À gauche, Karine Roussy, directrice générale de GIT et, à droite, Edwige Fromageot, immigrante française en recherche d’emploi.

Rencontres à bord du bus de l'emploi

Sur les routes de la capitale, un autobus jaune. À bord, une vingtaine de chercheurs d’emploi aux profils divers. Ils sont quelques-uns à avoir répondu à l’appel de GIT services-conseils pour prendre part à une tournée de cinq entreprises. Des entreprises frappées de plein fouet par la criante pénurie de main-d’œuvre. Ces chercheurs sont accueillis à bras ouverts là où ils débarquent. On les courtise… Ils remettent lettres et curriculum vitae. Bienvenue à bord du bus de l’emploi.

Edwige Fromageot a remis son mémoire de maîtrise il y a quelque temps. À ce jour diplômée de l’ENAP en administration publique, il y a maintenant près d’une vingtaine d’années qui s’est écoulée depuis l’obtention de son baccalauréat. Française d’origine, ayant vécu 15 ans en Belgique, la femme de 45 ans est arrivée au Québec en 2012, sans emploi. 

«Quand je cherchais du travail en arrivant, souvent on préférait des candidatures qui connaissaient mieux le milieu québécois, donc c’est ça qui m’avait décidé à faire ma maîtrise. Mais avec les expériences que j’ai eues, je me suis rendu compte que c’est la même façon de travailler», témoigne-t-elle, à bord du bus. 

Ce bus de l’emploi nous mènera aux bureaux de GIT, un organisme spécialisé dans l’employabilité, vers Paranet, puis Corem, Globatech, Prestige Metal et Centre de Ventilation NCV. À chacun de ces arrêts, un cadre accueille les chercheurs d’emplois, puis «vend» l’entreprise et explique les possibilités d’embauche. Intéressé? Remettez votre CV sans attendre. 

À bord de l’autobus, Mme Fromageot raconte son arrivée au Québec.

 «Le premier défi, c’est que pour vivre, en arrivant, on prend le premier poste qui passe. Ça prend quand même une période d’adaptation», explique celle qui dirigeait une maison d’édition belge au moment de venir s’installer en sol québécois. 

«J’ai fait un trois semaines de recherche d’emploi pour les immigrants au SOIT (un organisme d’aide à l’emploi pour les immigrants), où ils nous suggèrent de contacter les entreprises qui pourraient nous intéresser», poursuit-elle. «J’ai trouvé en sortant. C’était super.» L’Organisation des villes du patrimoine mondial lui avait offert un contrat de travail. 

Puis, Mme Fromageot accepte une offre de la Ville de Victoriaville. «Les gens sont vraiment adorables, compétents, axés sur le professionnel. À Victoriaville, j’ai organisé des groupes focus avec des citoyens de la ville et j’ai été vraiment frappée par la qualité des gens, leur ouverture et leur façon de présenter leurs idées très posée et judicieuse.»

«Nos gens sont scolarisés, beaucoup sont des universitaires. Ils sont formés sur le marché du travail, ils sont prêts à travailler maintenant», avance Karine Roussy, la directrice générale de GIT. 

Un esprit d’ouverture

Lorsque Le Soleil s’est entretenu avec elle, Mme Fromageot avait choisi de ne pas donner son curriculum vitae aux deux premières entreprises prévues à l’horaire. 

«Je suis venue dans un esprit d’ouverture. Je cherche un poste de coordonnatrice ou de gestion de projet, et j’ai vu que ce n’était pas ça nécessairement qu’ils offraient [dans certaines entreprises visitées], mais ça m’a vraiment ouvert des pistes.»

«L’idée c’est vraiment de permettre aux gens de découvrir les entreprises, d’aller plus loin. Des fois, le chercheur d’emploi reste dans son créneau fermé, mais on va ouvrir ses horizons», suggère Mme Roussy.

Tout comme Edwige Fromageot, Alice Savadogo avait apporté cinq curriculums vitae. Elle les aura tous laissés au final. 

«Ce que j’ai aimé aujourd’hui, dans toutes les entreprises qu’on a visitées, c’est l’accueil qui est très sympa. C’est très important parce que ça veut dire que le marché caché, contrairement à ce qu’on pense, c’est quand même accessible.»

«Ce que les entreprises font en ce moment lorsqu’elles ont besoin d’un nouvel employé c’est qu’elles utilisent les méthodes standards de recrutement. Elles font un affichage, attendent de recevoir quelques CV… Si elles ont eu trois CV, là elles commencent à réagir, mais il est trop tard, les gens sont déjà partis ailleurs!» avise Mme Roussy.

