À près de 82 ans, Yolande Dubois a l'énergie pour relancer son entreprise, qui emploiera entre 20 et 30 personnes cette année.

Reprendre les affaires...à 81 ans!

À l'aube de ses 82 ans, Yolande Dubois, propriétaire du centre de thalassothérapie Aqua-Mer, relance les activités de son entreprise, après un arrêt de deux ans attribuable à la maladie et au décès de son conjoint et associé, Jules Corriveau.
Fondé en 1985 à Carleton, en Gaspésie, Aqua-Mer a été le premier centre de cures marines du Québec. Un accident vasculaire-cérébral subi par M. Corriveau en juin 2014 a incité Madame Dubois à suspendre les activités de thalassothérapie en 2015, laissant les 30  chambres ouvertes sous forme de gîte. Son conjoint est décédé en décembre 2015 et elle a consacré 2016 aux tâches de succession, et pour se remettre d'une lourde perte.
«J'ai mis le doigt sur pause l'an passé, mais maintenant, j'ai l'énergie pour le faire. Je suis heureuse de revenir. Quand j'entre dans la maison, je me sens chez moi. Je reçois des courriels d'anciens clients qui prennent des nouvelles, qui nous remercient et qui demandent quand ils pourront avoir des soins», explique avec enthousiasme Yolande Dubois.
La «maison» dont elle parle, c'est le bâtiment central du complexe de thalassothérapie. Pour les «vieux» de Carleton, c'est l'ancien établissement hôtelier Tante Jeanne. Dans les ailes ceinturant en partie cette grande maison se trouvent les chambres.
Au fil des ans, Aqua-Mer a reçu des milliers de curistes, six mois par an, de juin à octobre inclusivement. Des personnalités du monde culturel et des affaires ont notamment fréquenté l'établissement.
Discrétion oblige, Yolande Dubois hésite à donner des noms de clients célèbres encore vivants, mais elle illustre l'appréciation ressentie chez des curistes aujourd'hui décédés, comme Janine Sutto et Pierre Péladeau.
«Janine Sutto venait ici apprendre ses rôles. Elle allait suivre les traitements, mais elle se gardait des heures pour apprendre ses textes», dit Mme Dubois.
«Je me souviens qu'une année, Pierre Péladeau était venu à la fin d'octobre et il faisait très chaud. Il était assis dehors, sur une chaise longue, mais il se tenait droit. Il faisait des X sur une grande enveloppe. Je le regardais. Il n'écrivait pas. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait avec ses X, il m'a répondu : ''J'ai eu le temps de prendre des notes. Lundi matin [à son retour au travail], il y'en a qui vont prendre une «clisse» de débarque!'' Il disait «clisse» au lieu de sacrer», ajoute-t-elle.
«Une année, il n'y avait plus d'hébergement ici et il avait pris une chambre au Belle plage, à une bonne distance. Il venait à pied tous les matins, et il arrêtait partout pour jaser. Il arrêtait même les gens sur la rue. Il arrivait en retard à ses traitements. Dans la salle à manger, il prenait le pichet d'eau des fois et remplissait les verres de tout le monde. Un soir, il était allé dans la cuisine essuyer la vaisselle, de bonne humeur, pour aider l'équipe», note Mme Dubois, avec un regard entendu que la présence féminine y avait contribué à raviver l'intérêt de l'homme d'affaires pour la plonge.
Passer le flambeau
Revenir aux cures marines après deux ans d'arrêt signifie former du personnel pour remplacer celles et ceux qui ne reviennent pas. Yolande Dubois et son équipe débutent une formation de 100  heures le 18 avril, suivie par 100 autres heures de stages en milieu de travail.
«Il y aura une préouverture, avec les anciennes employés. Les employés doivent bénéficier des traitements afin de pouvoir en parler aux curistes en connaissance de cause», souligne Mme Dubois.
Ces traitements débutent avec une session où les curistes se laissent flotter dans l'eau salée chaude, avant de passer à l'enveloppement d'algues, au bain hydromasseur, au massage, aux périodes de détent-e à la presso-thérapie.
Foi de Yolande Dubois, l'eau de mer, pompée en continu au large de Carleton, possède les propriétés pour remettre à neuf à peu près tout le monde. «L'eau est chargée d'ions négatifs, et les ions, c'est de l'énergie».
Elle souhaite continuer dans son entreprise «tant que je pourrai être là, mais il faut que je passe le flambeau. J'aimerais que l'entreprise continue en thalassothérapie», dit-elle.
Yolande Dubois souhaite aussi que la situation des transports ferroviaire et aérien, fortement déficients dans la Baie-des-Chaleurs, se règle. «Tous les acheteurs potentiels posent des questions sur la desserte aérienne et sur le service ferroviaire. Il faut que ça avance. J'ai vu le nombre de clients diminuer lors des dernières années à cause de cette situation», dit-elle.