Svetlana Solomykina accompagne régulièrement les dirigeants politiques et des chefs d'entreprise d'ici lors de missions commerciales en Russie.

Relations d'affaires en Russie: encore des traces de l'Union soviétique

Chaque fois qu'un entrepreneur lui demande conseil sur la façon de réussir en affaires en Russie, Svetlana Solomykina lui rappelle que son pays d'origine ne s'est pas encore totalement détaché de l'ex-Union soviétique.
«Certaines valeurs et coutumes traditionnelles ont survécu au communisme. Oui, les entreprises russes sont plus hiérarchisées et plus bureaucratiques. Oui, les procédures décisionnelles sont plus longues. Ces mentalités qui ont dominé la Russie pendant des décennies ne se sont pas volatilisées d'un coup de baguette magique avec l'effondrement de l'URSS.»
La spécialiste en matière de gouvernance de sociétés et de services-conseils stratégiques Svetlana Solomykina est familière avec la culture d'affaires russe. Détentrice d'un baccalauréat en sciences de l'Université d'État Mendeleïev en Russie, d'une maîtrise en sciences de l'Université Paris-Sud et d'un doctorat en philosophie de l'Université Laval, elle accompagne régulièrement les dirigeants politiques et des chefs d'entreprise d'ici lors de missions commerciales en Russie.
Pour qu'une percée économique soit réussie là-bas, il est essentiel, selon elle, que les gens d'affaires comprennent, évidemment, les lois qui régissent le commerce et les procédures pour l'obtention de tel ou tel permis, mais aussi la mouvance russe tant sur le plan économique, politique que culturel. Il ne s'agit pas simplement, selon Svetlana Solomykina, d'être accompagné d'un interprète qui traduira bêtement les échanges entre les éventuels partenaires d'affaires. «Influent et possédant un sens politique aiguisé, l'accompagnateur saura vous suggérer à quel moment passer tel ou tel message ou encore identifier les risques et bien les gérer.»
Les entrepreneurs doivent aussi comprendre que la fin du communisme en Russie n'a pas transformé ses habitants en capitalistes purs et durs comme par enchantement.
«Le collectif n'a pas cédé la place à l'individualisme. Ce n'est pas la culture du réussir-à-tout-prix qui domine. À l'époque soviétique, nous avions cette préoccupation d'être partie prenante de la collectivité. Nous savions que, pour réussir dans la vie, nous devions contribuer à l'avancement de la société. Nous nous disions que seul, nous ne valions pas grand-chose. Cette façon de penser est encore bien présente en Russie. Ça changera peut-être avec la montée nouvelle génération, plus ouverte sur l'Occident, qui n'a pas connu le régime soviétique.»
Parmi les connaissances qu'un entrepreneur désireux de brasser des affaires en Russie doit mettre dans sa besace, Mme Solomykina en énumère quelques-unes :
1. Les réunions sont toujours très formelles. Évitez de faire des plaisanteries.
2. Les Russes peuvent arriver en retard à une rencontre, mais ils s'attendent à ce que vous soyez à l'heure.
3. Ayez toujours une carte de visite, imprimée en anglais et en russe, avec vous.
4. Les Russes apprécient recevoir un cadeau qui affiche le logo de votre compagnie.
5. Attendez-vous à voir circuler beaucoup de papiers et de documents administratifs.
6. Ne vous fiez pas à la poste pour vos communications en Russie.
>> L'économie russe... en quelques points
Population en 2013: 143 millions d'habitants
Si la Russie n'est plus l'une des premières puissances économiques mondiales comme au temps de l'URSS, elle demeure l'une des 10 économies les plus importantes sur la planète. En 2012, elle occupait le huitième rang mondial, selon les données du Fonds monétaire international.
La croissance de l'économie russe a ralenti en 2013, atteignant 1,4 %, son plus bas niveau depuis 2009. En 2011 et en 2012, la croissance du PIB en Russie avait affiché 4,3 % et 3,4 %. La récession qui frappe les principaux partenaires du pays et la baisse du niveau des investissements expliquent l'essoufflement de l'économie. Par contre, le taux de chômage reste à un niveau très bas, à 5,5 %.
La Russie dispose de ressources énergétiques et minières abondantes, ce qui en fait l'un des principaux producteurs et exportateurs à travers le monde. Son industrie lourde (aciéries, raffineries et industries chimiques) est toujours présente. Le pays dispose d'un quart des réserves de bois du monde. La Russie possède aussi un solide savoir-faire en matière d'aéronautique et d'armement.
La corruption occupe encore une place importante en Russie. L'Indice de perception de la corruption 2013 de Transparency International plaçait la Russie au 127e rang parmi les 177 pays étudiés.
«L'économie russe est à la croisée des chemins», déclarait en janvier le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, Angel Gurria. Rappelons que la Russie veut adhérer à l'OCDE. «Elle possède un énorme potentiel, mais reste fortement dépendante de recettes fluctuantes tirées des ressources naturelles. Il serait bon qu'elle investisse davantage dans les infrastructures, le capital humain et l'innovation, afin que des pans plus larges de la société puissent prendre part à la transformation de la Russie.»