La situation de plein-emploi telle qu’on la connaît force les entreprises à revoir leurs méthodes de recrutement, juge la directrice générale de GIT. «Les entreprises n’ont pas le choix de s’ouvrir. Il y en a qui ne sont encore pas assez dans le trouble. Nous, nous leur disons de ne pas attendre d’être dans de beaux draps avant de commencer à changer leurs pratiques et à montrer de l’ouverture.»

Si Edwige Fromageot a confiance de se dénicher un boulot à son goût au terme du processus, d’autres pourront monter à bord du bus de l’emploi qui reprendra la route dès la semaine prochaine. Le 28 février, GIT organise une tournée d’entreprises dans le secteur de Beauport. L’activité est ouverte à tous. Pour vous inscrire, visitez le site de GIT

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QUATRE ENTREPRISES, UNE RÉALITÉ

Quatre des cinq entreprises visitées dans le cadre de la tournée du bus de l’emploi ont ouvert leurs portes au Soleil. Quatre entreprises, une réalité partagée : celle où la main-d’œuvre est rarissime. Incursion. 

Paranet

La tournée débute chez la buanderie commerciale spécialisée dans le secteur de l’hôtellerie Paranet. Après une visite de l’usine, le propriétaire de l’entreprise familiale, Dominic Parent, confie devoir faire face au problème d’embauche depuis une dizaine d’années. Les agences de recrutement lui «coupent l’herbe sous le pied», en recommandant les meilleurs employés à un prix élevé. 

«C’est un frein à la croissance, c’est certain. Mais si on regarde le côté positif, ça pousse les entreprises à se développer et à s’automatiser», explique M. Paquet. 

Aux chercheurs d’emploi, le responsable des ressources humaines Patrick Sirois avance que Paranet cherche presque en continu des préposés à la buanderie. «Il y a plusieurs immigrants qui travaillent ici. Qu’ils parlent français, anglais ou une autre langue, ça n’a pas d’importance. On cherche du monde travaillant et ponctuel», souligne-t-il. 

Globatech

«Bienvenue chez Globatech!», lance une employée. C’est ainsi que chacun des chercheurs d’emploi est accueilli chez l’entreprise située dans le parc industriel Jean-Talon. Geneviève Shooner, conseillère en ressources humaines, n’y va pas par quatre chemins : le recrutement est pénible. «Quand un chercheur d’emploi voit une offre de Biscuits Leclerc, par exemple, sur Jobillico, il ne va pas nécessairement cliquer sur l’offre de Globatech juste à côté, parce qu’il ne sait probablement pas ce qu’on fait», précise-t-elle. Puisque les clients de l’entreprise n’opèrent que dans les secteurs commercial et industriel, peu de gens connaissent la compagnie, qui fait son pain et son beurre dans la gestion de bâtiments. «On a embauché une personne qui ne s’occupe que du recrutement», ajoute-t-elle, tellement le besoin est criant. «Le défi est vraiment de se faire connaître. On n’a pas le choix de s’adapter» aux nouvelles façons de recruter de la main-d’œuvre, termine Mme Shooner.

Prestige Metal

Le président de la compagnie, André Gagné, manque de temps pour embaucher de nouveaux talents. Son entreprise, qui vend notamment des barreaux d’escaliers, est en croissance et plusieurs postes sont à combler, si bien qu’il a besoin des services d’un directeur des ventes et de plusieurs employés en usine. Prestige Metal espère percer de nouveaux marchés, notamment aux États-Unis et en Ontario. Or, recruter du nouveau personnel s’avère de plus en plus ardu, entre autres parce que les talents ne magasinent plus les offres d’emploi là où ils le faisaient autrefois. «On a plusieurs projets sur la table, mais on peine à les mettre de l’avant faute de ressources», concède-t-il. 

Centre de Ventilation NCV

Bien qu’aucun poste ne soit ouvert présentement chez Ventilation NCV, Marie-Claude Côté garantit une entrevue à chaque personne qui se présente et qui désire travailler pour la compagnie. La petite équipe, spécialisée dans le nettoyage des systèmes de ventilation, a développé toutes sortes de méthodes pour s’assurer de garder leurs employés. Formations en milieu de travail, soins médicaux assurés par la compagnie, chèques cadeaux pour l’épicerie… Tout est fait pour ne pas perdre de précieux talents. «Nous, si on perd quelqu’un, on est dans le pétrin», avance Mme Côté.