Les employés du Groupe Restos Plaisirs, dont ceux de la franchise Cochon Dingue, craignent de devoir rembourser plusieurs centaines de milliers de dollars à Revenu Québec pour des pourboires non déclarés.

Revenu Québec chez Restos Plaisirs: le fisc risque «de tuer des entreprises»

À force de s'acharner sur le secteur de la restauration, Revenu Québec risque «de tuer des entreprises», déplore l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ). Son vice-président aux affaires publiques, François Meunier, invite l'État québécois à changer de cible dans sa lutte contre l'évasion fiscale.
En réaction à l'importante intervention de Revenu Québec au Groupe Restos Plaisirs dévoilée dans Le Soleil la semaine dernière, François Meunier a lancé un avertissement au fisc. «Si on est dans le collimateur et que y a toujours juste nous autres, un moment donné, notre approche qui se veut collaboratrice peut changer», a-t-il lancé.
Revenu Québec a établi que 3,5 millions $ en pourboires n'ont pas été déclarés par 450 employés du Groupe Restos Plaisirs entre 2010 et 2012, et l'État réclame maintenant son dû, soit environ 20 % de la somme.
L'ARQ n'a rien vu d'anormal dans cette nouvelle puisque des cas de la sorte se produisent chaque année, a dit M. Meunier. Mais ce qui a créé «une bonne commotion» dans le milieu de la restauration, c'est le nombre de personnes touchées simultanément. Selon M. Meunier, Revenu Québec a voulu passer un message en s'en prenant à un aussi gros joueur. Restos Plaisirs compte 650 employés en saison et détient neuf restaurants, dont les franchises Cochon Dingue. «Pour un inspecteur, c'est le jackpot.»
Métiers à pourboires
M. Meunier croit toutefois que le gouvernement devrait s'attaquer à d'autres corps de métier dans lesquels le pourboire n'est pas encore réglementé. Il cite les coiffeurs, commis emballeurs, chauffeurs de taxi, etc. «La restauration, c'est bien beau, mais on a fait notre part aussi.»
Les lois fiscales actuelles, obligeant les serveurs à déclarer 100 % de leurs pourboires à leur employeur et de le faire à la fin de chaque période de paie, sont en vigueur depuis 1998. Sur ces montants, les patrons paient leur part de charges sociales. «À l'époque, j'étais à l'ARQ, et on nous avait dit "Maintenant, c'est vous, après ce sera étendu aux autres [secteurs]".» Mais ce n'est pas arrivé, a-t-il déploré.
En 2011, toujours pour lutter contre l'évasion fiscale, Revenu Québec a implanté chez tous les restaurateurs, aux frais des entrepreneurs, le module d'enregistrement des ventes (MEV). Les appareils fournissent des factures codées qui doivent obligatoirement être rendues aux clients après chaque transaction. Les ventes sont entièrement enregistrées, et l'État peut s'assurer de percevoir les taxes qui lui sont dues. «Le MEV, ça a été la même chose qu'en 1998. "C'est vous, après ça viendra pour les autres." [...] Si on veut nous faire supporter tous les problèmes de la terre, on n'y arrivera pas. Ils [Revenu Québec] vont tuer des entreprises. Il faudrait qu'on équilibre les interventions» avec les autres secteurs, a réclamé M. Meunier.