Les frères Luc et Louis Métivier, les deux actionnaires et principaux dirigeants de Recyc RPM.

Recyc RPM évite la faillite

D'ici à la fin de l'automne, Recyc RPM recommencera à donner une nouvelle vie aux bouteilles de plastique de boissons gazeuses et aux contenants de yogourt ou d'eau de javel. Le rappel de la centaine de travailleurs des usines de Beauceville et de Saint-Damien mis à pied en mai dernier se fera graduellement à compter du mois d'octobre.
Jeudi, dans un hôtel de Québec, les créanciers de l'entreprise spécialisée dans la transformation et la revalorisation de matières plastiques ont accepté massivement (95,7 %) la proposition permettant à Recyc RPM d'éviter la banqueroute. Rappelons que le 23 mai dernier, la compagnie se plaçait sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité dans l'intention de présenter une proposition à ses 340 créanciers. Recyc RPM leur devait tout près de 20 millions $.
Les créanciers non garantis se partageront une cagnotte de 500 000 $. Dans le cas d'une faillite, ils auraient tout perdu. Les créanciers espèrent maintenant que la relance de l'entreprise leur permettra de réaliser de bonnes affaires.
Les deux actionnaires et principaux dirigeants de la compagnie, les frères Louis et Luc Métivier, étaient évidemment soulagés. «Le vote a été fort. Ça démontre que l'on a le soutien de nos créanciers. Les gens croient en nous», a déclaré Luc Métivier.
Au cours des prochaines semaines, les jumeaux s'activeront pour conclure le financement de la relance de l'entreprise, notamment pour compléter la modernisation qui était en cours lors de l'arrêt des activités.
De nouveaux investisseurs sont dans le décor. La famille Métivier est prête à injecter des capitaux additionnels. Dans son message aux créanciers, le syndic de Raymond Chabot, Mark Bernier, a souligné que les démarches entourant le financement de Recyc RPM étaient «très avancées» et pourraient se conclure au début de l'automne.
Pour la petite histoire, rappelons que la situation financière de l'entreprise s'était détériorée en 2010 et 2014, années au cours desquelles Recyc RPM a travaillé à la mise en place d'un nouveau modèle d'affaires.
En 2010, à la lumière de plusieurs constats tant financiers qu'opérationnels, la direction avait jugé nécessaire d'investir dans la modification des espaces et des procédés de production afin que l'entreprise soit rentable dans un marché - celui de la revalorisation des plastiques - qui connaissait alors sa part de difficultés.
Au cours des années suivantes, des retards survenus dans l'exécution des travaux, des dépassements de coûts et des pertes d'opération substantielles ont causé une importante crise de liquidités. Pendant 14 mois, la compagnie a dû attendre les autorisations nécessaires du ministère de l'Environnement pour utiliser de nouvelles technologies acquises en Europe et aux États-Unis pour la somme de 6 millions $. «Pendant ce laps de temps, nous n'avons pu générer des ventes et des revenus supplémentaires», a rappelé, vendredi, Luc Métiver.
Malgré l'intervention de partenaires financiers et l'injection de fonds par les actionnaires, Recyc RPM n'a pas été en mesure de compléter son plan de modernisation.
Les pertes d'opération réalisées au cours des premiers mois de 2014 ont été élevées et ont poussé l'entreprise à cesser temporairement ses activités. Selon le bilan dressé par le syndic, Recyc RPM a enregistré des pertes de 6 millions $ au cours des deux dernières années. Les ventes ont connu une baisse de l'ordre de 15 % entre 2012 et 2013 et de 42 % au cours de l'exercice précédent.
Un modèle à revoir
Recyc RPM évite donc de subir le même triste sort que ses concurrents. En effet, huit recycleurs de plastiques sont tombés au combat au cours de la dernière décennie.
Ils sont plusieurs, dans l'industrie du recyclage, à plaider que le modèle ne marche plus. Par exemple, le matériel qui arrive des centres de tri est souvent contaminé ou impropre au recyclage. Ça coûte un bras à Recyc RPM - entre 80 000 $ et 100 000 $ par mois - pour enfouir les mauvais plastiques. Et l'entreprise ne reçoit pas un sou de compensation pour s'en débarrasser, comparativement à d'autres joueurs dans la chaîne de la collecte sélective et du recyclage.
«Si des changements ne sont pas apportés, nous allons revivre les mêmes problèmes», a confié Louis Métivier.
Ce dernier dit maintenant percevoir une «ouverture» de la part des gouvernements afin de prêter main-forte aux recycleurs de plastiques. «Je n'ai pas encore de garanties formelles que ça va changer, mais nous travaillons très fort avec tous les ministères et les organismes, comme Recyc-Québec et Éco Entreprises Québec, pour tenter de résoudre tous les irritants.»