Dans l'ordre, Jean-Martin Aussant, directeur général du Chantier sur l'économie sociale, Patrick Cohendet, économiste à HEC Montréal, Norma Kozhaya, économiste en chef du Conseil du patronat du Québec, la modératrice Marie-Claude Boisvert, chef de l'exploitation Desjardins Entreprises Capital régional et coopératif et Jean-Nicolas Guillemette, directeur général d'Uber Canada.

«Réglementer intelligemment» Uber

Uber. Airbnb. L'économie de partage. L'État doit s'adapter. L'État doit réglementer.«Réglementer intelligemment», martèle l'économiste en chef du Conseil du patronat du Québec, Norma Kozhaya. «Une réglementation qui favorise, en même temps, un environnement concurrentiel et l'équité fiscale. Le Québec a besoin de tous ses revenus fiscaux pour financer les services sociaux.»
Uber était au menu, jeudi, au 41e congrès de l'Association des économistes québécois qui se tenait dans la capitale. Le directeur général d'Uber Canada, Jean-Nicolas Guillemette, participait à un atelier portant sur la nouvelle économie et la création de richesse. À ses côtés, en plus de Norma Kozhaya, Jean-Martin Aussant, directeur général du Chantier de l'économie sociale, et Patrick Cohendet, économiste à HEC Montréal.
Pour les participants, l'économie de partage doit être encadrée.
Comment?
Ça reste à voir.
De l'avis de Jean-Nicolas Guillemette, il faut à tout prix éviter de «tuer le modèle d'affaires» en imposant des «barrières d'entrée» aux partenaires-chauffeurs d'Uber, dont la moitié partage un siège de leur véhicule moins de 10 heures par semaine. Pour ces partenaires-chauffeurs, le taxi n'est pas une activité commerciale, mais plutôt une façon d'aller chercher un revenu d'appoint.
Norma Kozhaya plaide également pour des «barrières à l'entrée» légères. «Il faut réglementer, par contre, pour assurer la sécurité des passages et des chauffeurs.»
À savoir si un fonds de transition devrait éventuellement être créé pour compenser les contrecoups d'une éventuelle légalisation d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette répète que l'idée n'est pas bête du tout. «Ça pourrait être considéré.»
Porté aux nues par certains, vilipendé par d'autres, le modèle d'affaires Uber a au moins le mérite de relever au grand jour une activité qui se faisait jadis au noir, a soulevé Patrick Cohendet.
Désolidarisation
De toute évidence, Uber n'est pas de l'économie sociale. Certains avancent même qu'Uber n'est pas de l'économie de partage non plus.
«Uber aurait pu devenir une entreprise collective si elle était devenue, par exemple, une coopérative de chauffeurs», a avancé Jean-Martin Aussant. «Les profits qu'Uber accumule auraient pu être investis dans un fonds de pension, pour des vacances payées ou encore pour des assurances collectives.»
Si l'économie sociale se porte bien au Québec - sa valeur dans l'économie de la Belle Province (40 milliards $) se compare à celle des secteurs des mines et la construction réunis -, elle a besoin de tout son petit change pour tenter de faire une plus grande différence dans le mode actuel de répartition de la richesse. Jean-Martin Aussant juge «intenable» le fait que la richesse mondiale appartient à 1 % de la population.
«Parce que les profits des entreprises collectives sont réinvestis dans les entreprises collectives, l'économie sociale contribue à un certain rééquilibre des choses.»
Pour M. Aussant, l'économie sociale n'a surtout pas l'ambition de remplacer le privé ou de se substituer au rôle de l'État même si le privé, selon lui, occupe beaucoup de place au Québec.
«L'effet d'un secteur privé trop présent conduit à une désolidarisation. Le désir de voir le prix de l'action de la compagnie grimper tout le temps provoque une surproduction qui, à son tour, entraîne une surconsommation. Qui dit surconsommation dit surendettement. Et un ménage surendetté n'a pas la conscience sociale de s'impliquer dans la collectivité. Il cherche avant tout à payer ses dettes.»