Le président et chef de la direction du géant mondial des pâtes et papiers, Richard Garneau

Résultats financiers de Résolu: Garneau prudent

Résolu a publié jeudi matin les résultats financiers du troisième trimestre. Les chiffres confirment une amélioration de plusieurs marchés malgré la présence de nuages noirs qui s’accumulent en raison du vent de protectionnisme qui souffle de plus en plus fort aux États-Unis avec le slogan « l’Amérique d’abord » du président Donald Trump.

Le président et chef de la direction du géant mondial des pâtes et papiers, Richard Garneau, était malgré tout satisfait des résultats obtenus pendant ce trimestre qui note une amélioration par rapport au même trimestre l’an dernier. La papetière a donc réalisé un bénéfice net de 24 M $ comparativement à un bénéfice de 14 M $ l’an dernier.

« Le prix moyen est de 423 $ US en ce moment. Les feux de forêt en Colombie-Britannique ont diminué les exportations canadiennes puisqu’il s’agit d’un gros producteur et les prix ont été maintenus », a déclaré Richard Garneau au cours d’une entrevue qu’il accordait au Quotidien après la publication des résultats trimestriels.

Il enchaîne en rappelant que l’entreprise constate une certaine nervosité chez les grands clients américains de bois d’oeuvre. Ils ont des craintes pour la stabilité des livraisons en raison de la querelle commerciale qui perdure entre le Canada et les États-Unis sur les droits compensatoires et antidumping imposés par le Département américain du commerce qui prétend toujours que le bois canadien est subventionné

« On ne sait pas encore comment toute cette affaire va se terminer avec en plus la négociation de l’ALÉNA. Quant aux projets d’investissements dans nos usines régionales, on doit toujours composer avec un montant de 80 M $ canadien qui est déposé au Département américain du commerce pour la surtaxe sur le bois surcalandré. Ce sont des liquidités dont nous ne disposons pas en ce moment et qui nous obligent à faire des choix dans nos projets », précise Richard Garneau.

Autre plainte

Un autre nuage s’est formé il y a à peine un mois alors qu’un producteur américain de papier journal a déposé une plainte contre les producteurs canadiens dans ce grade de papier. Richard Garneau préfère ne pas penser à cette affaire qui pourrait obliger l’entreprise à verser une surtaxe pour tous les produits de papier journal livrés de l’autre côté de la frontière.

« En ce moment, les usines de Dolbeau et Kénogami sont frappées de la surtaxe sur le papier surcalandré. Si jamais la nouvelle plainte est accueillie, ce sont toutes nos usines régionales et canadiennes qui risquent de se faire imposer une surtaxe sur les ventes américaines. On parle dans ce cas d’un montant de 40 M $ US par année qu’il faudrait déposer au commerce américain qui découlerait de la surtaxe visée de 10 % », ajoute le patron de Résolu.

Investissements à Saint-Félicien

Les problèmes entre les deux pays n’empêcheront pas Résolu d’aller de l’avant pour une cure de rajeunissement de l’usine de pâte kraft de Saint-Félicien. Selon Richard Garneau, des indications ont été données voulant qu’une modernisation de l’ordre de plus ou moins 50 M $ sera réalisé dans cette usine. La production de pâte kraft augmentera de 26 000 tonnes métriques par année après ces travaux.

Le président de Résolu est tout de même demeuré prudent sur les échéanciers et le début des travaux pour l’usine de pâte kraft. La capacité de l’usine passera de 340 000 tonnes métriques à 368 000 tonnes métriques.

« Ce projet va être accueilli très favorablement puisque nous avons besoin de transformer les copeaux de nos scieries. L’augmentation de la capacité de transformation de Saint-Félicien va permettre aux scieries régionales de livrer 60 000 tonnes métriques de copeaux de plus. »

Le marché de la pâte kraft est particulièrement intéressant. Il permet d’expédier sous forme de ballots de feuilles de pâtes de la fibre d’épinette noire qui est considérée comme la meilleure au monde pour la production des différents grades de papier, incluant les papiers pour l’hygiène.

En plus du protectionnisme américain, Richard Garneau soulève les campagnes menées par les groupes environnementaux contre Résolu avec en trame de fonds le dossier du caribou forestier.


On ne sait pas encore comment toute cette affaire va se terminer avec en plus la négociation de l’ALÉNA. Quant aux projets d’investissements dans nos usines régionales, on doit toujours composer avec un montant de 80 M $ canadien qui est déposé au Département américain du commerce pour la surtaxe sur le bois surcalandré. Ce sont des liquidités dont nous ne disposons pas en ce moment et qui nous obligent à faire des choix dans nos projets.
Richard Garneau

Droits de 21%

Le porte-parole de Résolu, Karl Blackburn, affirme que la décision du Département du commerce américain qui a fixé des taux définitifs pour la taxe antidumping et les droits compensatoires qui totalisent 21 % pour Résolu obligera l’entreprise à verser 100 M $ US d’ici la fin 2018. Selon lui, la demande sur le marché américain se maintient et les prix sont élevés en raison des feux en Colombie-Britannique et des désastres naturels aux États-Unis. Les impacts négatifs pour l’industrie québécoise sont donc limités pour le moment.

« La situation risque d’être différente lorsque la demande va diminuer ainsi que les prix. Nous sommes dans une bonne situation de marché qui limite les effets de cette décision. On ne sait quand même pas où va nous mener cette montée du protectionnisme américain. Le pire, c’est que ce sont les consommateurs américains qui sont pénalisés par ces décisions alors que des milliers d’emplois dans l’industrie de la construction sont en jeu au sud de la frontière. »