Un des effets positifs de l'élection de Donald Trump a été la hausse des bourses américaines, dont les indices ont atteints leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière de 2008.

Reprise incertaine aux États-Unis

Le président américain Donald Trump, qui a rencontré vendredi ses partenaires du G20 en Allemagne, se targue de pouvoir faire caracoler l'économie des États-Unis, mais le solide optimisme qui a suivi son élection commence à s'émousser en l'absence de réalisations concrètes.
L'économie américaine, en expansion depuis huit ans, poursuit une reprise modeste, comme elle l'a fait pendant la dernière année de l'administration Obama.
En campagne électorale, M. Trump avait assuré pouvoir faire accélérer la croissance à 4 %, un objectif rapidement revu à la baisse par ses conseillers qui évoquent désormais une cible de 3 % d'expansion. La croissance américaine a atteint 2,1 % l'année dernière, mais seulement 1,4 % au 1er trimestre.
Le président républicain a aussi promis une vaste refonte des impôts, une réforme de l'assurance santé, des dépenses massives d'infrastructures et un dépoussiérage ambitieux des règlementations.
Ces promesses ont dopé le marché boursier et la confiance des consommateurs comme celle des chefs d'entreprises a grimpé à des niveaux jamais vus depuis la crise financière de 2008.
Depuis l'élection présidentielle, l'indice Dow Jones a gagné 17,2 %, l'indice élargi S&P 500 est en hausse de 13,7 % et le Nasdaq à dominante technologique a avancé de 18,4 %.
Les actions bancaires notamment ont été favorisées par les attentes d'un assouplissement des garde-fous financiers mis en place après la crise.
M. Trump est apparu tirer profit de ces développements positifs. «Le marché boursier n'a jamais été aussi haut, le chômage n'a jamais été aussi bas depuis des années (les salaires vont augmenter) et notre base n'a jamais été aussi solide», a-t-il affirmé dimanche sur son compte Twitter.
Peu de résultats
Mais, selon des économistes interrogés, depuis son arrivée à la Maison-Blanche il y a presque six mois, le président américain n'a que peu de résultats à son actif : le plan d'investissements dans les infrastructures et la réforme des impôts n'ont pas dépassé l'état de brouillon tandis que la réforme de l'assurance santé, qui prévoit des coupes dans l'assurance pour les plus pauvres (Medicaid), est bloquée pour l'instant au Congrès.
Le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé récemment ses prévisions de croissance pour les États-Unis en l'absence de tout détail sur les propositions de relance économique qui lui avaient fait jusqu'ici anticiper une accélération de l'expansion de la première économie mondiale.
Vu «l'incertitude sur les mesures macro-économiques qui seront mises en place dans les prochains mois», le Fonds a révisé sa prévision de croissance pour cette année et 2018 à 2,1 % contre 2,3 % et 2,5 % respectivement.
«Même avec les conditions idéales d'une politique de relance, la croissance potentielle sera probablement plus faible que ce que le projet de budget envisage et prendra plus de temps à se matérialiser», a estimé le FMI alors que l'administration Trump promet à partir de 2019 une croissance durable de 3 %.
Le Bureau du budget du Congrès (CBO) a lui aussi rabaissé sa projection à 2,1 % pour cette année.
Certes, le taux de chômage est à un plus bas depuis 16 ans à 4,3 %, mais cette bonne nouvelle présente l'inconvénient de brider toute accélération de la croissance à moins d'enflammer également l'inflation. Ou de recourir à l'immigration pour gonfler la manne de main d'oeuvre, ce qui n'est pas dans les projets de l'administration Trump.
Les entreprises commencent à avoir du mal à pourvoir des postes qualifiés.
Malgré ce quasi-plein emploi, les salaires n'ont guère augmenté.
Selon Joseph Gagnon, du Peterson Institute for International Economics (PIEE), l'état de l'économie reflète encore l'héritage «de la reprise sous Obama».
«Rien de substantiel n'a vraiment changé, les marchés s'étant focalisés sur ce qui pourrait changer», a ajouté cet économiste.
Lors du dernier Comité monétaire de la Réserve fédérale mi-juin, les membres de la banque centrale ont aussi relevé que l'optimisme des entrepreneurs américains s'était un peu atténué du fait des incertitudes autour des plans de relance de Donald Trump.
Timothy Fiore, responsable de l'indicateur ISM sur l'activité manufacturière, a estimé pour sa part cette semaine que cette incertitude et les piques répétées que l'administration Trump inflige aux échanges commerciaux internationaux pèsent sur les perspectives.
«Ces incertitudes ne favorisent pas les affaires», a estimé M. Fiore.
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Hausse des créations d'emplois et... du taux de chômage
Les créations d'emplois ont bondi en juin aux États-Unis, dépassant les attentes des analystes, même si le taux de chômage a un peu remonté, selon les chiffres publiés par le département du Travail, vendredi.
L'économie américaine a créé 222 000 emplois le mois dernier, alors que les analystes s'attendaient à 173 000 nouvelles embauches.
Le taux de chômage, qui en mai avait atteint son plus bas niveau en 16 ans, a remonté d'un dixième de point à 4,4 %, à la faveur de nouveaux entrants sur le marché du travail. Les analystes prévoyaient qu'il reste à 4,3 %.
Le ministère a en outre révisé en hausse de 14 000 le chiffre des créations d'emplois de mai, qui s'établit à 152 000.
Le dynamisme des nouvelles embauches, près de six mois après l'élection de Donald Trump, devrait lever les doutes sur la santé de la reprise après des indicateurs mitigés ces dernières semaines.
Mais ces bons chiffres reflètent aussi l'état du marché du travail au début de l'été, période où de nombreux étudiants trouvent un emploi pour les vacances.
Malgré ces fortes créations de postes, le taux de chômage, qui fait l'objet d'une enquête statistique séparée, a remonté du fait d'une nouvelle arrivée de quelque 360 000 personnes à la recherche d'un emploi.
Le taux de participation à l'emploi a ainsi augmenté d'un dixième de point à 62,8 %, ce qui est une bonne nouvelle pour l'économie et un signe de confiance dans la possibilité de trouver un emploi.
Moins bonne nouvelle en revanche, l'augmentation des rémunérations reste faible, le salaire horaire moyen n'augmentant que de 4 cents, à 26,25 $. Cela représente à peine 0,2 % sur le mois et 2,5 % sur l'année, guère au-dessus de l'inflation (1,9 % sur un an, selon l'indice CPI).