Le Jaja du Complexe Jules-Dallaire, à Sainte-Foy, et celui de Lebourgneuf ferment leurs portes. 
Le Jaja du Complexe Jules-Dallaire, à Sainte-Foy, et celui de Lebourgneuf ferment leurs portes. 

Restos Plaisirs ferme deux de ses trois Jaja

La pandémie a fait ses premières victimes dans le domaine de la restauration. Le groupe Restos Plaisirs a annoncé qu’il fermait deux de ses établissements, soit le Jaja de Lebourgneuf et le Jaja du Complexe Jules-Dallaire, deux restaurants qui ne rencontraient pas les attentes de rentabilité avant la pandémie.

C’est dans le but de faire face à une reprise qui s’annonce difficile que le Groupe Restos Plaisirs a mis en place un plan d’affaires ajusté qui lui permettra de passer à travers des 24 prochains mois. 

«On a eu à prendre des décisions difficiles», a expliqué M. Pierre Moreau, pdg du Groupe Restos Plaisirs. «Mais dès le moment où nous avons été obligés de fermer, nous avons pensé à la réouverture, nous avons commencé à regarder ce qui se passait ailleurs dans le monde et on a commencé à se poser des questions sur le genre d’achalandage que nous avions.

On avait des restaurants qui avaient une rentabilité moyenne ou nulle que l’on compensait par d’autres établissements qui étaient extrêmement rentables. Mais on ne sait même pas si allait être capable de faire nos frais dans ceux-ci. 


« Il n’y aura pas de tourisme international et intra-Québec, pendant les 10-12 prochains mois, ce qui est une source importante de revenus pour la ville. »
Pierre Moreau, pdg du Groupe Restos Plaisirs

«J’opère des restaurants populaires accessibles à tout le monde. Une grande partie de mes revenus la semaine viennent des repas d’affaires le midi et des déjeuners d’affaires le matin. Les gens sont encore en confinement et seront en télétravail jusqu’au mois de septembre minimum. Et il y a certaines grosses compagnies qui ont déjà averti leurs gens qu’ils le seraient jusqu’en janvier. J’ai 58 ans, ça fait longtemps que je suis dans la business et je suis capable de calculer. On savait que l’achalandage dans nos restos allait être réduit. Fermer nos deux restos fut une grosse question basée sur la logique et où il a fallu enlever toute émotion. Parce que pour un restaurateur, fermer un restaurant, c’est pire qu’une peine d’amour.»

En plus de fermer deux établissements, le Groupe Restos Plaisirs a annoncé que ses établissements auront dorénavant des heures d’ouvertures réduites. Accessibles dès le 18 juin, les cinq Cochon Dingue, le Paris Grill, le Café du Monde, Le Lapin Sauté et Madame Chose ne seront cependant pas ouverts les lundis et mardis et ils fermeront à 15h le dimanche. Afin d’accueillir le plus grand nombre de clients possible tout en respectant les règles de distanciation, les terrasses de ces établissements seront agrandies partout où il sera possible de le faire. Le Jaja du Concorde reprendra ses activités sous forme réduite dès samedi et offrira ses repas prêts à emporter. La terrasse sera accessible lundi. Finalement le Ciel ouvrira en juillet à une date à déterminer et le service de restauration situé au Pavillon Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec (MNABQ) ouvrira le 23 juin et il offrira des boîtes à lunch gourmandes et des repas sur le pouce.

De son côté, le projet d’ouverture d’un Cochon Dingue sur la rue Saint-Jean a été retardé d’un an. Le chantier a été fermé et il sera rouvert en janvier 2021 ce qui permettra l’ouverture d’un nouveau Cochon Dingue à l’été 2021. Le Groupe Restos Plaisirs avait aussi le projet de prendre l’ensemble de la restauration au MNBAQ. Il a renégocié son entente pour n’ouvrir pour le moment qu’un restaurant avec un service réduit. «Graduellement on va adapter l’offre en fonction de l’achalandage et des besoins de la clientèle.»

Emplois perdus

Employant autour de 950 personnes avant le début de la pandémie, le Groupe Restos Plaisirs ne pourra évidemment pas rappeler tous ses employés à compter de la réouverture de ses établissements. 

«On n’a pas terminé nos listes de rappels. Si je ferme deux restaurants et que j’opère les autres à capacité réduite avec des heures réduites, j’estime que je ne pourrai rappeler qu’entre 35 % et 50 % de mes employés. C’est donc au moins 300-400 emplois que je ne serai pas capable de combler lors des prochains mois. On pense que les choses vont revenir graduellement à la normale au courant des 18 à 24 prochains mois, soit quand l’on aura trouvé un vaccin contre la COVID et qu’il y aura des médicaments pour soigner le virus. Mais ça va prendre du temps.»


« Pour un restaurateur, fermer un restaurant, c’est pire qu’une peine d’amour. »
Pierre Moreau, pdg du Groupe Restos Plaisirs

M. Moreau a toutefois indiqué qu’il serait prêt à faire face à la demande si l’achalandage dans ses établissements le justifiait. «On va s’ajuster très rapidement et on va être très très flexibles. Si on a une vague de chaleur au mois de juillet, que les gens vont se promener dans le quartier Petit Champlain et qu’ils veulent manger dans les restaurants jusqu’à 23h, bien je ne fermerai pas à 20h. Je vais rester ouvert jusqu’à 23h. Et si le dimanche après-midi il fait beau et que je vois qu’il y a des clients, je ne fermerai pas à 15h non plus.

«Pour l’instant, j’aime mieux donner des paramètres à mes clients et leur donner l’heure juste pour ne pas les décevoir. C’est plus facile d’élargir mes heures d’ouverture quand ça va mieux que de recommencer avec les heures d’ouverture que j’avais avant puis de commencer à couper à gauche à droite ce qui aurait pour effet de mélanger complètement mes clients. On pense beaucoup à eux dans tout ça.»

Même s’il n’a pas l’intention de se battre contre les règles avec lesquelles il devra composer dans ses restaurants lors de leur ouverture, M. Moreau pense que le gouvernement devrait rapidement ajuster ses règles au niveau de la distanciation avec celles qui sont en vigueur en Europe, notamment en France, et qui sont d’un mètre.

«L’autre règle qu’il va falloir clarifier et qui nous préoccupe énormément, c’est le port des équipements de protection personnels. Que nos cuisiniers doivent porter un masque, je comprends ça. Des lunettes protectrices aussi. Mais on voudrait que la visière du front au menton soit suffisante pour les serveurs. La CNESST nous dit qu’ils devront en plus porter un masque. Mais si on veut que l’expression faciale d’une serveuse ou d’un serveur fasse partie de l’expérience offerte au client lors de l’accueil et du service, avec un masque et des lunettes, ça ne sera pas possible.

«J’ai décidé que je ne montais pas aux barricades. Je vais réouvrir les restaurants, on va accueillir les clients et on va s’adapter graduellement. Mais j’ai confiance que le gouvernement et la Santé publique vont ajuster leurs choses et fur et à mesure que la situation va se replacer.»