L’adoption de biomasse forestière comme carburant partiel et la captation de carbone constituent les moyens privilégiés pour réduire les émissions polluantes de Ciment McInnis, mais il faudra quelques années avant d’arriver à des résultats.

Réduction des GES à Port-Daniel: l'étude se fait attendre

PORT-DANIEL — Un certain retard caractérise l’avancement du projet d’utilisation de biomasse forestière pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dégagées par la cimenterie de Port-Daniel. Ce projet n’existe que sur papier pour le moment, mais ses promoteurs visent 2022 pour un démarrage.

En mai 2018, Ciment McInnis annonçait son intention de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre attribuables au procédé de combustion de ses fours. Ces émissions annuelles sont de 600 000 tonnes de dioxyde de carbone principalement.

L’étude de faisabilité portant sur l’utilisation de la biomasse pour fournir une partie du carburant employé dans les fours de la cimenterie devait initialement être prête en mai ou en juin de cette année, mais il faudra attendre. 

«L’Association coopérative forestière de la Gaspésie a bouclé son financement pour l’étude de faisabilité en janvier. C’était un peu plus tard que prévu. L’étude est en cours et les résultats seront disponibles en décembre», précise Guy Pardiac, directeur du Pôle des technologies propres de la Gaspésie.

Cet organisme a été mis sur pied en 2018 pour générer de l’activité économique par le biais de la réduction des gaz à effet de serre venant de la cimenterie. M. Pardiac a de plus été embauché en novembre seulement, dans ce cas aussi un peu plus tard que prévu.

L’étude comprendra notamment la détermination du coût de l’intégration de la biomasse dans les fours de Ciment McInnis. Il est déjà acquis qu’il faudra investir quelques dizaines de millions de dollars pour aménager ce virage partiel de mode de combustion. Ces sommes seront investies aux usines de sciage, fournisseuses de biomasse dans ce cas, dans la logistique d’entreposage et de transport, et à la cimenterie même. 

Une étude de préfaisabilité publiée en mai 2018 a déjà établi que 420 000 des 1,2 million de tonnes de sous-produits du sciage générés chaque année en Gaspésie pourraient être disponibles pour la cimenterie.

Un volume de 100 000 tonnes de biomasse forestière réduirait les émissions de gaz à effet de serre de 150 000 tonnes par an. Présentement, Ciment McInnis consomme 200 000 tonnes de coke de pétrole annuellement, un résidu de raffinerie modique et reconnu pour ses qualités calorifiques, mais qui génère énormément de pollution. L’usine consommerait donc 140 000 tonnes de coke de pétrole après l’intégration de la biomasse forestière.

Le procédé de combustion choisi pour les fours de la cimenterie génère 600 000 tonnes de gaz à effet de serre par année, essentiellement du dioxyde de carbone. Le reste du procédé de production de ciment dans le complexe génère quant à lui 1,1 million de tonnes supplémentaires de dioxyde de carbone pour un total de 1,7 million de tonnes de gaz à effet de serre par an.

Le plus grand défi

«Les deux tiers des émissions sont intrinsèques au procédé. Le dioxyde de carbone qui est dans le calcaire est libéré dans le procédé. Et l’autre tiers, ce sont les GES de combustion», précise Maryse Tremblay, porte-parole de Ciment McInnis.

«La captation d’une partie du dioxyde de carbone constitue l’autre grand défi du Pôle des technologies propres, de Ciment McInnis et de leurs partenaires», note aussi Mme Tremblay.

Si l’intégration de la biomasse forestière comme carburant partiel de la cimenterie est concevable pour 2022, la captation du carbone demande encore beaucoup de travail d’acquisition de savoir, note Guy Pardiac.

«C’est une autre étape, moins avancée. Nous sommes en train de recenser les technologies de captation de carbone, dans le but d’identifier un bon projet et l’intégrer à l’usine», précise-t-il.

Guy Pardiac s’est récemment rendu en Allemagne afin de se familiariser avec les technologies les plus avancées.

«Nous ne voulons pas seulement enfouir le carbone capté, nous voulons le valoriser. L’Europe est en avance. On y fait des carburants de synthèse […] Il s’investira 100 milliards d’euros dans les 10 prochaines années dans le domaine de la captation et la valorisation du carbone. Il faut aller en Europe pour s’inspirer», explique-t-il.

Il est encore trop tôt pour déterminer un échéancier quant à la captation et la valorisation du carbone à Port-Daniel, conclut-il.