Selon l'étude, plus les femmes sont scolarisées, moins elles sont susceptibles d'avoir un grand écart salarial avec les hommes.

Rémunération: les femmes continuent de tirer la patte

Près de trois dollars de moins en moyenne l'heure. Voilà combien de sous une femme gagnait de moins qu'un homme au Québec en 2013.
À la veille de la Journée internationale des femmes, Luc Cloutier-Villeneuve, analyste en statistique du travail à l'Institut de la statistique du Québec, a dévoilé, jeudi, une série de données portant sur l'état de la rémunération des femmes et sur son évolution au cours des 15 dernières années.
À partir de chiffres retracés dans l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, l'auteur révèle que la rémunération horaire de femmes en 2013 était de 21,04 $ comparativement à 23,95 $ pour les hommes.
En 1997, les femmes gagnaient l'équivalent de 84,2 % de la rémunération horaire des hommes. En 2013, ce pourcentage grimpait à 87,8 %.
«Depuis le début des années 2000, la croissance annuelle moyenne du taux horaire des femmes a été supérieure à celle des hommes à l'exception de 2013 alors que la progression n'a été que 0,5 % comparativement à un peu plus de 2 % pour les hommes», a constaté le chercheur.
La croissance relativement soutenue de l'emploi, la hausse du taux de scolarisation des femmes et l'entrée en vigueur des politiques sociales en matière d'équité salariale, d'équité en emploi et de services de garde ont contribué à cet état de fait. N'empêche que la rémunération des femmes continue de tirer la patte. Peu importe, le niveau de compétence, l'écart persiste entre les deux sexes.
En 2013, une gestionnaire (33,13 $) touchait 4,24 $ l'heure de moins qu'un collègue masculin. Une professionnelle (30,37 $) devait se contenter d'une rémunération moindre de 3,79 $ l'heure. Et une technicienne (20,50 $) empochait 3,65 $ de moins qu'un collègue possédant le même niveau de compétence.
En dépit du retard qui perdure, Luc Cloutier-Villeneuve rapporte que le salaire des femmes gestionnaires avait augmenté de 85 % depuis 1997 alors que celui des hommes gestionnaires n'avait progressé que de 66 %. Elles ont enregistré un gain horaire moyen de 15 $.
«Manifestement, les femmes moins scolarisées s'en tirent moins bien que celles qui ont un diplôme universitaire, note le chercheur. Plus les femmes sont scolarisées, moins elles sont susceptibles d'avoir un grand écart salarial avec les hommes.»
En effet, l'écart de rémunération horaire entre un homme et une femme possédant tous deux un diplôme universitaire est de 12,2 %, ou 3,44 $. Cet écart passe à 31,4 %, ou 4,34 $, dans le cas d'un homme et d'une femme détenant un diplôme d'études secondaires. Le chercheur s'est également attardé à la rémunération des femmes selon leur situation familiale.
Une femme de 25-34 ans qui n'a pas d'enfant montre un écart salarial de 1,73 $. Cette différence passe à 2,42 $ lorsqu'elles ont un enfant de moins de six ans. Dans le cas d'une travailleuse de 35-44 ans sans enfant, l'écart salarial est de l'ordre de 1,14 $. Il bondit à 3,31 $ dans le cas d'une mère d'un enfant âgé entre 6 et 12 ans. «Ça passe du simple au triple pour les femmes de 35 à 44 ans qui ont des enfants.»
Femmes plus scolarisées
L'auteur estime que les femmes, qui sont de plus en plus scolarisées, vont tirer leur épingle du jeu dans le grand chambardement qui surviendra dans le monde du travail dans la foulée des nombreux départs à la retraite. Trois travailleurs sur dix actuellement en emploi vont lever les pattes d'ici 2021. Elles seront aux premières loges pour occuper les emplois à qualification élevée qui vont se libérer.
«Toutefois, les contraintes familiales plus fortes chez les femmes, leur concentration dans des emplois typiquement féminins moins bien payés et leur propension à être plus surqualifiée pourraient limiter leur ascension et, par conséquent, la réduction des écarts avec les hommes sur le plan salarial.»