Il est hors de question, pour le premier ministre, de ramasser les morceaux: ce serait l'équivalent d'un désaveu. C'est le ministre Pierre Moreau qui devra reprendre le bâton du pèlerin pour entamer la réconciliation.

Régimes de retraite: «On n'a pas noirci le tableau», se défend Moreau

Le ministre Pierre Moreau se défend d'avoir exagéré le déficit réel pour justifier sa loi sur les régimes de retraite des employés municipaux.
«On n'a pas noirci le tableau, on a donné le tableau tel qu'il était au 31 décembre 2010», a réagi hier le ministre des Affaires municipales, avant la période de questions.
En commission parlementaire, l'été dernier, M. Moreau a utilisé les derniers chiffres disponibles fournis par la Régie des rentes du Québec (RRQ), datant de 2010, qui établissaient à 3,9 milliards $ le déficit des caisses de retraite.
Les chiffres mis à jour par la RRQ évaluent maintenant le déficit à2,6 milliards $, beaucoup plus près de l'estimation qu'en faisaient les représentants syndicaux. «Il y a eu une modification sur les marchés, mais gardons un sens des proportions, a insisté M. Moreau. Le montant de2,6 milliards $, c'est considérable. C'est six fois l'amphithéâtre de Québec payé comptant, c'est deux fois le stade olympique, c'est 2000 logements sociaux.»
Même dans la situation actuelle, une loi pour forcer le partage des déficits passés et la restructuration des régimes serait nécessaire, insiste le ministre Moreau. Si le déficit a été réduit, c'est que les régimes déjà pleinement capitalisés ont généré plus de rendements, insiste-t-il.
«À l'heure actuelle, les régimes sous-capitalisés sont aussi en danger qu'ils l'étaient avec les évaluations que nous avions», a affirmé M. Moreau.
«Fausses informations»
En chambre, l'opposition a attaqué le gouvernement et son utilisation des chiffres lors du débat sur le projet de loi 3. «On a brisé les contrats des travailleurs sous de fausses informations», a dénoncé le chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard. «Comment le premier ministre peut-il se regarder dans le miroir ce matin?»
Les libéraux ont souligné que, lorsqu'il préparait sa propre législation sur le sujet, les péquistes se basaient sur les mêmes chiffres qu'eux.
Lors du passage de la Coalition syndicale pour la libre négociation en commission parlementaire, en août, le même type d'échanges a eu lieu. Le ministre Moreau déplorait alors que les syndicats, même en prenant leur évaluation du déficit, refusaient de dire qui devrait le payer. «Même à 2,5 milliards $, ce n'est pas des pinottes, disait le ministre Moreau. [...] Qui va les payer?»
Différents syndicats contestent devant les tribunaux la légalité de la loi adoptée en décembre. Ils estiment qu'elle brime leur droit à la libre négociation.