. 

Les grandes lignes de cette entente prévoient la prolongation jusqu’en 2025 des opérations des salles de cuves précuites pour le maintien des 1000 emplois existants, assortie d’un plan d’investissement de 200 M $ destiné à améliorer les performances environnementales des installations.

On y prévoit également le maintien des conditions énergétiques à des taux préférentiels pour l’usine d’électrolyse, et un nouveau système de comptabilisation des surplus et déficits en hydroélectricité, qui éliminera les échanges monétaires entre Hydro-Québec et RT. 

Rio Tinto augmentera sa consommation d’électricité en utilisant les trois bouilloires électriques de l’Usine Vaudreuil, d’un potentiel de 95 mégawatts, éliminant la consommation de gaz naturel. « Dans le contexte de sécheresse actuelle, on est à court en énergie et on achète présentement beaucoup d’énergie », a indiqué M. Jacques au passage.

Investissements

En ce qui a trait aux investissements prévus, RT s’engage à des investissements de 200 M $ pour prolonger l’usine d’électrolyse d’Arvida au-delà de 2020.

La société s’engage à évaluer les options d’investissement pour l’ajout de 16 cuves AP60 de 640 000 ampères, qui ajouteraient 30 000 tonnes de production d’aluminium primaire, a indiqué M. Jacques. L’investissement de 200 M $ figure dans les cartons au même titre que celui de la construction d’un centre de coulées de billettes d’aluminium à l’Aluminerie Alma.

Les chiffres d’investissement contenaient des projets déjà connus, comme c’est le cas pour le prolongement de la vie de l’Usine Vaudreuil au-delà de 2022.

Lors du point de presse qui a suivi, M. Jacques a déclaré que le contexte mondial n’est pas encore à l’ajout d’un volume important de production d’aluminium primaire. « Il nous faut gagner du temps pour faire le grand projet et monter le niveau de technologie des cuves avec un nouvel ampérage, mais en attendant, on sécurise 2000 emplois. »

Interrogé afin de savoir si la nouvelle entente ne constitue pas une façon pour Rio Tinto de sauver les meubles devant le fait que la construction de l’usine pilote AP60, phase 2 et 3, annoncée en grande pompe en 2006, ne s’est toujours pas concrétisée, M. Jacques a monté quelque peu le ton, en convenant que cette partie de l’entente n’a pas été respectée, tout en rappelant qu’elle prévoyait la fermeture complète de Vaudreuil et des salles de cuves précuites, ce qui aurait éliminé des centaines d’emplois. « Nous avons investi 1,3 G $ dans AP60 et 270 M $ dans l’ajout d’une nouvelle turbine pour la centrale Shipshaw. On va bien au-delà de ce qu’on s’était engagé à investir à l’époque. On a de nouveaux meubles. On ne fait pas que sauver les meubles. »

La ministre Anglade a ajouté que la nouvelle entente a pour effet de garantir des emplois à long terme dans le contexte des conditions de marché, qui a changé depuis 2006, tout en s’assurant que les investissements annoncés dans le passé demeurent les mêmes.

L’entente prévoit également le maintien, jusqu’en 2025, des activités du Bureau de développement économique régional et la mise en disponibilité d’un volume d’aluminium pour la réalisation de projets de transformation. Le maintien des activités du Centre de recherche et développement de l’aluminium est inscrit dans l’entente, qui sera rendue publique ultérieurement.

L’annonce d’un nouveau partenariat entre Québec et Rio Tinto a été effectuée en présence de nombreux employés réunis à l’ancien département électrique du Complexe Jonquière.

Une entente bien accueillie

Le président du SNEAA section locale 1937 Unifor, Alain Gagnon, se montre satisfait de l’entente intervenue entre Québec et Rio Tinto concernant le maintien des opérations des salles de cuves précuites et des nouveaux investissements qui seront réalisés.

En entrevue, M. Gagnon rappelle que son organisation déploie tous les efforts nécessaires pour obtenir la concrétisation des phases 2 et 3 de l’usine AP60, des projets mis en dormance en raison du contexte passé de la crise financière de 2008 et du nouveau contexte du marché mondial de l’aluminium. Il croit cependant que la stratégie des petits pas porte ses fruits. La preuve en est, selon lui, que des investissements de 1,2 G$ ont été réalisés pour moderniser ou prolonger la vie utile d’usines de production d’alumine, de centres de coulée, et autres, visant la production d’aluminium primaire à valeur ajoutée. 

Selon lui, depuis 2006, le dossier de l’entente opérationnelle a été un jeu de montagnes russes qui, en 2016, a fait soulever un vent en faveur de la poursuite des activités de production. « Depuis 2008, j’ai tout vécu, mais on est bien supportés par nos membres. Notre jeu est de laisser le monde à l’ouvrage. »

Du côté de Renaud Gagné, directeur québécois du syndicat Unifor, ce dernier estime que dans le contexte de querelle commerciale avec les États-Unis, l’annonce a de quoi rassurer, puisqu’il s’agit d’un signal fort pour l’avenir des installations, des emplois et de cette industrie primordiale pour l’économie régionale et québécoise.

Sylvain Gaudreault

Présent sur place, le député de Jonquière Sylvain Gaudreault s’est dit heureux de l’entente intervenue, car elle positionne la région sur la carte mondiale de la production d’aluminium comme un leader, en attendant la réalisation des phases 2 et 3 d’AP60.

Parmi les zones d’ombre liées à l’entente, M. Gaudreault espère recevoir davantage d’informations concernant les enjeux liés aux échanges énergétiques entre Hydro-Québec et Rio Tinto, pour des motifs de transparence.

À un peu plus de deux mois des élections provinciales, M. Gaudreault n’a pas pu s’empêcher de souligner que l’annonce a été effectuée à un bon moment.

Malgré tout, il a dit espérer que la nouvelle entente prépare le terrain à des investissements encore plus importants, avec l’ajout de 218 cuves AP60 prévues dans les phases 2 et 3 du projet.